Octobre 1971. p 274 – Tome II
L'évolution personnelle, par l'intermédiaire du rite, se fait progressivement, activement, méthodiquement... et ce, vers un but final qui se clarifie de plus en plus en cours de chemin.
Proches dans la quête de l'Absolu, le mysticisme et la voie initiatique, diffèrent toutefois par le fait que la première relève du psychisme induisant une dualité de l'être, alors que la seconde fait appel à l'intellect, au travers de la discipline et de l'ascèse du rituel, tendant ainsi vers l'Unité. Ainsi on peut mieux appréhender les notions comparatives de mysticisme et d'initiation d'une part, mais aussi de mysticisme et de mystique d'autre part. Si l'on suit Guénon, cher au c½ur de Tourniac, il y a une différence entre rite initiatique et rite religieux, illustrant ainsi la différence entre éso et exotérisme. Le premier s'adresse nous l'avons vu à l'Unité, à l'intériorité, on peut parler d'ésotérisme central, secret et incompréhensible pour l'½il extérieur, et donc de fait, limitatif quant au nombre de ceux potentiellement capables de le recevoir et de le comprendre. Toutefois un rite au départ initiatique, qui s'ouvrirait à tous, deviendrait un rite communautaire et donc religieux, mais qui en fonction de celui qui le reçoit pourrait avoir les 2 aspects...
A l'opposé, une organisation de type initiatique peut elle avoir des buts annexes de type, philanthropique, culturel, etc... tout autant que ces objectifs restent secondaires et ne prennent pas le pas sur l'objectif premier.
Comme nous l'avions vu dans la première partie, le mysticisme fait appel à une notion supra humaine, alors que l'organisation initiatique, est dépositaire de l'influence des rites, de nature elle, humaine, afin de pouvoir transmettre après avoir reçu et intégré. Cela implique une chaîne initiatique en succession ininterrompue et une connaissance forte de la doctrine, par un groupe d'hommes, ainsi que l'existence d'une autorité chargée de veiller à la bonne transmission des règles, dans, les règles.
IV. RITES ET SYMBOLES
De la même manière que les rites initiatiques et religieux ne sont pas de conception humaine, les symboles n'ont quant à eux pas d'inventeurs potentiels. Par ailleurs, nous l'avons vu, le rite mène à l'Unité, indéfinissable, illimité... Or ce qui est illimité ne peut être défini, il ne peut qu'être... Etre au sens où il ne peut prendre naissance qu'en lui, définissant ainsi la co-naissance. Les symboles eux non plus, ne sont pas limités par des définitions, ils sont le lien ou même le langage entre l'intellect Divin et l'esprit humain, ils sont à la fois un moyen d'enseignement vers le spirituel, un élément du rituel (car eux aussi non humains). Ainsi on peut dire que la méditation du symbole est un rite qui permet l'élévation plus ou moins haute dans le monde de l'initiation. Le rite et les symbole sont donc si intimement liés, qu'ils produisent le même effet sur ceux qui les pratiquent et les étudient. Tourniac dit : «Le symbole fixe un rite, et le rite véhicule une connaissance symbolique ».
Prennons pour exemple le geste, qui est une figuration symbolique graphique. On le retrouve bien évidemment dans la posture du corps, la pose de la main, mais aussi dans la vocalisations de la parole, notamment des mots sacrés et dans des positions bien spécifiques du corps. Dans le même groupe on trouve également, la posture corporelle lors de la contemplation du symbole. On peut dire qu'il existe un lien entre ces techniques contemplatives du symbole et ce que l'on retrouve en maçonnerie à travers les gestes que sont les signes et attouchements, mais aussi les mots sacrés, bijoux, tableaux de loge, etc... c'est-à-dire....le rituel. Notons, aussi et c'est important que le geste en général est imprégné de la notion de jeu de nombres et de rythmes, chers au Platoniciens comme aux Pythagoriciens, mais aussi à un certain Hiram de Tyr, ou plus généralement aux textes bibliques... On peut ici dire, que le nombre est la structure de base du rite.
V. LA SUBSTANCE FONDAMENTALE DU RITE
On peut penser que ces nombres, vivant par le rythme, matérialisent quelque part, le rythme initial de l'univers, ou le microcosme est à l'image du macrocosme. Rythme et nombres sont présents dans les batteries, gestes mesurés, marches, signes, directions du corps, noms hébraïques, circumambulation, déroulement cyclique des travaux, etc... Comme le dit la Bible : « Dieu a tout disposé en nombres, poids et mesures ». On peut trouver trois synonymes à ces trois mots, qui sont Force, Sagesse et Beauté, ainsi qu'un reflet évangélique dans une croissance du Christ en « sagesse, taille et grâce ». Si le nombre est lié au rythme primitif, au fiat lux initial, c'est le rite qui nous permet de le capter et de l'intégrer, de nous l'approprier. Les bâtisseurs maîtrisaient ce sens du numérique et du vibratoire, mêlant ainsi doctrine sacrée, symbole, rite et nombre. Aujourd'hui, notre maçonnerie ne bâtit plus d'édifices sacrés concrets, mais de part le rythme qui est omniprésent, il équilibre nos travaux, en les cadrant dans une ouverture et une fermeture dans un créneau spatio-temporel de midi à minuit plein, d'Orient en Occident, véritable succession de cycles d'inspir-expir, d'enroulement-déroulement, à partir d'un point fixe sacré : le Temple de Jérusalem...
