Le numéro 150 de Renaissance Traditionnelle est paru !

Le numéro 150 de Renaissance Traditionnelle est paru !
Au sommaire de ce n°150: les articles de:

Pierre Mollier: Avant-propos

Jérôme Rousse-Lacordaire : Dieu au travail. 1. L'Architecte

Laurent Bastard : Les sources méconnues du compagnonnage français au XIXe siècle. 3. La "maçonnisation" des réceptions

Robert et Catherine Amadou : Correspondance de E.R. Saltzmann avec J.-B. Willermoz 1779-1819

Serge Caillet : Acta Martinista


Bonne Lecture à tous !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 29 mai 2008 13:16
Modifié le vendredi 30 mai 2008 14:50

Portraits de Chanoinesses (de Françoise Haudidier) résumé par Dominique S.

 Portraits de Chanoinesses  (de Françoise Haudidier)  résumé  par  Dominique S.
Renaissance Traditionnelle N°48
Tome XII octobre 1981. p258


Alors commençons par quelques mots sur l'auteur de l'article tout d'abord. Françoise Haudidier est Conservateur Honoraire des Musées de la ville de Remiremont, auteur de nombreux ouvrages sur ces musées et notamment sur une superbe collection de peintures hollandaises du XVII° dont elle demeure la spécialiste. En ce qui concerne Remiremont, c'est une petite ville de 8000 habitants près d'Epinal, qui présente la caractéristique de pouvoir suivre sans interruption son histoire pendant quatorze siècles, depuis le monastère fondé au début du 7ème siècle dans cette montagne vosgienne, en passant par le plus prestigieux chapitre féminin noble d'Europe du XVIIIème siècle jusqu'à la ville actuelle. Abbesses et chanoinesses, " les Nobles Dames de Remiremont " ont laissé partout dans la ville leur empreinte prestigieuse... Cet article est tiré des Actes des journées d'études Vosgiennes des 17 et 20 avril 1980.

Cet article de Renaissance Traditionnelle donc, rappelle tout d'abord les deux éléments principaux connus traitant du sujet de l'Agent Inconnu, qui sont d'une part l'ouvrage "Un Mystique Lyonnais et les Secrets de la Franc-Maçonnerie" paru en 1938 et écrit par Alice Joly (1) ; et d'autre part le chapitre intitulé "Jean-Baptiste Willermoz et l'Agent Inconnu des Initiés de Lyon" première partie de l'ouvrage de Robert Amadou et Alice Joly intitulé "De l'Agent Inconnu au Philosophe Inconnu" (2).

Brièvement, rappelons les faits, le soir du mardi 5 avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz reçoit un messager qu'Alice Joly identifie comme étant Alexandre de Monspey, je cite « gentilhomme beaujolais, commandeur dans l'Ordre de Malte, l'un des frères les plus distingués de la Loge La Bienfaisance ». Il est porteur de 11 lettres qui relatent les échanges surnaturels que connaît depuis plusieurs mois sa s½ur la Chanoinesse Marie-Louise de Monspey, dite Madame de Vallière. Ces échanges surnaturels se manifestant par une sorte d'écriture automatique dont la somme des textes apparut vite comme destinée à Jean-Baptiste Willermoz... Notons au passage comme Alice Joly, que malgré les notions de secret maçonnique scrupuleusement observé, les fameux écrits présentaient une parfaite connaissance de la doctrine et des mystères de l'Ordre.

Lorsqu'en 1958, Alice Joly toujours, avait voulu prendre un avis médical et historique, auprès donc de la "Société lyonnaise d'Histoire de la Médecine", les textes furent décrits comme ceux d'un aliéné, entre autres : "caractéristiques d'une quinquagénaire en phase ménopausique présentant une préoccupation particulière dans le domaine de la sexualité"... Intéressons nous à l'instar de Françoise Haudidier à d'autres aspects de Madame de Vallière et aux autres chanoinesses de l'abbaye Saint-Pierre de Remiremont. .

En ce qui concerne l'histoire de Remiremont et de son Chapitre, je vous renvoie bien sur, pour ceux que ça intéressera à l'article de Renaissance Traditionnelle qui reprend le travail de Françoise Haudidier et vous pourrez trouver en notes, une histoire abrégée (3) de ce même chapitre. Que nous dit cet article, en fait le Chapitre était "une maison d'éducation pour filles qui n'avaient pas forcément la vocation religieuse, qui constituait un refuge pour des veuves, des amoureuses déçues, des princesses sans fortune, mais à qui l'abbaye dispensait à toutes, les honneurs dus à leur rang. » Mais revenons à cette étude lorsqu'elle traite des chanoinesses de Monspey.

Elles sont filles du comte Joseph-Henry de Monspey originaire de Vallière en Beaujolais. Vous allez voir dans la présentation des cinq s½urs les difficultés de recherche, car les prénoms des s½urs sont très proches les uns des autres... On apprend de plus, que la seconde, va fonder une sorte nous dit l'auteur, de république pastorale inspirée de l'Astrée (4) ce roman fleuve du XVIIème donnant pour rajouter à la confusion des surnoms de bergers ou de héros ! Confusion renforcée par le fait qu'outre les prénoms ressemblant le père leur donnera aussi un nom correspondant à l'une de ses terres. On retrouve donc :

Marie-Louise de Monspey dite "Eglé de Vallière" ou encore Madame de Vallière. C'est, je dirai, celle qui nous intéressera par ailleurs, elle est l'ainée des cinq s½urs qui toutes entreront au Chapitre et feront preuve à l'image des fameux cahiers d'une foi catholique puissante. Elle nait en 1731, mais n'entrera que la dernière au Chapitre en 1776.

Marie-Louise-Catherine de Monspey dite "Bergère Annette" ou "Annette de Charentey", née en 1734 et qui entre au chapitre en 1765

Marie-Reine-Aimée de Monspey ou "Laure de Vury", née en 1736 et entre au chapitre en 1766.

Pauline de Mospey ou "Pauline d'Arma" devenue chanoinesse en 1772, et

Catherine-Elise de Monspey ou "Sylvie d'Arigny" entrée elle en 1775 où elle succombera 7 ans plus tard de brûlures...

Les cinq s½urs passent pour avoir été des poétesses, la Maison de Monspey étant dite "chérie des muses" par Alice Joly.

Outre l'histoire des tableaux représentant les Chanoinesses, Françoise Haudidier, décrit l'intérêt des cinq s½urs pour la culture et la lecture de l'époque. Ce sont à la fois des bienfaitrices, qualifiées de "Bonnes fées" des pauvres, mais aussi de on epeut le dire avec une connotation qui nous est chère, de véritables "cherchantes", curieuses de tout en ce temps des Lumières. Elles lisent Buffon, "grattent" du côté des expériences de Lavoisier ou de celui des expériences de physique de l'abbé Nollet. Elles portent aussi et surtout pour nous un grand intérêt aux sociétés Mystiques Lyonnaises, au sein desquelles : les courants s'intéressant au magnétisme et aux guérisseurs, courants dans lesquels Mesmer et Cagliostro occupent une part prépondérante.

Nous l'avons dit Marie-Louise de Monspey entre au chapitre en 1776, elle est âgée de 45 ans, on sait qu'elle ne fait que de courts séjours à Remiremont. A partir de 1785 et pendant 14 ans qu'elle va, sous l'impulsion d'une force Divine, rédiger ses fameux cahiers qu'elle va signer pendant trois ans, de "L'Agent Inconnu", et dont elle avouera ne pas comprendre le sens de ce qu'elle écrit. A son initiative Jean-Baptiste Willermoz créera la société des "Initiés" mais nous traiterons ceci plus en détail par ailleurs, car cela constitue un pan de l'histoire du Régime Ecossais Rectifié tant au niveau de l'influence sur la vie de Willermoz, que sur les rituels de ce même Régime...

Le 7 Décembre 1790 l'Eglise abbatiale, « cette dépendance religieuse de l'aristocratie » est fermée et mise sous scellés...


Notes:

1. Macon, chez Protat Frères Imprimeurs-Editeurs. Réédité en 1986 Paris-Editions Demeter (Avant-propos et Index d'Antoine Faivre)

2. Collection La Tour Saint Jacques. Edition Denoël. Paris 1962. p 11 à 152

3. La communauté religieuse féminine, était, au départ vouée à la prière et à la méditation, elle s'est ensuite transformée en chapitre noble. La Lorraine a connu quatre établissements de ce type, mais l'illustre Chapitre Saint-Pierre de Remiremont fut de loin le plus renommé par son ancienneté, sa richesse et la qualité de son recrutement. L'histoire commença en 620 avec la création par Romaric (noble de la cour d'Austrasie), et Amé, (moine prédicateur disciple de Saint-Colomban) sur le Saint-Mont, sommet montagneux qui domine la vallée de la Moselle, du premier monastère féminin de Lorraine.
Après avoir obéi à la règle colombanienne, les moniales adoptèrent, deux siècles plus tard, celle plus souple de Saint-Benoît, en même temps qu'elles s'installèrent dans la vallée. La richesse foncière de l'abbaye de Remiremont est l'un des éléments de sa puissance et de son prestige. Au Moyen-âge, ses domaines restent les plus importants parmi ceux de la région. Ils constituent une véritable enclave à l'intérieur des territoires du Duc de Lorraine. L'abbaye dépendait directement du Saint-Siège pour le pouvoir spirituel et de l'Empereur pour le temporel, mais tous deux éloignés, le véritable chef de l'abbaye, restait l'Abbesse qui portait le titre de "Princesse d'Empire". L'abandon de la règle bénédictine et l'évolution vers un mode de vie plus souple et plus agréable, acquis par la sécularisation, témoigne en fait de l'origine sociale de ses membres, issus de la meilleure noblesse (toute postulante devait faire preuve de seize quartiers de noblesse, sans mésalliance).
Le chapitre était une sorte de maison d'éducation au XVIIIème siècle pour les jeunes filles de haute noblesse issues de Lorraine, de France, de Franche Comté, d'Alsace et du Saint Empire. La sécularisation (affirmée au XIVème siècle) permettant de ne faire ni v½u, ni profession religieuse, les dames bénéficiaient d'une grande liberté d'action. Sorties des offices et obligations religieuses, elles vivaient en femmes du monde dans l'aisance et le confort de leurs maisons particulières.
En 1789, la Révolution est en marche, rien ne peut l'arrêter : abolition des privilèges et des droits seigneuriaux décidés par l'Assemblée cette année-là, puis décret du 13 Février 1790 décidant la suppression des monastères. Le Chapitre perd alors son existence légale et les Chanoinesses
sont obligées de partir. Le 7 Décembre 1790, les scellés sont apposés sur l'église abbatiale.
http://www.ot-remiremont.fr/pages/visiteville/visitevillehistoire.html

Voici à quoi ressemblait l'organisation politico-religieuse du Chapitre par rapport à la ville :
La Dame Abbesse est le Chef spirituel et temporel du chapitre. Elue à scrutin secret parmi les chanoinesses, son élection devait ensuite recevoir la confirmation du souverain pontife.
La Dame Doyenne proposait les nouvelles chanoinesses, faisait une enquête sur les candidates, recueillait les voix et prononçait les ordonnances.
Le Dame Secrète avait la direction de la sacristie et la responsabilité de la décoration de l'église.
Le Maire : Désigné par l'abbesse sur une liste proposée par les notables de la ville.
Le Grand Eschevin : Second officier municipal. Choisi par le Maire sur une liste de 3 candidats présentés par les bourgeois de Remiremont avec avis de l'Abbesse. Il était receveur de l'octroi de la ville et président de la justice ordinaire (tribunal civil et criminel).
Le Doyen : nommé par le Maire, c'était un huissier-exécuteur des décisions du conseil municipal.
http://shw68.free.fr/patrimoi/colonge/colonge.htm

4. L'Astrée est un roman pastoral publiée de 1607 à 1627, par Honoré d'Urfé.
¼uvre littéraire majeure du XVIIe siècle, l'Astrée est parfois appelé « le Roman des romans », d'abord par sa taille, qui fait qu'on le considère comme le premier roman-fleuve de la littérature française (5 parties, 40 histoires, 60 livres, 5 399 pages), mais aussi par le succès considérable qu'il a eu dans l'Europe tout entière (traduit en un grand nombre de langues et lu par toutes les cours européennes). Les trois premières parties sont publiées en 1607, 1610, et 1619 et lorsque d'Urfé meurt en 1625, son secrétaire Balthazar Baro aurait achevé la quatrième partie et lui aurait donné une suite (1632-1633). Mais selon Larousse (1863), les cinquième et sixième parties auraient été composées par Pierre Boitel, sieur de Gaubertin, et éditées en 1626.
Il serait difficile, voire impossible d'établir une sorte de résumé de L'Astrée, car ce livre n'est pas qualifié sans raison de roman-fleuve ou d'½uvre à tiroirs. Notons tout de même qu'il est constitué de 5 parties, de 40 histoires, de 60 livres et de 5399 pages. Mais le fil rouge de ce livre reste l'histoire d'amour parfaite entre l'héroïne (qui a donné son nom au livre) Astrée et Céladon (personnage qui a donné son nom à un type de céramique, propre à la Chine et à l'Extrême-Orient). Il s'agit de deux bergers foreziens. Les perfidies de certains personnages, les ambitions politiques d'autres, les mésaventures amoureuses des deux héros constituent la grande partie de ce roman extrêmement dense et complexe, qui contient diverses autres péripéties vécues par des personnages n'ayant aucun lien avec l'histoire centrale, mais qui illustrent par leurs vies, celles vécues par les protagonistes principaux.

# Posté le mercredi 18 juin 2008 13:55

Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 1ère Partie résumé par Caroline P.

 Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 1ère Partie  résumé  par Caroline P.

Renaissance Traditionnelle Tome VII
N°27 Juillet 1976. p196 & N°28 Octobre 1976. page 303


Présentation de l'article de RT :

L'article « allégories et symboles dans l'Hortus Deliciarum de Herrade de Landsberg » se partage entre deux numéros de RT.
Le premier évoque surtout l'histoire de l'Hortus, ses sources, son contexte et l'influence de certains auteurs contemporains ou non sur sa construction. Il souligne, dans une analyse très chrétienne à la fois la forte présence de l'ancien testament, et la vision très chrétienne de ce livre.
Dans le deuxième article, il présente une analyse plus symboliste des éléments de l'Hortus et en particulier insiste sur le lien entre l'ancien testament et le nouveau conçus non pas comme se succédant mais comme co-existants. Puis, il analyse divers allégories autour de l'idée de l'arbre et plus particulièrement celui de Jessé, du centre du monde.

Présentation générale :

Le titre tout d'abord : plusieurs explications pour le titre : les mots « Hortus Deliciarum » ou jardin des délices désignait les références au Paradis Perdu contenant tous les délices du monde, les rêves de l'humanité les plus profondes aspirations de l'humanité, séparée de ces félicités depuis son expulsion de l'Eden.
Autre explication possible : le terme de jardin des délices se référerait au cantique des cantiques où le fiancé et sa bien-aimée se promènent dans un merveilleux jardin.

« Hortus Deliciarum » est un manuscrit du Moyen Age alsacien associé aujourd'hui de manière indissociable au Mont Saint Odile et à son monastère.

Le monastère a été fondé vers la fin du VIIème siècle par le duc alsacien Etichon dont la fille , la future Sainte Odile en fut la première abbesse. Situé au sommet du mont Hohenbourg, appelé aussi aujourd'hui Mont Saint Odile, le monastère fut florissant jusqu'en 1120 environ, date à laquelle il fut dévasté. Frédéric dit Barberousse, fils de celui qui l'avait détruit, Frédéric le Borgne, releva le couvent et en fit une école pour les jeunes filles de la haute noblesse, régit par la règle de Saint Augustin.

Ce monastère a pu jouir d'une grande renommée. Ainsi, y furent exilées la reine Sybille, veuve de Tancrède , roi de Sicile (1) , et ses filles.
L'Hortus Deliciarum est généralement présenté comme ayant été rédigé, dessiné par Herrade von Landsberg (1125 – 1195 environ), c'est d'ailleurs ainsi que le présente sa préface, même s'il est probable qu'il fut commencé sous l'autorité de sa prédécesseur, l'abbesse Relinde de Bavière dès 1159 et pour être réellement achevé vers 1205 , soit 10 ans après la date approximative du décès d'Herrade.
Le manuscrit renseigne lui-même sur le nombre de moniales présente à cette époque : dans l'une des miniatures, on peut compter 47 chanoinesses et 13 converses, peut-être parmi elles des novices. S'ajoutent les jeunes filles nobles qui y recevaient leur éducation et donc parfois des illustres « invitées ».
Le monastère se caractérisait par un grand nombre de chapelles disséminées sur le plateau dominé par l'église conventuelle. Cette dernière fût reconstruite au 17ème siècle et le site actuel conserve quelques vestiges anciens. Y est conservé notamment un sarcophage mérovingien présenté comme contenant les ossements de Sainte Odile.

Histoire de l'HD jusqu'en 1870

Le manuscrit demeura au Mont St Odile avant d'être transféré en 1546 suite à un incendie au monastère, à Saverne, puis, à partir du 17ème siècle, à la chartreuse de Molsheim où les moines en firent vraisemblablement une copie entière.

Lors de la confiscation des biens de l'Eglise, il fût déposé à la bibliothèque de Strasbourg. Dans la nuit du 24 au 25 août 1870, des obus de l'armée allemande détruisirent l'église des Dominicains où se trouvait la bibliothèque. L'Hortus, sa copie ainsi qu'un grand nombre de manuscrit et incunables disparurent dans l'incendie.

Les diverses copies et essais de reconstitution

Le préfet de police de Strasbourg, CM Engelhardt, a publié une première monographie avec les calques de certaines miniatures, coloriés par ses soins en 1818.
Vers 1840, un ami du roi Louis Philippe, le comte de Bastard D'estang, se fait prêter le Hortus et réalise un claque de la plupart des dessins ainsi que des textes.

Le nombre exact de feuillets original ou de feuillets toujours existant varie selon les sources consultées (2) : Quelque soit le chiffre retenu, il apparaît que les miniatures perdues le sont irrémédiablement, à moins que comme à cette époque on n'en retrouve une miniature un jour. Pour l'anecdote : La miniature de l'Enfer fût retrouvée (à une date non précisée mais pendant cette période) par le bibliothécaire de la ville chez un antiquaire allemand, racheté et réintégré dans le manuscrit original.

Tout au long du 19ème et du 20ème siècle, plusieurs reconstitutions et études furent menées.

Les représentations et colorisations actuelles sont le résultat, outre des différentes copies existantes, des travaux d'Auguste Christen, directeur du Mont Saint Odile de 1953 à 1978, devenu chanoine titulaire de la cathédrale après cette date. Passionné par l'Hortus dont il avait découvert un exemplaire d'Engelhardt avec sa douzaine de planches colorisées, il décida de rechercher à redonner leurs couleurs aux images de l'Hortus Deliciarum avec le concours d'une artiste Claude Tisserand et, pour le report des textes, d'un archéologue calligraphe, Charles Gies.
La première des planches colorisée fût celle du bon samaritain. En 1981, une première parution de 37 planches fut réalisée dans leur format d'origine soit 58 * 38 cm. Plusieurs autres séries de planches furent publiées :
- une série de 34 planches, parue en 1984, cette série contenait des images colorisées qui n'étaient alors connues qu'en noir et blanc.
- une série de 29 planches parut en 1987.
Par la suite, des publications davantage destinées au grand public ont été réalisées.

La forme de l'HD :

Le plan actuel de l'Hortus Deliciarum, résulte du classement réalisée par le chanoine Christen après 1987. Il se fonde sur les représentations connues et la logique de la culture romane. Je n'ai pas trouvé d'éléments relatifs au plan original du texte.
- le manuscrit s'ouvre sur des enluminures relatives à la création des anges et à la chute de Lucifer. Ce récit est suivi d'une représentation de la Trinité. L'HD fait ainsi référence à l'enseignement scolastique (a priori la Cité de Dieu de Saint Augustin ) qui explique que si Dieu créa les anges en même temps que la lumière la séparation de la lumière d'avec les ténèbres provoqua la déchéance de Lucifer. Après la présentation de la Trinité, les miniatures évoquent la création du monde, mais le microcosme et le macrocosme sont situés avant la création d'Adam et d'Eve, car le microcosme est un parfait concentré du macrocosme (3) que Dieu vient de finir après avoir créé tout ce qui peuple l'univers et vit dans les trois règnes de la nature (animal, végétal et minéral).
- Le plan de l'ouvrage : la première partie porte sur la création et certains passages de l'ancien testament, la seconde porte sur la venue du Christ et les évangiles et la troisième est relative à l'Eglise et aux fins dernières.

L'Hortus se présente non pas comme des enluminures, avec l'illustration localisée dans les lettrines ou en vignettes, mais comme une bande dessinée entourée de textes. Les poèmes, en latin, étaient destinés à être appris par c½ur pour être récités ou chantés lors de certains offices.
Certains termes sont traduits en alémanique (allemand de l'époque), comme dans la miniature sur le microcosme, en s'inspirant des copies germaniques des « étymologies » d'Isidore de Séville (4) .
L'Hortus contient par ailleurs plusieurs pages de texte traitant de la division du temps, de la terre d'Asie, des noms des régions d'Europe, de la Lybie (afrique) et des îles : Britannia, Engillant. Il s'agit d'un cours de géographie où presque tous les mots latins sont traduits en allemand.
L'Hortus Deliciarum constitue donc une source précieuse pour l'étude des origines de la langue allemande.

Comme les documents de cette période l'Hortus Deliciarum obéït aux régles de l'art de la mémoire alors utilisées. « Quelles étaient les « choses » que la piété du Moyen-Age désirait le plus se rappeller ? C'était surement les « choses » qui se rapportaient au salut ou à la damnation, les articles de la foi, les routes qui menaient au ciel par les vertues et celles qui menaient à l'enfer par les vices. » (5)

Les origines et influences :

Herrade dans sa préface a admis avoir réalisé un énorme travail de compilation cherchant, selon les termes de sa préface, à « extraire le suc de fleurs de la littérature divine et philosophique ». Elle cite de nombreux auteurs , aussi bien des Pères de l'Eglise que des auteurs de son temps (6) . Les chanoines des monastères de Marbach, très influent monastère qui possédait une importante bibliothèque, et d'Etival ont vraisemblablement joué un rôle important de conseil.

L'un des auteurs manifestement parmi les plus influens sur l'Hortus Deliciarum, est Honorius Agustodunensis (1080 – 1150 environ), rédacteur d'un oeuvre variée et considérable. Il divulgue la doctrine de Saint Augustin et établit des rapports entre microcosme et macrocosme. Il inspire la mise par écrit des visions d'Hildegarde von Bingen et l'organisation de l'Hortus Deliciarum. Le « Lucidaire » (1100) qui traite des apports du christianisme dans l'analyse des questions humaines, constitue un traité systématique et complet de théologie médiéval, sera traduit dans toutes les langues de l'occident.

L'influence dans le type de dessin est à la fois danubienne, et en particulier liée au monastère de Ratisbonne et byzantine. Ainsi, l'Hortus deliciarum contient par exemple, des représentations du Christ drapé dans un manteau à l'antique et dégageant un bras droit toujours levé (influence byzantine) et un trait qui cerne le dessin, (influence danubienne).
En parallèle, plusieurs miniatures manifestent l'importance de l'influence byzantine , par exemple dans la vêture de l'archange Lucifer dans les miniatures retraçant Lucifer dans sa gloire et dans sa chute : il y apparaît vêtu de sandales et d'un sakkhos, tunique à ceinture caractéristique, nom grec du somptueux manteau que revêtaient le patriarche de Byzance et le basileus (nom donné à l'empereur grec de Byzance) lors des grandes cérémonies.

Lors de la présentation de la création, Dieu est présenté à la manière des mosaïques byzantines. Dieu est représenté dans l'apparence du Christ (« mon Père et moi sommes un ») siégeant en majesté, nimbé d'une auréole crucifère, (symbole de majesté, parfois attribuée aussi à l'Eglise, mais quasi réservée au Christ) sur un trône ouvragé, les pieds reposant sur un escabeau, honneur normalement réservé au Basileus, la main droite bénissant. Dans sa main gauche, il tient le Livre ouvert.
Il est à noter que Dieu est toujours représenté les pieds nu. D'autres sont aussi pieds nu : les prophètes, les anges ..; Ainsi, dans la représentation de Lucifer dans sa gloire, les anges sont nu pieds, Lucifer est chaussé.
Cependant, cette caractéristique ne doit pas être généralisée ni comprise comme un élément de séparation entre une représentation du mal et du bien.
De plus, comme il est d'usage dans l'iconographie romane, la position assise est réservée à Dieu ou à un personnage en position d'autorité.

Notes:

(1). Tancrède de Lecce (1140-1194), banni du royaume normanno-sicilien, il s'exila à Byzance. A la mort de Guillaumme II, dit Guillaume le mauvais, en 1189, il fût l'un des prétendants à la succession. Couronné roi de Sicile en 1190, il dût affronter les rebelles musulmans réfugiés dans les montagnes des Sicile, soumettre ses vassaux en Italie méridionale et défendre son royaume contre les forces impériales germaniques.

(2). le manuscrit comptait originalement 342 feuillets n'en compterait déjà plus que 324 soit 18 manquants, ou pour une autre source, 30 planches (140 scènes) manquantes pour une autre source.

(3). Tertullien, père de l'église « la terre, c'est l'homme », chaque élément de la création renvoie l'homme à lui-même, à sa vie de relation avec Dieu.

(4). Isidore de Séville (né entre 560 et 570 à Carthagène (Cartagena) - mort le 4 avril 636) était un religieux espagnol du VII siècle, qui fut évêque métropolitain de Séville (Sevilla), capitale du royaume wisigothique, entre 601 et 636. Il reçut une éducation très complète aussi bien dans le domaine profane que religieux. Havre de paix dans l'Occident de cette fin du VI siècle, l'Espagne se trouve appelée à devenir comme le conservatoire de la culture antique ; la bibliothèque sévillane en est alors le centre le plus brillant. Tout en accordant une priorité aux grands écrivains chrétiens du IV au VI siècle, en particulier Augustin (354-430), Cassiodore (485-580), Grégoire le Grand (540- pape 590-604) — ce dernier fut l'ami personnel de son frère Léandre —, Isidore tente d'assumer cet immense héritage dans toute sa diversité. C'est pourquoi manuels scolaires et auteurs classiques s'associent, dans les sources de ses ½uvres, aux Pères latins les plus anciens : Tertullien (155-222), Cyprien de Carthage (200-258), Hilaire de Poitiers (315-367), Ambroise (340-397).
Son ½uvre majeure est Étymologies (Etymologiæ) constituée de vingt livres, qui propose une analyse étymologique des mots divisée en 448 chapitres. Par cette ½uvre, il essaie de rendre compte de l'ensemble du savoir antique et de transmettre à ses lecteurs une culture classique en train de disparaître. Son livre a une immense renommée et connaît plus de dix éditions entre 1470 et 1530, ce qui montre une popularité continue jusqu'à la Renaissance.
À cause de la structure des Étymologies, qui rappelle celle de certaines bases de données nommées les tries, et préfigure les inventions futures du classement alphabétique, puis de la notion d'index, Isidore de Séville a été proposé, en 2001, comme saint patron des informaticiens, des utilisateurs de l'informatique, de l'Internet et des Internautes.

(5). « L'art de la mémoire », page par Frances A. Yates, éd Gallimard

(6). Saint bernard, Fréculphe, Honorius Augustodunensis, êvêque de Lisieux, Yves de Chartres, Rupert de Deutz, Petrus Comestor.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le mardi 01 juillet 2008 11:59
Modifié le mardi 01 juillet 2008 12:14

Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 2ème Partie résumé par Caroline P.

 Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 2ème Partie  résumé  par Caroline P.

Renaissance Traditionnelle Tome VII
N°27 Juillet 1976. p196
&
N°28 Octobre 1976. page 303


I- La présentation de la culture romane :

Dans la mesure où il s'agissait d'instruire les jeunes moniales, cet ouvrage ne constitue pas simplement une somme de références religieuses : en effet, Herrade a introduit des éléments tout à fait profanes.

Cette imbrication d'éléments profanes et d'éléments religieux est courante au 12ème siècle. Mais l'utilisation des éléments profanes n'est pas anodine, Herrade ne perdant jamais de vue la mission d'instruction quelle s'est fixée pas plus qu'elle n'oubliait la gloire de l'Eglise. Par exemple, quelques miniatures retracent les aventures d'Ulysse face aux sirènes, représentées comme des oiseaux à corps humains dont les ailes ressemblent à celles de anges. Vêtues de longues robes, leurs pieds ont la forme de griffes d'oiseaux de proie.

Après avoir représenté la réussite de ces créatures sur des voyageurs imprudents pour signifier le sort qui attend ceux qui prêtent l'oreille aux séductions du monde au lieu de s'en détourner, Herrade, montre le triomphe du christianisme avec les compagnons d'Ulysse, les oreilles bouchées par la cire, donc sourds aux sollicitations diaboliques, qui rejettent et terrassent les sirènes. Ulysse quant lui, vêtu en soldat comme le sont les représentations des vertus dans l'Hortus, regarde la scène paisiblement attaché à un mat en forme de croix en Tau.

Les costumes, l'art de la table, les outils représentés sont ceux de l'époque, l'Hortus Deliciarum devenant ainsi une mine de renseignement sur le mode de vie au 12ème siècle :
Certaines miniatures sont à ce titre très utiles :
- eg: la représentation de la cène : une table autour de laquelle se trouve Jésus et onze disciples. Après avoir noté qu'il manque l'un des apôtres, regardons les éléments posés sur la table : la vaisselle est composée de coupes en terre cuite et en bois, une fourchette à deux dents servait avec un couteau à encoche à déposer les aliments sur le pain, utilisé comme assiette. Sur la table se trouve des boulettes, probablement de blé ou de semoule. Sur d'autres miniatures, on peut voir des bretzels sur la table.
- d'autres miniatures représentent des personnages qui jouent avec des marionnettes
- la miniature de la tour de Babel est particulièrement significative dans cette optique car elle nous présente la construction d'un bâtiment avec des ouvriers et leurs outils.
- dans la rosace des arts libéraux sont montrées des attitudes de copistes, (lecture, écriture, discussion et préparation de la plume avec un couteau)
- certaines scènes de la vie quotidienne fournissent des indications sur le mode de vie de l'époque : par exemple, la représentation de personnages dans leurs lits : à l'époque romane, on dormait adossé à l'oreiller, le buste relevé, ce qui explique la taille des lits. Seuls les morts étaient en position allongée et étaient donc véritablement couchés en terre.

L'analyse de l'Hortus Deliciarum apprend aussi beaucoup sur la complexité du rapport des lettrés de l'époque romane aux cultures antérieures.

Le mouvement d'assimilation des éléments culturels précédant apparaît double : attitude négative pour les symboles celtes et extraordinaire goût pour l'antiquité. Ces symboles sont souvent amalgamés avec des thèmes bibliques.

Le goût pour l'antiquité tout d'abord : Celle qui a le mieux résumée l'attitude des hommes romans, c'est Marie Madeleine Davy : « les hommes romans se savent les héritiers d'un passé non seulement religieux mais aussi profane. Et ce profane, ils vont le capter dans un souci constant de faire coïncider les souvenirs antiques et les réalités de la foi. C'est pourquoi ils utiliseront volontiers des symboles païens dont leur esprit encyclopédique s'accommodera aisément » (7) .
Il ne faut pas oublier qu'à l'époque romane les croisades faisaient circuler des textes grecs et arabes dans des traductions latines souvent d'origine juives (8) . Isidore de Séville a joué ici un rôle fondamental par le rayonnement des centres d'étude du clergé qu'il a fondé, la richesse de la bibliothèque de Séville et sa volonté d'assumer l'héritage passé aussi bien dans les domaines profanes que religieux. Il compila à ce titre une somme énorme de connaissance visant à doter la nouvelle église de solides fondations intellectuelles.

Ainsi, prenons la miniature du soleil représenté sous la forme d'Hélios : un char dans lequel se trouve le soleil est tiré par 4 chevaux dont Herrade nous donne les noms et qualité qui sont en réalité les qualités du soleil.
- acteon ou rubens : le rutilant désignait le soleil levant dans son éclat
- eritreus ou splendens, le brillant, c'est le soleil au firmament à midi
- lampos ou ardens, le fervent désigne le soleil de l'après-midi
- philogeus ou amans terram, celui qui aime la terre, renvoie au coucher de soleil.
Les chevaux sont aussi bien dans la culture celte que dans la culture romaine un symbole solaire (9) . D'ailleurs, la représentation de la course du soleil par un char tiré par des chevaux est partagée par de nombreuses cultures : référence peut être faite au char d'Apollon aussi bien qu'à la Bible (II, rois . 11 (10) ) ou (I, trois 2, 11 ). Le pendant de cette représentation solaire est celle de la lune dans un char tiré par des b½ufs . (11)

Les hommes de l'époque romane intégrent dans leur pensée les auteurs antérieurs, Saint Bernard de Clairvaux, pourtant opposé aux sciences profanes étudiées avec excès, soit pour elles-mêmes, cite Horace; pour condamner Cluny, jugé trop luxueux, il cite un texte de Perse. Se dessine par lui la pensée du 13ème siècle qui affirmera la supériorité de la théologie et le rôle subalterne des autres sciences, devenues les servantes de la première.

L'une des miniatures de L'HD illustre cette tension entre sacré et profane et oppose l'inspiration immonde représentée par un oiseau noir volant au dessus de l'épaule d'un poète à l'inspiration du St Esprit qui éclaire les sages.
En parallèle, les arts libéraux sont biens présents dans l'une des plus belles représentations en rosace de l'HD : la miniature fait penser à la rosace de la façade d'une église. Philosophie trône au centre de la rosace et d'elle partent les sept fleuves (4 + 3) qui représentent les sept arts libéraux. Conformément à la pensée d'Isidore de Séville, la philosophie est couronnée par trois têtes qui sont l'éthique, la logique et la physique. Au dessous de philosophie sont représentés Socrate et Platon. Les quatre figures en bas sont les poètes païens ou magiciens, inspirés par de faméliques oiseaux noirs. Cela signifie que tant que la philosophie marche sur le terrain de la vérité, elle ne tient pas compte des fausses doctrines, traités de magie ou descriptions d'un monde fabuleux.

Un autre exemple se trouve dans la représentation du baptême : Jean baptise Jésus, entièrement immergé. A sa gauche, les anges se tiennent les mains couvertes en signe de respect (12) . Deux éléments sont particulièrement intéressants : la présence de la colonne immergée et du personnage tenant une cruche à ses cotés. La colonne renvoie peut-être à la croix placée au milieu du Jourdain indiquant l'emplacement du baptême du Christ à l'intention des pèlerins. Le personnage quant à lui désigne Neptune, maître des eaux, avec une cruche d'où celles-ci s'écoulent. Cette représentation est courante comme le montrent les différentes représentations jointes.

Mais certaines représentations montrent que cette passion pour les sciences profanes a pû co-exister avec une attitude nettement moins valorisante avec d'autres éléments de culture beaucoup plus populaire.
Il y a la représentation des sirènes, évoquée plus haut, sous forme de harpies, mi-femmes – mi oiseaux de proie.

L'Hortus Deliciarum contient plusieurs représentations en rosace, l'une d'entre elles nous montre le char de l'avarice relié à différents animaux néfastes parmi lesquels l'Ours, symbole de la violence et le loup, symbole de rapacité, le chien symbole d'âpreté et le cochon représentant la malpropreté.
Mais si s'applique une approche reliée aux anciennes croyances celtes, l'ours est le symbole honni par l'église de l'homme sauvage, du géant, de l'ogre qui hante les cycles de carnaval. Les farces traditionnelles de Carnaval comportent des hommes déguisés en Ours qui noircissent et barbouillent de suie le visage de ceux qu'ils parviennent à capturer. Les ours leur confectionnent un masque noir qui les renvoie au monde des revenants. L'ours conduit aussi à la figure du « Sauvage », forme folklorisé d'une ancienne divinité celtique qui survit au Moyen Age au travers de plusieurs saints tels que Blaise, Martin ou la figure de l'enchanteur Merlin (13) . Beaucoup pourrait être dit sur le rôle des canidés liés à certains saints et les mythologies liées au porc sont elles aussi très riches.
Les anciennes mythologies regorgent des femmes oiseaux, lointains souvenirs elles aussi de ceux qui se trouvent dans l'autre monde, pas l'enfer ni uniquement le monde des morts, l'autre monde, celui de esprits et des dieux .... .

Ainsi apparaît le rejet des traces de la culture populaire pré-chrétienne qui manifestaient les derniers attachements aux cycles de carnaval, aux animaux qui sont pour certains à la fois rappels des souvenirs du monde de l'au-delà, psychopompes, Maîtres du passage vers la mort mais aussi dispensateur de vie et de fécondité.

Il est à signaler aussi le b½uf, qui ici symbolise l'avarice car il dévore le foin du monde. La raison est ici à rattacher à Rupert de Deutz pour qui cet animal est symbole du diable affamé par le monde. Dans le livre de Job, cet animal est assimilé à Nabuchodonosor.

Notes:


(7). Essai sur la symbolique romane, ed flamarion, page 86.

(8). MM Davy, essai sur la symbolique romane, p87.

(9). MM Davy précise que les chevaux sont, dans l'iconographie romane un symbole équivalent à l'arbre.

(10). « il supprime les chevaux que les rois de Iehouda avaient donné au soleil à l'entrée de la maison de IHVH, ... , Les chariots du soleil, il les incinère au feu. «

(11). MM Davy, page 165, il s'agirait ici aussi de la reprise d'un thème antique.

(12). La hache posée au pied de l'arbre est un rappel du texte des évangiles qui dit sur la cognée est au pied de l'arbre et que tout arbre qui ne donne pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.

(13). Philippe Walter, MYTHOLOGIES CHRETIENNES, p 51
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le mardi 01 juillet 2008 12:25

Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 3ème Partie résumé par Caroline P.

 Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 3ème Partie  résumé  par Caroline P.

Renaissance Traditionnelle Tome VII
N°27 Juillet 1976. p196 & N°28 Octobre 1976. page 303


II – L'ancien et le nouveau testament

La représentation des juifs et la scène de la cruxifiction

La crucifixion du Christ est représentée, bien évidemment, dans l'Hortus Deliciarum. Très riche, elle contient notamment une représentation de l'Eglise et de la Synagogue, qui prennent place dans l'évolution historique de leurs représentations du 9ème au 15 siècle et qui sont à regarder en parallèle avec celles figurant sur la cathédrale de Strasbourg. L'analyse des rapprochements entre l'Hortus Deliciarum et la cathédrale de Strasbourg mériterait de plus ample développement, mais quelques remarques viennent à l'esprit sur ce thème précis.

Cette thématique est complexe et contient des représentations qui peuvent apparaître contradictoires.
L'Eglise et la Synagogue sont représentées sous la forme allégorique de deux personnages féminins, l'un triomphant, l'autre abattu.
Au 9ème et 10ème siècle, les représentations comme celles figurant sur des ivoires de Metz , montrent la Synagogue, vêtue comme l'Eglise et sans signe d'infériorité, qui s'éloigne du Christ en tenant la tête droite, de même pour son drapeau. L'Eglise quant à elle tient le calice dans lequel le sang du Christ est recueilli.
La représentation de la coupe recuillant le sang revêt une symbolique riche dans l'art roman et la culture médiévale pour laquelle le centre de l'homme se situe dans la poitrine. Donc, ce qui se montre ici, c'est la poitrine de l'homme (centre du monde) comme pont, comme lien entre le microcosme et le macrocosme.

Dans l'Hortus Deliciarum (rappel de la date de la mort de l'abbesse Herrade : 1195), outre la reprise de différents éléments décrits dans la Bible, l'Eglise triomphante est représentée assise sur un animal mythique, à quatre têtes avec les pieds qui correspondent à chacune de ces têtes. Cet animal renvoit clairement aux Quatre Vivants avec une description proche de celle qui en faite dans Ezéchiel et non celle que l'on retrouve sur les tympans et portails des églises romanes et gothiques. Elle tient à la fois un étendard à hampe cruciforme, tourné vers le Christ et une coupe pour recueillir le sang qui s'écoule de la plaie de son coté.

La Synagogue, assise avec beaucoup moins de majesté qu'Ecclésia, est juchée sur un âne au comportement manifestement rétif, animal qualifié de sot et vicieux, et dont le licol, par lequel il pouvait être guidé, gît à terre.

La femme aveuglée par son voile, détournant la tête du Christ en croix, tient à la fois un couteau sacrificiel et un agneau. Cet agneau vise peut-être le Christ car le panneau qu'elle tient contient les mots suivants : »je ne le savais pas ». Sa bannière qui a tombée de ses mains, gît dans la poussière.

Dans le bas de l'image, des morts ressuscitent. L'un des cercueils capte l'attention car il contient un squelette : a priori, ils peuvent sembler signifier, qu'aux pieds de l'âne se trouve un cercueil avec un squelette immobile alors qu'au pieds de l'Ecclesia les morts ressuscitent en s'extrayant de leurs cercueils.
Cependant, la lecture des commentaires fournit des explications et indique que le cercueil, représenté au pied de la croix est celui d'Adam, dont le tombeau était pensé comme situé sur le lieu où fut crucifié Jésus. Cette co-existence est très riche en interprétations théologiques.

Deux représentations de l'Eglise et de la synagogue se trouvent dans la statuaire de la cathédrale de Strasbourg et leurs différences manifestent une autre évolution de la thématique.
- La plus connue date des années 1225 à 1235 et se situe sur le portail sud. La synagogue aux yeux bandée est vaincue et tient une lance plusieurs fois brisées. Elle baisse la tête et détourne le regard de l'Eglise triomphante située en face d'elle et qui tient un étendard à hampe cruciforme. Entre les deux se trouve une statue du roi Salomon.
- vers 1285, une autre représentation, située au tympan du portail central de la façade occidentale de la synagogue va encore plus loin : si sa lance est entière et si elle tient fermement son livre, le bandeau qui l'aveugle est un serpent enroulé autour de sa tête.

Plus tard, au 14ème et 15ème siècle, les représentations de la synagogue au pied de la croix se dégradent comme par exemple dans une bible du 15ème provenant de Hagueneau qui va jusqu'à placer un diable sur son épaule.

Un autre point mérite d'être explicité dans cette représentation : la représentation de la lune et du soleil autour de la croix. Les luminaires, déjà représentés dans l'allégorie sur la création sont identiifiés et personnifiés, mais dans l'affliction. Alors que cette représentation de la cruxifiction avec le soleil et la lune est rare (voire inexistante) dans les églises françaises, elle demeure très courante dans les églises espagnoles , mais aussi dans les églises pragoises.

La typologie : relation entre le nouveau et l'ancien testament :

Cette problématique des rapports complexes entre l'ancien et le nouveau testament se retrouve dans les roues les représentants et dans la comparaison qui peut être réalisée ente ces roues et les rosaces de la cathédrale de Strasbourg.

Au centre se trouve un personnage à tête double, se tenant sur une barre fixée sur un chandelier à 7 branches et assis sur un arc en ciel, il représente dans l'union entre Moïse et la Christ, l'union de l'ancien et du nouveau testament. Le thème principal est celui de la purification par le don et le sang offert. Le personnage double tient d'une main l'hysope qui servait à asperger la foule du sang et des cendres des animaux sacrifiés et de l'autre le calice contenant le sang du Christ.
Cette image représente la théologie du 12ème siècle qui prône la typologie, c'est-à-dire l'osmose entre l'ancien et le nouveau testament.
Sur le mur méridional de du croisillon Sud se trouve , à coté de la rosace du nouveau testament, celle de l'ancien testament. La construction en est différente mais l'esprit de la typologie y est encore plus fortement exprimé. On y retrouve le personnage double au centre, un médaillon contient le chandelier à 7 branches qui selon l'Hortus signifie l'esprit saint donc, qui de sa lumière guide les prophètes, les apôtres et les évangélistes dans la composition des livres de l'ancien et du nouveau testament. Sur certains médaillons figurent soit des rappels de l'ancien soit du nouveau testament.

La rose du nouveau testament présente en son centre un personnage couronné comme un roi et mitré comme un évêque et tenant un calice. Ce personnage est décrit comme étant le christ dont il est précisé qu'il accomplit les sacrifices du nouveau testament, c'est-à-dire les vertus chrétiennes.
Sous ses pieds entourés de deux chérubins, et représentée comme l'arche d'alliance, se trouve l'église et la croix. Ainsi, comme le précise le texte, l'arche représente l'église libérée par la Croix.
La rosace du nouveau testament dans la cathédrale en est proche. Le centre est occupé par Melchisédech tenant un calice d'or dans ses mains voilées. On y retrouve différents éléments de l'ancien testament : l'arche d'alliance, la verge d'Aaron ... .
D'autres éléments présentés sont ceux du nouveau testament : le Christ entre l'alpha et l'oméga, les 4 évangélistes ... l'inscription en bordure énonce clairement les rapports entre l'ancien et le nouveau testament : « le b½uf et l'autel n'ont été qu'obscure apparence, le roi et la croix sont la lumière, qu'on cesse d'immoler brebis, chèvres et b½ufs, le prêtre sera la véritable victime. »

Pour l'homme roman, la foi chrétienne n'existe que dans l'union mystique de l'ancien et du nouveau testament, union non pas chronologique mais thématique, les deux textes co-existant dans l'accomplissement du message chrétien.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le mardi 01 juillet 2008 12:57