Le numéro 149 de Renaissance Traditionnelle est paru !

Le numéro 149 de Renaissance Traditionnelle est paru !
Au sommaire de ce n°149: les articles de:

Pierre Mollier: Avant-propos

Gaël Meigniez : L'amande de la colonne vertébrale et la résurrection de la chair dans les rituels maçonniques précoces

Georges Lamoine : Lettres écrites par le Chevalier A.M. de Ramsay

Pierre-François Pinaud : Les musiciens francs-maçons au service du roi et de la cour sous le règne de Louis XVI, 1774-1792

René Guilly : Le Rite Français Traditionnel, quelques documents originaux : exposé fait en chambre du milieu le 15 décembre 1959


Bonne Lecture à tous !
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# Posté le jeudi 07 février 2008 12:51

Notes et Commentaires sur "Le Traité des Deux Natures" de J-B Willermoz (de Roger Dachez) résumé par Daniel L.

 Notes et Commentaires sur "Le Traité des Deux Natures" de J-B Willermoz (de Roger Dachez)  résumé  par  Daniel L.


Renaissance Traditionnelle
N°67 Tome XVII Juillet 1986. p 235
N°71 Tome XVIII Juillet 1987. p 209
N°72 Tome XVIII Octobre 1987. p 300
N°78 Tome XX Avril 1989. p 116


Le Traité des deux natures n'est, à aucun égard, un texte maçonnique. Il se présente, ainsi que l'explicite son titre complet Traité des deux natures divine et humaine réunies indivisiblement pour l'éternité et ne formant qu'un seul et même être dans la personne de Jésus-Christ Dieu et homme rédempteur des hommes, souverain juge des vivants et des morts, accompagné de réflexions sur la conduite de Pilate et d'une méditation sur le grand mystère de la Croix, comme une sortie de cours de théologie, d'un ton vivant, sur les thèmes principaux du christianisme – la chute, la Rédemption , le Mystère de la croix – que J.B.Willermoz aurait destiné à son fils. Aucune allusion relative à la Maçonnerie ne s'y trouve, fût-elle la plus lointaine, non plus d'ailleurs qu'à l'initiative en général.

Sans doute, quand Willermoz écrit le Traité des deux natures, l'homme âgé qu'il est devenu s'est-il éloigné des Loges. Son milieu familier, ses amis et ses frères d'avant la Révolution disparus, pour la plupart, lui-même frappé par les épreuves, il doit songer plus qu'à tout autre moment de son existence, à se préparer à une bonne mord».

Ses préoccupations sont dès lors surtout mystiques et religieuses : le Traité en porte témoignage. Toutefois, nous ne pouvons oublier qu'en 1809, il se trouve encore la ressource de composer à lui seul le Rituel définitif de Maître Ecossais de Saint-André, texte capital pour le R.E.R.

Le Traité des deux natures appelle un travail qui ne doit pas se refermer sur une exégèse personnelle, mais s'ouvrir sur un débat que nous souhaiterions fructueux, débat auquel tous les lecteurs de Renaissance Traditionnelle sont conviés.

Afin de faciliter le cours, nous proposons un découpage du texte en vingt-quatre sections, correspondant pour chacune d'entre elles à une thématique assez facilement repérable et relativement cohérente.

A- ORIGINE DE LA CHUTE ET NECESSITE D'UN REDEMPTEUR

Le texte s'ouvre par quelques lignes d'un ton indiscutablement très martinésiste parlant des Agents spirituels et de leur action particulière. L'homme primitif - qui n'est cependant pas qualifié ici de Mineur – est, pour sa part, le dominateur des esprits pervers. Il reste que cette phraséologie ne doit pas induire en erreur – non plus qu'en suspicion – car elle disparait aussitôt d'un texte qui ne contient que de rares emprunts au vocabulaire des Elues-Coens.
Il faut souligner à ce propos que si l'influence de l'enseignement de Martines de Pasqually, auquel Willermoz demeurera fidèle toute sa vie durant, se fait clairement sentir en d'autres endroits, c'est moins par l'usage d'un vocabulaire caractéristique que par les thèmes abordés, comme nous le verrons. Quant au reste, dans un court paragraphe inaugural, allusif aux circonstances de la Chute, rien n'apparait d'incompatible avec l'exégèse biblique traditionnel en ce domaine. Pour ne mentionner qu'un point, on peut notamment rappeler que l'antériorité d'une création spirituelle sur la Création d'un Monde et l'Homme a toujours été affirmée par la doctrine chrétienne la plus orthodoxe.

Suit un exposé des conséquences de la Chute, dont l'unique but est de faire apparaitre le nécessité d'un Rédempteur. L'homme, cet inique délégué, ayant accompli le crime le plus inexpiable – ici clairement qualifié : avoir horriblement abusé de tous les dons, de tous les pouvoirs qu'il en [en Dieu] avait reçus , ne peut espérer relever de cet état, qu'en Dieu Lui-même.

« Il faut donc une grande victime pour satisfaire à la Justice Divine ; car si la Miséricorde de Dieu est infinie et sans borne, sa justice l'est aussi [...]

Cette dialectique de la Justice et de la Miséricorde – ou de la Rigueur et de la Clémence-, outre qu'elle soulève la question théologique du salut et de la Rédemption en général, évoque encore pour nous, la présence au premier grade Adhuc stat. Cette dernière ne paraît s'éclairer pleinement, en effet, que relativement à la Chute de l'homme, qui elle-même conditionne le Traité des Deux Natures.

L'homme primitif, le premier Adam, en application de la justice divine tombe dans l'état de nature déchue.
A la justice de rigueur s'adjoint nécessairement, en effet, selon la perspective chrétienne, la miséricorde, ou la clémence, qui laisse à entendre que ce qui est tombé pourra être relevé, et n'est sans doute pas totalement anéanti... Adhuc Stat.

Cette double dimension de la justice divine, dont Willermoz fait le pivot de la Rédemption, nous renvoie plus précisément encore aux stipulations du rituel en usage dans la loge de la Triple Union, à Marseille.

C'est en effet dans ce texte qu'apparait pour la première fois, dans l'histoire des rituels rectifiés, la vertu de Justice, intégrée avec les trois autres vertus dites cardinales de la tradition occidentale – tempérance, prudence, force – dans une répartition des quatre grades symboliques.

On peut lire dans la description des préparatifs nécessaires à la réception au premier grade :

Au dessus et en avant du baldaquin du trône les jours de réception, on placera un transparent sur lequel sera en gros caractères sur fond noir et sans aucun ornement ou attribut le mot JUSTICE ; on l'éclairera en même temps que la Loge.
Mais plus loin on ajoute :
A l'occident les surveillants et en face du transparent portant le mot justice, sera placés (sic) les jours de réceptions, un autre transparent sur lequel sera écrit en gros caractères, sur fond bleu le mot CLEMENCE.

Ce dernier transparent sera moins élevé que le premier et on l'éclairera de même en illuminant la Loge. (Ce dispositif est d'autant plus remarquable soulignons-le l'ensemble des vertus en question n'apparaît pas dans les rituels bleus rectifiés dans les versions que l'on peut considérer comme définitive, établies entre 1785 et 1787.On doit cependant remarquer que les vertus sont présentes dans le Rituel Général de Maître Ecossais de Saint André, rédigé par Willermoz en 1809, selon l'Esquisse adoptée au Convent de Wilhelmsbad. La vertu de FORCE y est en effet clairement exposée, comme sont rappelées les vertus des trois grades antérieurs.

Le VM frappe un coup, et aussitôt le 2èmeS :. Fait tourner le candidat du côté de l'occident et lui montre le mot CLEMENCE ;
le VM après un moment de silence dit :
Mon F :. Si vous avez le c½ur droit et sincère ne craignez point : la clémence tempère les rigueurs de la justice en faveur de ceux qui se soumettent généreusement à ses lois.
Le 1erS :. : VM l'A :. a subi l'épreuve de la justice et de la clémence.


Cette conception duelle de la justice divine, fondamentale pour comprendre l'espérance chrétienne, permet à Willermoz d'écrire :
Un second Adam, émané du sein de Dieu en toute pureté et sainteté, se dévoua et s'offrit en victime à la Justice divine pour le salut de ses frères, et son dévouement fut accepté par sa Miséricorde.

C'est à partir de cette analyse que doit être envisagée la disposition des deux vertus complémentaires prévues par les rituels de la Triple Union.

B. L'UNION HYPOSTATIQUE – SA NECESSITE DANS L'HISTOIRE DU SALUT

(Définition Hypostatique: Désigne l'union des natures divines et humaines dans la personne du Christ)

Willermoz aborde ici la signification et la raison fondamentale de l'institution, par l'union incompréhensible de la Nature divine à la nature humaine, [d'une] religion sainte qui apprendrait à l'homme à connaitre le vrai culte à son Créateur, et le seul qui puisse lui plaire.

La notion de vrai culte est en effet abordée avec insistance par Martinès de Pasqually dans le Traité de la Réintégration, et semble avoir imprégné nombres de textes fondamentaux de la maçonnerie Rectifiée.
Martinès souligne en effet que:
Ce culte que le créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, n'est pas le même que celui qu'il aurait exigé de son premier mineur, s'il fût resté dans son état de gloire. Le culte que l'homme aurait eu à remplir dans son état de gloire n'étant établi qu'à une seule fin, aurait été tout spirituel, au lieu que celui que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, est à deux fins : l'une temporelle et l'autre spirituelle.
En attendant la venue du seul Rédempteur, toute l'histoire des premières générations ne fut ainsi, selon Martinès, qu'une quête incessante du « vrai culte.


En considérant que l'Union hypostatique a pour effet de rendre aux hommes l'espérance du Salut, en autorisant enfin le rétablissement du vrai culte, Willermoz souligne, dans une conception que seule la doctrine de Martinès éclaire réellement pour lui, la signification essentielle dudit culte, sans pour autant s'écarter, on le voit, d'une stricte orthodoxie.

C. L'IGNORANCE DES HOMMES CONCERNANT LA DOUBLE NATURE DU CHRIST :

Jean-Baptiste Willermoz en dénonçant diverses opinions sur les relations entre l'homme et Dieu, à travers l'histoire, évoque certaines notions de la cosmogonie martinésiste, telle qu'il l'avait intégrée à son orthodoxie chrétienne.

C'est ainsi qu'il repousse tout d'abord l'idée qu'existent des classes angéliques, des agents de Dieu assez purs et assez puissants pour rapprocher l'homme de Dieu, sans qu'il soit nécessaire que Dieu même se soumette à l'Incarnation.

C'est là une condamnation sans équivoque, on doit le souligner, de tout gnosticisme ( connaissance ésotérique parfaite et initiatique contenant toutes les connaissances sacrées) hétérodoxe (qui n'est pas conforme à la doctrine), de cette doctrine ennemie dès les origines de la pensée chrétienne, affirmant, la possibilité pour l'homme d'accomplir son salut par son propre effort de connaissance, et d'atteindre ainsi, de proche en proche, l'état divin, par la réalisation de tous ces états intermédiaires, sans que la médiation du Christ soit aucunement utile.

D. A PROPOS DE LA CONSTITUTION TERNAIRE DE L'HOMME DANS LE REGIME ECOSSAIS RECTIFIE

Abordant la question centrale de l'union des deux Natures dans la personne du Christ, Willermoz est conduit à évoquer ce qui, dans sa constitution subtile, rapproche du Christ, mais aussi ce qui l'en distingue. Il précise :

[...] l'homme-Dieu est formé corporellement dans le sein virginal de Marie de sa pure substance, de ce vrai et pur limon quintessentiel de la terre vierge de sa mère ; il y est formé et composé, comme tous les autres hommes qui viennent pour un temps sur terre, d'une triple substance, c'est-à-dire d'un Esprit pur, intelligent et immortel, d'une Ame passive ou vie passagère, et d'un Corps de matière.

Plus loin, il poursuit:
Nous avons reconnu en son lieu que l'animal ou la brute est un composé binaire d'une Ame, ou vie passive et passagère, et d'un Corps de matière, qui disparaissent totalement après la durée qui leur est prescrite, que l'homme est pendant son séjour passager sur la terre un composé ternaire : savoir des deux mêmes substances passagères que nous venons de citer qui le constituent animal comme la brute, et d'un Eprit intelligent et immortel, par lequel il est vraiment image et ressemblance divine. Mais en Jésus-Christ homme-Dieu et divin se trouve pendant sa vie temporelle sur la terre un assemblage quaternaire qui le distingue éminemment de toutes les créatures ; savoir : les trois substances que nous venons de connaitre dans l'homme temporel et de plus l'Être même de Dieu qui s'est uni pour l'éternité à l'être intelligent et immortel de l'homme, pour en former un être unique et une seule personne en deux Natures.

Or, ce passage du Traité permet d'évoquer la question corps-âme, s'opposant au trichotomisme, selon lequel l'homme est constitué de trois substances, le corps, l'âme et l'esprit. Cette question a en effet suscité, dans l'histoire du christianisme, mais aussi dans la genèse du R.E.R, des discussions et des querelles de divers ordres.

Héritiers à la fois de l'hermétisme (doctrine occulte des alchimistes, fondée sur des écrits attribués à Hermès) alexandrin redécouvert, et s'ouvrant aux doctrines kabbalistiques, l'idée trichotomiste était très répandue dans les cercles Illuministes au XVIIIe siècle, alors qu'elle avait disparu des formulations dogmatiques de la foi catholique.

Qu'en fut-il dans le petit cercle des « émules de Martinès de Pasqually ?
La doctrine trichotomiste dans la littérature complexe du Maître, use d'une méthode d'exposition parfois déroutante, et d'un vocabulaire souvent tout à la fois obscur et trompeur.

Toutefois, on trouve exprimée en mains endroits du Traité de la Réintégration l'idée fondamentale que l'homme est un Mineur spirituel, un être spirituel divin, incarné dans un corps de matière qui est sa prison, en raison de sa prévarication. Ce corps lui-même est animé d'un principe de vie passive et corruptible qui, à la mort de l'homme, suivra le destin de la matière, qui est celui de la dissolution.

C'est uniquement par sa nature spirituelle, seule incorruptible, que le mineur spirituel (la matière ne possédant qu'une existence illusoire selon Martinès, c'est d'ailleurs seulement en tant qu'Esprit que l'on peut dire de l'homme qu'il existe) peut espérer opérer sa jonction avec l'Esprit majeur promesse de sa réintégration.

Il est enfin un thème très proche, que développeront abondamment les émules : l'analogie qui existe entre le corps de l'homme et le Temple de Salomon. On lit en effet dans les Conférences de Lyon :

Le corps de l'homme est une loge ou un temple qui est la répétition du temple en général, particulier et universel. [... ]

La protohistoire des rituels français du Régime Ecossais Rectifié commence avec les traductions françaises des rituels de la Stricte Observance Templière, apportés à Lyon par le Baron Weiler en 1774. Dans ces textes, d'une concision spartiate, il n'est trouvé aucune allusion à la triple constitution de l'homme. On sait toutefois que les frères lyonnais furent rapidement déçus par le contenu de système de la Réforme de Dresde.

Dès 1775, ils commencèrent à l'amender, puis à le transformer très sensiblement, notamment en refondant les rituels. L'une des étapes essentielles de cette rectification fut naturellement, le convent de Lyon en 1778. Les rituels arrêtés par le dit convent, considérablement modifiés, ne comportent cependant aucune référence précise au trichotomisme, alors que les références symboliques et rituelles empruntées au système des Elus Coens y sont déjà nombreuses.

Or tout change dans les rituels adoptés par le convent de Wilhelmsbad, en 1782.
(Exemple: l'instruction morale au 1er grade : Le VM vous a reçu Franc-maçon par trois coups de maillet sur le compas, qui était posé sur votre c½ur ; ces trois coups vous annoncent ce que vous devez à l'Auteur de toutes choses, à vous mêmes et à vos frères.
En 1782 sens nouveau : Les trois coups sur le C½ur vous désignent l'union presqu'inconcevable qui est en vous de l'Esprit, de l'Âme et du Corps, qui est le grand mystère de l'Homme et du maçon, figuré par le Temple de Salomon.)


L'affirmation claire du trichotomisme faisait ainsi son entrée dans les rituels des grades bleus rectifiés et demeura dans toutes les versions postérieures.
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# Posté le samedi 05 avril 2008 11:24
Modifié le vendredi 10 octobre 2008 00:29

Le Pouvoir et l'Orgueil (de Robert Delafolie) résumé par Cendrine B.

Le Pouvoir et l'Orgueil (de Robert Delafolie) résumé par Cendrine B.




Renaissance Traditionnelle N°50
Tome XIII Avril 1982. p 157







Robert Delafolie


Dans notre civilisation Occidentale
et, peut être plus précisément dans la tradition chrétienne, on s'efforce d'avertir le fidèle de se défier de la vanité.

En effet, l'orgueil s'allie souvent au pouvoir amenant à fausser et à dégrader la nature de toute chose et de tous liens sociaux. À partir de ce principe, la plupart des personnes s'estiment en partie rassurées reconnaissant l'orgueil comme un infâme péché, mais ne faisant pas partie de leur environnement, ni de leur quotidien.

Pourtant, il serait bien de démêler cet imbroglio, cela permettrait ainsi de déterminer à vrai dire où commence et où s'arrête effectivement l'orgueil qui demeure le générateur de tous les vices et maux de la création.

Toutefois, Robert Delafolie nous engage à considérer l'orgueil dans sa globalité et, non pas que sous le seul aspect moralisateur. En effet, ceci permet de ne pas s'enfermer dans une représentation restreinte que l'histoire a pu relater à travers des régimes dictatoriaux. C'est pourquoi, notre auteur donne une définition plus large de ce terme englobant tous les hommes qui exploitent leurs pouvoirs quels que soit leurs champs d'action socio-professionnel, ou personnel.

De plus, pour lui, la dimension qu'il accorde à ce qualificatif se rattache au péché originel et à la prévarication, nous expulsant ainsi de l'immensité Divine. Du reste, l'humanité tout entière depuis la nuit des temps est responsable de cette chute mais aussi, de l'état du monde où nous nous trouvons et cela jusqu'au jugement dernier et jusqu'à notre réintégration à la coure Divine.

D'autre part, nos comportements ou, nos réactions conscientes ou, inconscientes quelques soient leurs caractéristiques et, leurs importances sont des manifestations de l'orgueil originel. Par ailleurs, il ne faut pas préjuger que l'orgueil compromet systématiquement le pouvoir. Par contre, dans un monde matériel, cette puissance relève uniquement de l'initiative individuelle pour aider son prochain. Cela est en quelque sorte une émanation de notre propre pensée dans le but exclusif de servir Dieu sans discontinuer à travers notre conscience, nos prières et nos actes et ceci tout au long de notre vie.

Ainsi, on se rend compte de la double signification que peut prendre la sémantique du langage. C'est pourquoi, celui ci peut se déterminer sur 2 plans. Le premier est celui de notre monde, de sa déontologie, de sa matérialité, le second celui de la spiritualité et du domaine Céleste. On peut aussi les identifier par l'hypertrophie de notre individualité équivalente à « l'orgueil », le deuxième par la nature même de cette individualité correspondant à « l'orgueil en action ».

En conclusion, on peut terminer cette étude par l'une des paroles du Christ « Soyez parfait... »

Il va de soi que la voie sera longue. En effet, cela nous laisse aucune utopie sur le chemin de notre spiritualité ou, sur celui de notre achèvement théologique, pas plus qu'une espérance sur le bien fondé d'une légitimité spirituelle quelque soit le pouvoir de l'homme.




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# Posté le samedi 03 mai 2008 11:02

Le mot « cowan » revisité - Partie 1: Burgus et Paganus par Francine B.(APRT Québec-Canada)

 Le mot « cowan »  revisité - Partie 1: Burgus et Paganus  par  Francine B.(APRT Québec-Canada)

à partir de l'article de

Renaissance Traditionnelle N°9
Tome III Janvier 1972. p13

et

des divers échanges dans le courrier des lecteurs entre
Joannis Corneloup et René Guily,
parus dans la revue.




« Ce ne sont pas les voyelles qui créent des traditions,
mais l'attachement à des pratiques. »
- Joël Jacques



Pour bien des gens et de nombreux de Maçons, il est futile de chercher à comprendre l'origine socio/logique d'un symbole puisque le sens primordial est considéré a priori comme immuable, intemporel et universel et que, de ce fait, sa dénaturation est inconcevable. La valeur agissante du symbole résiderait donc dans la faculté de chaque Maçon de l'actualiser – de lui donner vie - de telle manière qu'il devienne cohérent, voire compatible, par rapport à sa propre nature. Ainsi, dès son initiation, l'apprenti entre dans un lieu hors du temps et de l'espace, là où « tout est symbole » ; dès lors, il est amené à s'approprier le sens des signes qui s'offrent à lui pour en faire les outils de sa transformation, sondant la vérité intime de sa propre nature sans jamais remettre en question celle du symbole.

Dans le domaine juridique, la dénaturation relève d'un pouvoir souverain d'interpréter et de modifier le sens d'une loi ou d'un principe afin de le rendre compatible avec les principes d'une convention. Force est de constater que - l'esprit du siècle l'emportant parfois sur la Tradition - il en fut de même en Franc-maçonnerie : soumis, lui aussi, au pouvoir souverain de la Loge, le sens donné à certains mots anciens, jugés incohérents ou incompatibles avec la modernité, a souffert d'une dénaturation portée par les m½urs et les philosophies. C'est ainsi que, privés de leur essence originelle et féconde, quelques signes et mots du terroir écossais, comme l'ancienne désignation cowan, ont fini par mourir dans une Chaîne d'Union qui se voulait de plus en plus universelle.


Francine Bernier
Pour les Amis Provençaux de Renaissance Traditionnelle
Montréal, 13 février 2008


*******

Le mot cowan revisité


Partie I : Burgus et Paganus


L'origine et la signification de ce mot ont suscité bon nombre de discussions, mais tous les historiens, maçons ou non, ont admis qu'il était propre à la Franc-maçonnerie et employé uniquement en Écosse et ce, depuis au moins le XVIe siècle. Ce que l'on sait, cependant, c'est que ce terme, tombé en désuétude depuis plus d'une centaine d'années, désigna d'abord le maçon qui construisait des murs de pierres sèches, sans joints ni mortier, puis celui qui n'avait pas complété un apprentissage selon les règles établies et enfin, celui qui n'avait pas « reçu le mot de Maçon ».

Le débat sur le sens et l'origine de ce mot fut relancé dès le premier numéro de la revue Renaissance Traditionnelle, paru en janvier 1970. Le fondateur et rédacteur en chef de la revue, René (Guilly) Désaguliers, publia un article, intitulé Notes sur le serment maçonnique du 1er grade, dans lequel il écrivit que « le maçon sans le mot [n'était] qu'un cowan, » précisant, dans une note en bas de page, que « la meilleure traduction en français de ce mot difficile nous paraît être man½uvre. » Dans le numéro suivant (avril 1970, p 165-7), le Frère Joannis Corneloup (1888-1978), auteur (1) de nombreux essais publiés dans le bulletin du Grand Collège des Rites dont il fut Grand Commandeur ad vitam, répliqua qu'il « serait une grave erreur » de traduire par man½uvre le mot cowan, « pour la raison majeure que le mot cowan a un sens essentiellement péjoratif, alors que le mot manoeuvre ne préjuge nullement, ni de la valeur morale de l'ouvrier, ni de l'exécution bonne ou mauvaise du travail à lui confié. »

Le mot cowan, tel qu'employé en Franc-maçonnerie, a effectivement une connotation péjorative, mais cela ne signifie pas qu'il en fut toujours ainsi. En fait, Corneloup posa lui-même la pierre angulaire du problème, mais sans l'approfondir : « la sémantique tient compte des analogies, des associations d'idées qui peuvent naître de certaines similitudes de sons ». Ainsi, se demandait-il, « n'est-il pas remarquable que la prononciation du mot français couenne [terme péjoratif du compagnonnage] soit très proche, sinon identique, de celle de l'anglais cowan ? ». Et de là, Corneloup en vint à proposer une possible « importation en Écosse, par d'anciens archers, du mot couenne dont la graphie serait devenue tout naturellement cowan pour se conformer à la phonétique anglo-saxonne. »

Une histoire de convention et de convenance

Bien qu'elle soit logique, l'hypothèse de Corneloup évacue tout de même une réalité sociologique à la base même du problème sémantique : le phénomène d'adaptation par consonnance par lequel le sens initial d'un mot étranger, dans un contexte d'acculturation, peut être perdu, modifié ou même dénaturé.

Il est pour le moins surprenant qu'un historien du calibre de Corneloup ait gardé sous silence l'existence du mot anglais covin, phonétiquement identique à cowan. En effet, ce mot apparaît en Angleterre dans un amendement de 1360 apporté au Statute of Labourers (loi sur le travail) de 1351 : cette nouvelle disposition annulait tout covin, c'est-à-dire les assemblées annuelles (l'équivalent des convents aujourd'hui) et, par extention, les serments et les conventions secrètes liant des maçons ou des charpentiers. Ce mot que certains croient d'origine française - de couvine, covine (2) - vient en fait du latin convenire (convenir, accepter), qui a aussi donné convention et convent. Mais il a suffi de cette brusque interdiction pour donner au terme covin la connotation négative de combine, tromperie, faux travail ou fraude parce qu'une telle convention, bonne ou mauvaise, se faisait sub rosa. D'ailleurs, le mot covin susbiste encore aujourd'hui dans le jardon juridique anglais, pour désigner un contrat frauduleux.

Cependant il est essentiel de tenir compte du contexte entourant l'emploi de ce mot en Angleterre : la grande peste (1348-50) ayant fait de nombreuses victimes parmi les ouvriers qualifiés, deux lois, la Ordinance of Labourers de 1349 et le Statute of Labourers de 1351, avaient interdit aux paysans de quitter leur village tout en imposant un gel des salaires (3). Or, devant un besoin criant d'ouvriers, certains employeurs de Londres n'hésitaient pas à défier la loi en offrant de généreux salaires aux paysans qui, devant la nécessité d'assurer leur propre subsistance, accepteraient, à titre de freemen, de venir exercer dans la capitale leur métier de maçon ou de charpentier. Bien que l'employeur était l'instigateur du délit, seul le paysan qui acceptait de désobéir à la loi était menacé d'emprisonnement. On comprend donc qu'il ait dû garder un tel covin sous le sceau du secret, de connivence avec l'employeur, et c'est précisément ce que visait à interdire l'amendement de 1360. Quant à l'employeur, n'étant pas ciblé spécifiquement dans cet amendement, il n'avait pas rien à craindre, d'autant plus que la décision d'engager qui que ce soit lui appartenait.

Il faut savoir aussi que, jusqu'en 1351, tous les maçons anglais, sans distinction de rang, étaient appelés caementarii - ce qui signifie qu'ils utilisaient du ciment ou du mortier et, de ce fait, tous gagnaient le même salaire. Mais le Statute of Labourers de 1351 changea cela, en reconnaissant désormais deux classes de maçons : le « master free-stone mason » (4) , le mieux payé de tous les artisans, et l'autre que l'on considérait dès lors égal au maître charpentier et au tuileur, tous touchant le même salaire inféreur. (5)

Comme nous l'avons expliqué, le terme covin employé dans l'amendement de 1360 faisait référence aux conventions et assemblées secrètes, principalement celles impliquant des maçons ou des charpentiers. Cet amendement fut sans doute exigé par les compagnies de Londres qui n'avaient aucun pouvoir pour empêcher l'embauchage frauduleux (covinus) d'artisans 'étangers' de classe inférieure à des salaires plus élevés que les leurs. Mais il reste que cet amendement s'appliquait à tous les maçons et charpentiers, peu importe leur origine. Nous pouvons donc penser que la notion implicite de fraude présumée, associée à tout covin, visait d'abord et avant tout les maçons et charpentiers qui, incapables d'assurer leur subsistance dans leur village, venaient travailler au noir dans une grande ville et ce, au péril de leur propre liberté. Cela ne signifie pas pour autant que ces paysans étaient incompétents, inférieurs ou indiscrets (« eavesdropper »).

Nous serions tentés de conclure que cowan était une adaptation scot gaélique du mot anglais covin, comme le croyait George Kenning (6), puisque l'emploi de cowan n'est attesté qu'en 1598, dans les premiers Statuts de Schaw, et qu'il fut employé en Angleterre dès 1738, dans la deuxième version des Constitutions d'Anderson. Mais cela ne signifie toujours pas qu'il n'y avait pas eu en Écosse des cowans, avec un sens différent, avant 1360.

Le contexte historique entourant l'introduction du terme covin en Angleterre nous permet au moins de comprendre comment aurait pu débuter une guerre de droits et privilèges entre deux classes d'ouvriers, l'une urbaine, l'autre paysanne : d'un côté, le fier gardien d'une forteresse (burgus), d'un savoir avancé, le maçon honnête, régulé et fiable, élevé au statut de maître par l'instruction, mieux payé que les autres, et le seul digne d'½uvrer au progrès de la Cité ; et de l'autre, le païen (paganus), primitif et autodidacte, issu d'une contrée sauvage, sans élévation morale, capable de mentir ou de voler, ne sachant ni lire ni écrire, ignorant et inférieur car sa tradition était orale et sa technique, rudimentaire. En somme, l'élite savante versus le vulgaire - ou plutôt le coen, terme phonétiquement identique à cowan, couramment employé à Londres durant le XVIIe siècle, particulièrement au sein des corporations des métiers du bois, pour désigner le commun des hommes. (7)

À ce stade-ci, rien ne nous permet de déterminer lequel des trois pays – la France, l'Écosse ou l'Angleterre – emprunta à la langue de l'autre, mais sachant les liens historiques franco-écossais, il est à peu près certain que le mot cowan résulte d'un transfert par consonnance d'une langue ou culture à une autre. Cependant, il est loin d'être établi que cowan soit une adaptation phonétique du mot couenne ou d'un autre mot français, comme couvine, ou covin en anglais, ou encore du mot grec kuon (chien), tous à connotation négative. Une exportation écossaise en France est tout aussi possible, et même probable, puisque le mot cowan, dans cette graphie du moins, ne fut employé qu'en Écosse jusqu'au XVIIIe siècle et, pour reprendre l'argument de Corneloup, des milliers d'archers écossais sont venus en France durant la première moitié du XVe siècle, et par la suite, bon nombre d'entre eux ont été recrutés pour former la Garde d'élite du roi de France, basée à Saint-Germain-en-Laye. Jusqu'en 1560, année où l'Écosse, devenue protestante, se retira par le Traité d'Edimbourg de la Vieille Alliance - Auld Alliance en scot-gaélique, ou plutôt en gàidhlig) – les Français et les Écossais avaient bénéficié de la double citoyenneté, ce qui favorisa de nombreux emprunts de l'une et l'autre culture, particulièrement au niveau de la langue. Autrement dit, le mot couenne, par exemple, aurait pu résulter de la francisation du mot cowan et celui-ci, n'être que la forme anglicisée d'un mot gaélique plus ancien, sans péjoration, qui aurait été exporté en France par des archers écossais. (8)

Le particularisme insulaire

Dans une lettre publiée dans le numéro 5 de Renaissance Traditonnelle, paru en janvier 1971, Roger du Mesnil-Rault rapporta des éléments non négligeables, en réponse au commentaire de Corneloup. Se basant sur une minute de 1707 de la loge de Kilwinning, laquelle définissait le cowan comme un « maçon sans le mot », en d'autres termes un profane, Mesnil-Rault souligne la possibilité d'une origine gaélique, issue de la région de l'Abbaye (et de la loge-mère) de Kilwinning :

« L'Abbaye de Kilwinning se trouve dans le Nord du comté d'Ayr, à 5 km au N.-N.-O. d'Irvine. En ce début du XVIIIe siècle, elle est située dans une région où l'on n'emploie que le dialecte angle (qui a d'ailleurs fait de nombreux emprunts au gaélique), mais elle est proche de régions où l'on parlait alors le gaélique : le Carrick (tiers méridional du comté d'Ayr, et le Galloway (comtés de Kirkcudbright et de Wigtown) au Sud ; les monts Glenkiln, au Sud-Est; les High lands au Nord ; et les îles à l'Ouest. »

Mesnil-Rault devient plus précis : il souligne l'existence de l'ancien mot gaélique cumhann, phonétiquement identique au mot cowan, de même que les variantes cumhang, en gaélique irlandais, et coon et coe, en dialecte mannois, tous, dit-il, signifiant détroit, étroit, resseré, contracté.

« Parmi toutes les formes des langues celtiques, seule la forme cumhan du gaélique d'Écosse peut se transcrire phonétiquement par cowan, selon la graphie anglaise. Parmi tous les sens pris par cette racine dans les diverses langues néo-celtiques, tant gaéliques que brittoniques, seul le gaélique d'Écosse a la valeur narrow-minded qui correspond bien à notre conception du profane. Ainsi, phonétique et sémantique paraissent bien postuler l'origine écossaise et gaélique de ce mot attesté depuis 1707. »

Mesnil-Rault relève bien la notion d'étroitesse d'esprit qui était associée au cowan en Franc-maçonnerie, mais il ne tient pas compte du sens premier, non-figuratif, attribué à cumhan : détroit, passage étroit et contracté, dont l'un des dérivés est cumhant, signifiant contrat, convention - c'est-à-dire « un engagement entre deux ou plusieurs personnes », « une convention par laquelle des parties s'engagent, s'obligent à respecter certaines choses » ou un « accord de volonté entre deux ou plusieurs personnes physiques ou morales, par lequel elles s'engagent à faire ou à ne pas faire quelque chose » (9). Cela correspond à la définition donné au mot anglais covin dans l'amendement de 1360 du Statute of Labourers, ce qui ne peut être un simple hasard. Par contre, la notion de fraude, de convention secrète, associée aux termes covin et cowan étant la même, il est probable qu'elle provient d'une confusion entre deux mots irlandais ou gaéliques similaires. En effet, on ne peut ignorer les proches variantes camhan et cabhan en irlandais, signifiant creux, cave ; cùmhnant, mot gaélique signifiant convention, contrat et entente, que les Anglais ont traduit par covenant ; et cumha qui signifiait à la fois deuil et condition, cadeau, pot de vin, marquant la corruption. En anglais, plusieurs de ces variantes ont été traduites par hollow (creux), terme qui a toujours eu le second sens péjoratif de parole vide ou creuse, de fausse promesse. N'est-ce pas similaire à l'interprétation biaisée qu'on a pu donner aux mots convin et cowan alors que le sens initial ne faisait référence qu'à un contrat ou une convention, sans péjoration ?

Mesnil-Rault avait consulté le MacAlpine's Pronouncing Gaelic Dictionary (1942), l'un de plusieurs ouvrages qui font autorité en la matière (10), mais le nouveau dictionnaire scot gaélique de Colin Mark (2003) (11) apporte une précision sur l'emploi vernaculaire du mot cumhang, issu de la même souche irlandaise que cumhann : en plus de signifier détroit, étroit, étouffer, tel que le rapportent MacBain (1982) et MacFarlane (1912), la forme adjective est synonyme de « insulaire, illibéral (idées)» alors que le nom désigne un passage, une gorge étroite ; il n'existe aucun verbe dérivé. En d'autres termes, le cumhang est l'insulaire qui, en étant coupé du monde, éloigné de la modernité ou des grands centres, se distingue par ses idées conservatrices et ses valeurs traditionnelles. En anglais, cumhang se traduit par defile, gorge ou passage étroit. Or, en anglais, defile est aussi un verbe signifiant corrompre, maculer, salir, ternir (réputation), violer, débaucher - sens inexistant en gaélique. On peut donc penser que de toutes les variantes gaéliques relevées, cumhang est la source originelle du mot cowan, mais que le sens fut dénaturé de façon négative par l'anglicisation dans les grandes villes.

Le cowan d'origine était probablement un maçon insulaire, un freeman travaillant sans mortier pour des raisons pratiques, dont la tradition était orale et transmise de père en fils. Nous prenons pour argument le fait qu'en 1790, alors que le mot cowan préjugeait de la valeur morale de l'ouvrier dans les loges d'Edimbourg et de Londres, il était encore employé, sans péjoration aucune, dans les îles et la région côtière d'Argyll, au nord du Ayshire (Ouest de l'Écosse), pour désigner le « builder of stone without mortar » (le maçon de la pierre sans mortier) (12). Ce maçon païen (paysan) qui vivait éloigné des grands centres n'était pas considéré inférieur ou incompétent, pas plus que ses collègues, le « boat carpenter » (constructeur de bateaux) et le « joiner » (menuisier). D'ailleurs, les trois touchaient le même salaire et cette équivalence entre des métiers du bois et de la pierre était culturellement logique, comme nous le verrons plus loin.

Il est utile de souligner que, contrairement à ce qu'a écrit Mesnil-Rault, le mot cowan est attesté non pas depuis 1707, mais depuis 1598. En effet, les premiers statuts de William Schaw mentionnent spécifiquement l'interdiction d'embaucher des cowanis. En fait, elle se compare facilement à celle promulguée deux siècles plus tôt dans le Statute of Labourers. En outre, le fait que les critères du statut de cowan n'y soient pas précisés laisse croire que cette désignation était déjà d'usage courant en 1598, dans les loges écossaises. Par contre, une première précision apparaît en 1705 dans une minute de la Loge de Kilwinning qui décrit le cowan comme l'ouvrier n'ayant pas reçu « le mot du Maçon ». Mais ce n'est qu'en 1707 - l'année même où fut ratifié l'Acte d'Union entre l'Écosse et l'Angleterre – que cette loge emboîta le pas : « no maeson shall employ no cowan which is to say [a mason] without the word to work. » Le fait que le prétendu "berceau la Franc-maçonnerie" ait mis plus d'un siècle à se conformer à l'interdiction promulguée par Schaw en 1598 est sans doute relié à la controverse entourant la primauté accordée à la loge Mary's Chapel no 1 à Edimbourg en vertu des deuxièmes statuts de Schaw de 1599. Mais, cela postule également que la Loge de Kilwinning aurait pu, dans un esprit de souveraineté morale et territoriale, embaucher des cowans jusqu'en 1707.

C'est en 1600 que les premiers maçons écossais opératifs se sont conformés à l'interdiction de Schaw, mais ils n'étaient pas nécessairement membres d'une Loge. Ainsi, The Incorporation of Masons of Glasgow (13) , qui fonctionnait comme une loge, adopta cette résolution en 1600. Depuis sa fondation qu'elle fait remonter à 1057 (aucune preuve manuscrite n'existe), cette corporation avait regroupé les maçons, les charpentiers et les tonneliers de Glasgow. En 1569, les tonneliers se séparèrent pour former leur propre corporation et, en 1600, les deux autres corps de métiers se séparèrent à leur tour. Selon David Stevenson, cette ultime séparation aurait consolidé le lien entre la Corporation, désormais uniquement "maçonnique", et la Loge de Glasgow (14), mais il serait logique de penser que l'acceptation des Maçons de la Corporation au sein de la Loge ne pouvait être consentie sans leur adhésion formelle à l'interdiction d'engager des cowanis, promulguée par Schaw.

C'est aussi durant XVIIe siècle que le gaélique (15) devint la langue minoritaire en Écosse, recul devenu pratiquement irréversible cent ans plus tard, lorsque l'anglais devint la langue du libre échange, du progrès, et de la modernité au sein de l'intelligentsia de la capitale :

« Le gaélique était la première langue d'usage de la moitié des Écossais durant le XVe siècle, du tiers en 1689, puis seulement du cinquième en 1806. La diversité linguistique ne s'est pas arrêtée là, car l'Écosse entière s'anglicisait. Pour sa part, le scot-gaélique a évolué pour devenir un medium littéraire durant la période du XIV au XVIe siècle (environ 1480–1520), mais recula nettement lorsque le scot employé à la Cour, considéré comme la norme, se fragmenta en dialectes régionaux après le départ de Jacques VI, en 1603. L'anglicisation de la langue et de la culture s'est poursuivie durant le XVIIIe siècle. Les intellectuels d'Edimbourg du siècle des Lumières préféraient une prononciation et une orthographe fidèles aux meilleures pratiques londoniennes et ce fut l'anglais, aux dépens du scot gaélique, qui devint la langue de l'arisocratie terrienne, des cercles professionnels et des affaires. » (16)

La mémoire de la pierre

Dans son article sur le mot cowan, reproduit en janvier 1972 dans la revue Renaissance Traditionnelle (17), Amy Bothwell-Gosse, membre du Droit Humain et éditrice des revues Co-Mason et Speculative Mason, expliqua que le cowan était un freeman ou journeyman, c'est-à-dire un ouvrier itinérant et contractuel qui ne pouvait exercer son droit de travail que dans la région placée sous la juridiction de la loge où il avait été « reçu ». En effet, même si le cowan n'avait pas été « instruit correctement », il pouvait devenir un « compagnon libre » en étant « placé en apprentissage auprès d'un Maître Cowan », puis être « admis pour travailler à titre de cowan » (1636), « admis comme cowaner » (1650), « cowaner reçu en loge » (1653) ou encore « reçu cowan dans les formes habituelles » (1661), tel que stipulé dans des minutes de la Loge Canongate Kilwinning, à Edinbourg. Autrement dit, le cowan pouvait être admis dans une loge de maçons s'il acceptait, probablement sous serment, de respecter la convention établie, ce qui nous renvoie non seulement au sens primitif de « contracté » attribué au mot cowan, mais aussi au terme convin employé en anglais dans le Statute of Labourers. Tout cela suggère que le cowan n'était pas un ouvrier aussi négligent et inférieur qu'on pourrait le croire, mais un maçon qui, moyennant certaines conditions, pouvait être accepté au sein d'une loge.

Nous avons vu comment, en Angleterre, le mot covin a pu, dès le début, être porteur d'un préjugement généralisé, puis évoluer pour devenir un terme juridique synonyme de convention frauduleuse, et même d'arnarque. Mais comment le maçon de la pierre sans mortier a-t-il pu mériter un jour la réputation d'un indiscret (« eavesdropper ») ou d'un intrus (« intruder ») parmi ses homologues de la ville ?
Nous sommes tentés d'y voir la même querelle « entre chiens et loups » qui, en Angleterre, avait profondément divisé les ouvriers de la campagne et ceux de la ville, deux classes ouvrières de m½urs et de traditions différentes.

Pour comprendre cette séparation, nous devons remonter dans l'espace-temps jusqu'à la source – cumhang. En termes d'espace, nous savons déjà qu'il faut centrer notre regard vers les îles et la région côtière de l'Ouest de l'Écosse, là où, en 1791, le cowan était encore considéré simplement comme un « maçon de la pierre sans mortier ». En termes de temps, nous pensons qu'il faut remonter jusqu'à la fin du XIe siècle, lorsque Malcolm III (Máel Coluim mac Donnchada), roi d'Écosse, épousa la très catholique Margaret, s½ur d'Edgar Ætheling, roi d'Angleterre.

C'est Malcolm qui, sous l'influence de son épouse, imposa l'anglais à la Cour ; c'est également lui qui aurait créé en 1057 la guilde ou corporation des maçons, charpentiers et tonneliers de Glasgow. Quant à son épouse, éventuellement béatifiée, c'est elle qui entreprit dès 1069 de romaniser l'Écosse avec un zèle peu commun, digne des premières croisades. Pour mener à bien son projet, elle devait d'abord mettre fin au pouvoir et à l'indépendance des chanoines culdéens dont le siège principal était sur l'île d'Iona (I-Colm-Kill), laquelle n'est séparée de la grande Île de Mull que par un étroit canal d'un mille (1,5 km) - et qu'elle tenait pour de mauvais Chrétiens, barbares et hérétiques, parce qu'ils osaient présenter l'Eucharistie sans grandeur ni decorum, dans de vulgaires coupes, sur de simples autels de bois, réunis dans de petites chapelles faites de troncs d'arbres. (18)

Dans un siècle où la glorification de Dieu se mesurait à l'élévation des ½uvres de l'architecture romane, les Culdéens faisaient figure d'ignorants aux méthodes archaïques. Pourtant, ces hommes que les Scots considéraient comme les apôtres du Christianisme des origines, étaient issus de la même tradition irlandaise que celles leurs prédécesseurs, Patrick (Ve s.), Columba d'Iona (VIe s.) et le breton Fillan ou Ninian (IVe s.), l'instigateur du christianisme en Écosse, qui, avec des maçons originaires de Tours (France), construisit la première église de pierre « d'après l'usage de Rome » (19), à Whithorn (candida casa, maison blanche) dans le Galloway, sur la côte ouest de l'Écosse.

Bien que les Culdéens, arrivés d'Irlande durant le IXe siècle, soient aujourd'hui disparus, la perception négative qui a causé leur perte perdure encore de nos jours. Plusieurs historiens et Franc-maçons, incluant Jacques Brengues et Paul Naudon, ont prétendu, que les Culdéens ne maîtrisaient que le travail du bois, que leur technique traduisait une « science incomplète », qu'ils exprimaient une « résistance par le bois à la pierre d'importation considérée romaine ou gauloise, et que « ce mépris de la pierre n'avait peut-être pas d'autre cause que leur incompétence ». (20)

Par contre, d'après plusieurs historiens dont Mackey (Encyclopedia, 1946), Lenning (Encyclopedic der Freimaurerei, 1828) et Gädicke (Freimaurer Lexicon, 1831), les Culdéens, auraient créé des loges et des corporations de maçons, et pratiqué l'art de l'architecture sacrée dans de nombreux endroits en Écosse, en Irlande, au Pays de Galles et ailleurs dans le Nord de l'Europe. D'après Gädicke, ils auraient même inspiré les Constitutions de York, issues du légendaire covin de 926 exigé par le roi Aethelstane (« noble pierre »).

Ce que l'on sait avec certitude, c'est que les moines de la tradition irlandaise (21) de saint Columba d'Iona construisaient habituellement des églises en bois, souvent en chêne, et ce, jusqu'au XIIe siècle. Ils étaient d'excellents charpentiers, et cette tradition provenait sans doute du célèbre collège et monastère de Clonmacnoise, en Irlande, fondé au VIe siècle par saint Kiéran, le premier mac an t'sair (ou mac n t'saor), signifiant fils du charpentier ou de l'artificer libre. (22) C'est précisément de ce monastère irlandais qu'étaient issus les Culdéens qui sont arrivés en Écosse durant le IXe siècle. (23) Ce sont aussi ces moines irlandais qui, entre le Ve et VIIIe siècle, ont construit les nombreuses maisons en pierre, sans joint ni mortier, dont on peut encore observer les ruines à Saint-Kilda (Inverness) et dans les Hébrides et sur la côte voisine, dans l'Argyll.

En Irlande, dans certaines régions sur la côte occidentale et dans les îles où le bois était rare, les mêmes moines construisirent de nombreux bâtiments et églises en pierres, et ils avaient même développé plusieurs méthodes de construction, jugées uniques et même novatrices. L'une d'elles donnait pour résultat un dôme, une « cellule en ruche d'abeille ». Il s'agit d'une structure ronde érigée sans mortier, dont les rangées successives de pierres se chevauchaient graduellement vers le centre, au fur et à mesure que les parois s'élevaient, formant ainsi un dôme que l'on fermait d'une seule pierre. (24) (Les Inuit utilisent la même technique pour construire leurs igloos avec des blocs de neige durcie.) Dotées d'une ou plusieurs fenêtres, ces « ruches d'abeilles » servaient à la fois d'oratoires et d'abris. Un exemple éloquent de cette technique, mais légèrement différent par sa base oblonge mesurant 22 pieds par 18,5 pieds (6,7 m x 5,6 m) est l'oratoire de Gallerus, dans le comté de Kerry ; il présente la forme d'un arc en ogive, à l'intérieur comme à l'extérieur, grâce aux murs qui se recourbent progressivement pour se rencontrer au sommet.

Bien que les Irlandais excellaient dans la construction sans mortier, ils ont éventuellement découvert et utilisé ce mélange pour construire de petites chapelles de pierres rectangulaires aux murs plus minces et verticaux, dont les pierres étaient remarquablement « well squared » (bien équarries) ; leur toiture était généralement faite en bois, recouvert de chaume, mais aussi parfois en pierres, comme ce fut le cas pour l'ancien oratoire de saint Flannan, à Killaloe, près de Limerick. (25)

Par contre, leurs successeurs culdéens, originaires de Clonmacnoise, ont laissé en Écosse et en Irlande de nombreuses traces qui démontrent une technique de maçonnerie particulière et novatrice de même qu'un raffinement certain dans le travail de la pierre. Ce sont eux qui ont construit les grandes tours rondes (cloichtheach, maison de cloche) à Egilshay (Orkney), Brechin, et Abernethy, les trois seules encore existantes aujourd'hui en Écosse ; à Iona, les deux grandes croix de pierre, d'un seul bloc, de 12 à 14 pieds de haut (3,6 m et 4,2 m), plantées dans un piédestal de granit rouge et scupltées d'ornements raffinés, les deux seules qui restent des 360 croix de pierre qui ont existé sur l'île. Ces ½uvres témoignent d'une tradition purement irlandaise, mais aussi d'une science dont on n'a pas encore percé ni l'origine ni les secrets - pour reprendre Montalbert, « on se demande comment, avec les moyens en usage à une époque si reculée, l'on a pu équarrir, scuplter, transporter et dresser des blocs de granit d'une telle dimension ». (26)

En Irlande, on trouve les mêmes grandes tours rondes, allant jusqu'à 130 pieds (40 m), avec entrées arc-boutées, toujours sur d'anciens sites monastiques colombanistes, tout comme en Écosse. (27) Par exemple, la tour du monastère de l'île de Tory et une autre, à Sord (aujourd'hui Swords) ; à Monasterboyce (VIe s.), dans la Vallée de la Boyne, une formidable tour de 110 pieds (34 m) ainsi que plusieurs croix en pierre, dont l'une fait 27 pieds (8 m) ; la tour ronde de 70 pieds (22 m) au monastère de Kells, devenu le refuge des moines d'Iona, menacés en 807 par les Vikings ; la grande tour de Glendalough ; et les deux tours de Clonmacnoise.

Toutes ces tours rondes ont été construites en Écosse et en Irlande durant ou suite aux invasions scandinaves, au VIIIe ou IX sièle, d'autres plus tard. Toujours érigées à proximité d'une église, mais séparément, elles servaient souvent de clocher, mais leur but premier était la protection de la communauté : leur forme ronde les rendait totalement imprenables. Le colonnel Montmorency qui avait étudié ces structures, confirma que les Culdéens avaient fait preuve d'innovation technique en matière d'architecture militaire :

« Compte tenu de la période durant laquelle elle a été conçue, la tour-pillier, en tant que structure défensive, peut être considérée comme l'une des inventions les plus perfectionnées que l'on peut imaginer. Imprenable d'aucune manière, elle ne pouvait jamais tomber aux mains de l'assaillant. Même si l'abbaye et ses dépendances brûlaient, la tour demeurait insensible aux flammes ; sa hauteur extraordinaire, sa position isolée des autres bâtiments et sa porte étroite située à des dizaines de pieds en hauteur la rendaient totalement inaccessible à l'envahisseur. » (28)

Autre invention ingénieuse des architectes irlandais : la technique du double toit, telle qu'utilisée dans la chapelle de Killaloe, la maison de Columba à Kells et la chapelle de Cormac à Cashel. Une fois les murs élevés, on construisait un cintrage de bois formant une voûte, puis une deuxième voûte en pierres reposant sur le cintrage. On versait du mortier liquide dans les joints entre les pierres et une fois le mortier bien sec, on retirait le cintrage de bois. On obtenait ainsi un premier toit en pierres, plat sur le dessus et voûté vers l'intérieur, sur lequel on élevait le deuxième toit qui pouvait ainsi atteindre une hauteur bien plus importante, sans en faire porter tout le poids sur les murs latéraux. (29)

Tous ces vestiges et lieux de mémoire témoignent d'un art original et d'une tradition bien plus évoluée que Brengues et Naudon l'ont prétendu. Il ne fait aucun doute que la technique de ces audacieux insulaires, à l'esprit inventif, était loin de traduire une « science incomplète » ou un « mépris de la pierre ». Ils ont maîtrisé le bois et la pierre, la hache, le marteau et le ciseau ; ils savaient élever des arches et des dômes, travailler la pierre avec ou sans mortier. Mais ils utilisaient la technique la plus appropriée selon la forme de la structure et les ressources disponibles dans le milieu environnant. Il est à parier que le cowan de l'Argyll et du Ayshire incarnait cette tradition et qu'il n'avait l'esprit étroit qu'aux yeux des protagonistes de la modernité.

Mon ami Joël Jacques a raison : « Ce ne sont pas les voyelles qui créent des traditions, mais l'attachement à des pratiques. » Il nous reste encore à mieux connaître la nature première du cowan qui demeurait attaché à une tradition ancestrale, ce dry stane dyker des îles qui, autrefois, construisait des murs, et peut-être aussi des digues et des canaux (dig, en gaélique). Dans la partie II de notre étude, nous partirons à sa recherche, sur la côte ouest de l'Écosse et dans les Hébrides, là où 61 % de la population locale parlait encore le gàidhlig en 2001. (30)

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Notes:
1. Parmi les livres et essais de Corneloup, mentionnons D'alpha à Omega, la Vie (1957), Schibboleth (1965) et La chair quitte les os (1969),
2. Covine, couvine et covigne, signifiant dessein, projet, pratique, conduite, intrigue, préméditation, disposition, arrangement; manière de se gouverner, d'agir, querelle, dispute ; convenientia. Réf Glossaire de la langue romane, Jean-Baptiste Bonaventure de Roquefort, B. Warée, Paris 1808.
3. Extrait en anglais du Statute of Labourers (1351) : « No peasants could be paid more than the wages paid in 1346. No lord or master should offer more wages than paid in 1346. No peasants could leave the village they belonged to. »
4. Extrait en anglais du Statute of Labourers (1351) : « Item, that carpenters, masons, and tilers, and other workmen of houses, shall not take by teh dayu for their work, but in manner as they were wont, that is to say: a master carpenter 3 d. and another 2 d.; and master free-stone mason 4 d. and other masons 3 d. and their servants 1 d. ob.; tilers 3 d. and their knaves 1 d. ob. », source : Internet History Sourcebooks Project, Fordham University, New York, http://www.fordham.edu/halsall/seth/statute-labourers.html
5. Extrait en anglais du Statute of Labourers de 1351 : « Item, that carpenters, masons, and tilers, and other workmen of houses, shall not take by teh dayu for their work, but in manner as they were wont, that is to say: a master carpenter 3 d. and another 2 d.; and master free-stone mason 4 d. and other masons 3 d. and their servants 1 d. ob.; tilers 3 d. and their knaves 1 d. ob.; and other coverers of fern and straw 3 d. and their knaves 1 d. ob.; plasterers and other workers of mudwalls, and their knaves, by the same manner, without meat or drink, 1 s. from Easter to Saint Michael; and from that time less, according to the rate and discretion of the justices, which should be thereto assigned: and that they that make carriage by land or by water, shall take no more for such carriage to be made, than they were wont the said twentieth year, and four years before.» - Réf. : Source Problems in English History, White Albert Beebe & Wallace Notestein, eds. Harper and Brother Publishers, New York 1915 – sur Internet History Sourcebooks Project, Fordham University, New York http://www.fordham.edu/halsall/seth/statute-labourers.html
6. Kenning's Masonic Encyclopedia and Handbook of Masonic Archeology, History and Biography, George Kenning, éd. A.F.A. Woodford, London 1878; Kessinger Publishing, 2003, p. 138
7. Historical Account of the Worshipful Company of Carpenters of the City of London, Edward Basil Jupp, W. Pickering, London 1848, p. xvii
8. On ne peut négliger les échanges continus entre la France et l'Écosse dans le cadre de la Vieille Alliance qui, depuis 1165, rallia ces deux nations, avec la Norvège, contre l'Angleterre, alliance remontant à la Orkneyinga Saga, la saga des jarls des Orcades qui prit fin en 1220.
9. Dictionnaire Mediadico, Dictionnaire de la Langue Française (Benchmark Group), Grand dictionnaire terminologique (Office québécois de la langue française)
10. MacAlpine's Pronouncing Gaelic Dictionary, Neil MacAlpine, Glasgow 1942, Gairm Publications 1971; An Etymological Dictionary of the Gaelic Language, par Alexander MacBain, Gairm Publications, 1982; et The School Gaelic Dictionary, par Malcolm
MacFarlane, Eneas MacKay, Stirling 1912
11. The Gaelic-English Dictionary, Colin Mark, Buckie, Scotland : Routledge 2003, pages 192, 203, 659
12. The Statistical Account of Scotland Drawn up From the Communications of the Ministers of the Different Parishes, Sir John Sinclair, Bart., Vol Tenth, Edinburgh, 1791, Number XXI: Parish of Morven, p. 267 – note.
13. La même année (1600), la Incorporation of Masons & Wrights de Glasgow s'était séparée en deux corps indépendants et cette division aurait permis le rapprochement, voire l'installation d'une loge dans les locaux de la Corporation. La Corporation aurait été créée en 1057 par le roi Malcolm III. Voir http://www.tradeshouse.org.uk/associated_trades/masons/Masons.asp
14. Les origines de la franc-maçonnerie, David Stevenson, Cambridge, 1988, p. 193-4
15. Note : extrait de A Dictionary of Celtic Mythology, James MacKillop, Oxford University Press, 1998-2004 : « Although Scottish Gaelic passages, linguistically distinguishable from their Old Irish parent, appear in the 12th-century Gaelic notes to the 9th-century Book of Deer, the first extensive record of Scottish Gaelic tradition is found in the Book of the Dean of Lismore (1512–26), in which the spellings are rendered as they would sound phonetically in English, much as Manx is. »
16. History 1450-1789. Encyclopedia of the Early Modern World, The Gale Group 2004 – version originale en anglais :« Gaelic was the first language of half of Scotland in the fifteenth century, a third in 1689, but just a fifth in 1806. Linguistic variety did not end there, for all of Scotland was becoming more Anglicized. Scots [le scot-gaélique] itself had flourished as a literary medium in the late Middle Ages (c. 1480–1520) but was in retreat thereafter as standard court Scots fragmented into regional dialects after the departure of James VI in 1603. Anglicization of language and culture proceeded in the eighteenth century. The literati of Enlightenment Edinburgh aspired to pronunciation and orthography that conformed to the best London practice, and it was English rather than Scots that became the tongue of Scotland's landed, professional, and aspirant mercantile classes. »
17. The Cowan Word, A. Bothwell-Gosse, The Speculative Mason, Vol. XXVI, juillet 1934; cet article devait faire partie de son Encyclopérie maçonnique du XXe siècle, demeurée inachevée.
18. MacKillop (1998-2004) ; et History of the Scottish Nation, Vol. III, From Union of Scots and Picts, A.D. 843, to Death of Alexander III. A.D. 1286, Rev. J. A. Wylie LL.D, 1886, chap. XIII: Queen Margaret – Conference with the Culdee pastors, in 1069.
19. Les moines d'Occident depuis saint Benoît jusqu'à saint Bernard, par le comte Charles Forbes de Montalembert (Académie française), Jacques Lecoffre et Cie, Paris-Lyon 1866, Tome troisième, p. 20-21
20. La Franc-Maçonnerie du bois, Jacques Brengues, Rennes, 1973 p. 144
21. Note : Les moines de tradition irlandaise ont fondé, entre le IVe s. et le VIIe siècle, 13 monastères en Écosse, 12 en Angleterre, 36 en France (dont le tiers en Armorique), 6 en Italie et plus d'une trentaine en territoire rhénan/germanique.
22. Selon MacBain (1982), saor est déviré du latin sapio, sapientia, sagesse, et désignait le charpentier (libre); mais selon MacFarlane (1912), le même mot signifie aussi pierre franche ou bois franc, au sens de libre : « saor: ad. free, unrestrained, gratuitous, cheap, frank, easily split or broken as wood or stone; va. free, deliver, rescue, save, redeem, set at liberty, cheapen; nm. g.v. saoir; pl. saoir, wright, carpenter. »
23. Montalembert (1866), p. 127, note, et p. 311, note. N.B : Les premiers « culdees » étaient à l'origine une commaunauté de moines laïques hospitaliers, « ou plutôt chanoines », une « espèce de tiers ordre agrégé aux monastères réguliers », fondé non pas vers 800 par l'abbé de Clomnacnoise Conn-na-mbocht (d. 1059), « Chef des pauvres », comme l'a écrit Montalbert, mais durant le VIIe siècle. Par contre, saint Maelruain de Tallaght ou Tamlacht (d. 792) aurait régigé pour eux une règle particulière de stricte observance, surnommée la « Règle des Culdees » , incluant le Stowe Missal. – Réf. : Dictionary of National Biography, vol XII, Sir Sidney Lee, ed. Leslie Stephen, Oxford University Press, 1901; 1996, p. 19.
24. The Cathedrals of the Church of Ireland, J. Godfrey F. Day, Dubin : The APCK, 1932 p. 12
25. Idib p. 12-13
26. Montalembert (1866), p. 483 – appendice.
27. Classic Encyclopedia/Encyclopaedia Britannica : « [The round towers] are built with walls slightly battering inwards, so that the tower tapers towards the top. The lower part is formed of solid masonry, the one doorway being raised from 6 to 20 ft. above the ground, and so only accessible by means of a ladder. The towers within are divided into several storeys by two or more floors, usually of wood, but in some cases, as at Keneith, of stone slightly arched. The access from floor to floor was by ladders. The windows, which are always high up, are single lights, mostly arched or with a flat stone lintel. In some of the oldest towers they have triangular tops, formed by two stones leaning together. One peculiarity of the door and window openings in the Irish round towers is that the jambs are frequently set sloping, so that the opening grows narrower towards the top, as in the temples of ancient Egypt. The later examples of these towers, dating from the 12th and 13th centuries, are often decorated with chevron, billet and other Norman enrichments round the jambs and arches. The roof is of stone, usually conical in shape, and some of the later towers are crowned by a circle of battlements. The height of the round towers varies from about 60 to 132 ft.; that at Kilcullen was the highest. The masonry differs according to its date, - the oldest examples being built of almost uncut rubble work, and the later ones of neatly jointed ashlar. . . Their circular form was probably for the sake of strength, angles which could be attacked by a battering ram being thus avoided, and also because no quoins or dressed stones were needed, except for the openings - an important point at a time when tools for working stone were scarce and imperfect. »
28. Inquiry into the Origin and Uses of the Round Towers of Ireland, George Petrie, Royal Irish Academy, Transactions vol xx, 1845 – texte original en anglais : « The pillar tower, as a defensive hold, taking into account the period that produced it, may fairly pass for one of the completest inventions that can well be imagined. Impregnable in every way, and proof against fire, it could never be taken by assault. Although the abbey and its dependencies blazed around, the tower disregarded the fury of the flames ; its extreme height, its isolated position, and the diminutive dooway, elevated so many feet above the ground, played it beyond the reach of the besieger. »
29. G. F. Day (1932) – appendix, p. 168
30. United Kingdom Census 2001, and the General Register Office for Scotland.


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Références et bibliographie

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Bothwell-Goss, Amy, The Cowan Word, A. Bothwell-Gosse, The Speculative Mason, Vol. XXVI, juillet 1934
Brengues, Jacques, La Franc-Maçonnerie du bois, Rennes, 1973, p. 144
Classic Encyclopedia/Encyclopaedia Britannica, 1911
Day, J. Godfrey F., The Cathedrals of the Church of Ireland, Dubin : The APCK, 1932
Dictionnaire de la Langue Française (Benchmark Group)
Dictionnaire Mediadico
Grand dictionnaire terminologique (Office québécois de la langue française)
Jupp, Edward Basil, Historical Account of the Worshipful Company of Carpenters of the City of London, W. Pickering, London 1848, introduction p. xvii
Kenning, George, Kenning's Masonic Encyclopedia and Handbook of Masonic Archeology, History and Biography, George Kenning, éd. A.F.A. Woodford, London 1878; Kessinger Publishing, 2003, p. 138
Lee, Sir Sidney, Dictionary of National Biography, vol XII, éd. Leslie Stephen, Oxford University Press, 1901; 1996
MacAlpine, Neil, MacAlpine's Pronouncing Gaelic Dictionary, Glasgow 1942; Gairm Publications 1971
MacBain, Alexander, An Etymological Dictionary of the Gaelic Language, Gairm Publications, 1982
MacFarlane, Malcolm, The School Gaelic Dictionary, Eneas MacKay, Stirling 1912
MacKillop, James, A Dictionary of Celtic Mythology, Oxford University Press, 1998-2004 Encyclopedia of the Early Modern World, History 1450-1789, The Gale Group 2004
Mark, Colin, The Gaelic-English Dictionary, Buckie, Scotland : Routledge 2003
Montalbert, comte Charles Forbes (de), Les moines d'Occident depuis saint Benoît jusqu'à saint Bernard, Jacques Lecoffre et Cie, Paris-Lyon 1866, Tome troisième, p. 20-21
Petrie, George, Inquiry into the Origin and Uses of the Round Towers of Ireland, Royal Irish Academy, Transactions vol xx, 1845
Roquefort, Jean-Baptiste Bonaventure de, Glossaire de la langue romane,, B. Warée, Paris 1808.
Sinclair, Sir John Bart., The Statistical Account of Scotland Drawn up From the Communications of the Ministers of the Different Parishes, Vol Tenth, Edinburgh, 1791, Number XXI: Parish of Morven, p. 267 – note.
Stevenson, David, Les origines de la franc-maçonnerie, David Stevenson, Cambridge, 1988, p. 193-4
Wyllie, J.A., Rev., L.L.D., History of the Scottish Nation, Vol. III, From Union of Scots and Picts, A.D. 843, to Death of Alexander III. A.D. 1286, 1886, chap. XIII: Queen Margaret – Conference with the Culdee pastors, in 1069.

Le mot cowan revisité, partie I © 2008 F. Bernier / APRT, http://aprt.skyrock.com
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# Posté le dimanche 11 mai 2008 10:22
Modifié le dimanche 11 mai 2008 11:05

Le mot « cowan » revisité - Partie 2 : Libertus et Libertinus par Francine B. (APRT Québec-Canada)

 Le mot « cowan »  revisité - Partie 2 : Libertus et Libertinus  par  Francine B. (APRT Québec-Canada)

« Les mots sont corrompus non pas en étant allongés mais abrégés. Les incultes et les imprudents sont toujours portés à couper une syllabe, pas à en ajouter une. » (1)
Albert G. Mackey



La plupart des hypothèses présentées jusqu'ici n'ont abordé la question du mot cowan que dans une perspective historique limitée à une prétendue période de transition durant le XVIIe siècle, avant la naissance de la Franc-maçonnerie moderne. Mais comment expliquer que les chercheurs n'ont pas souligné que les mots cowan et kirwan furent longtemps interchangeables pour désigner le maçon de la pierre sèche en Écosse ? (2) Que le mot cowain remonte au moins au premier siècle de l'ère chrétienne et qu'il était utilisé couramment non seulement chez les Celtes de Calédonie (Écosse), mais aussi chez leurs cousins belges et gaulois ?

Plusieurs auteurs tentèrent diverses explications, par exemple en liant cowan au mot grec kuon (chien) ou à cohanim (prêtre en hébreu). Ce fut le cas de George Oliver (1782-1867), franc-maçon et historien, qui croyait que le mot d'origine était cohen, mot hébreu signifiant « dévoué, serviteur » (de Dieu) et désignant le prêtre :

« Dans le récit [biblique] de Jephté, un Éphraïmite était appelé un cowan. En Égypte, cohen était le titre d'un prêtre ou d'un prince, une marque d'honneur. Bryant, en parlant des harpies [oiseaux], dit qu'ils étaient des prêtres du soleil ; et comme cohen était à la fois le nom d'un chien et d'un prêtre, Appolonius les appelait les 'chiens de Jove' [Jupiter]. Saint Jean met en garde les frères chrétiens que ceux qui ne sont pas [en le Christ] sont des 'chiens' (kuves), des cowans ou des indiscrets; et saint Paul exhorte les Chrétiens à se méfier des chiens parce que ce sont de 'mauvais ouvriers'. Or, kuon, un chien ou un mauvais ouvrier, est le cowan maçonnique. Ces prêtres ou chiens métaphoriques étaient aussi appelés cercyonians [de kerkuon] ou cer-cowans parce qu'ils se comportaient de manière anarchique [sans loi] envers les étrangers. » (3)

Nulle part dans la Bible est-il dit que les Éphraïmites étaient appelés des cowans ou des kuon. Cependant, dans le second Livre des Chroniques, ils sont décrits comme des impurs, des irreligieux et des idolâtres (30:18 et 34:6), qui se sont rebellés contre Dieu et s'opposaient à la réforme religieuse de Josias, roi de Juda (interdiction des arts divinatoires et des cultes païens, étrangers et idôlatriques). Il est fort probable qu'Oliver fonda son argument sur l'emploi de ce mot dans le Circular Throughout the two Hemispheres, (4) publié en 1802 par le Grand et Suprême Conseil des Très Puissants Souverains et Grands Inspecteurs Généraux qui s'étaient réunis à Charleston (USA) :

« On lit, dans le Livre des Juges, que la transposition d'un simple point sur le schîn, par suite d'un défaut de prononciation inhérent à la nation éphraïmite, a trahi les Cowans et a abouti au massacre de quarante-deux mille d'entre eux. »

De toute évidence, l'emploi du mot cowan dans ce texte était strictement symbolique et synonyme de profane, c'est-à-dire celui qui n'avait pas reçu le mot de passe, comme ce fut le cas dans l'histoire des Éphraïmites. On peut tout de même comprendre comment George Oliver ait pu en arriver à cette conclusion : au fil des siècles, bon nombre de Juifs ont adapté leur patronyme à diverses langues européennes. Ainsi, en Irlande et en Angleterre, Cohen devint Cohan. On a observé le phénomène inverse en Écosse, certaines familles Cowan ayant anglicisé leur nom pour Cohen, Cuan ou Coen. Mais dans tous les cas, cela ne signifie pas qu'ils étaient Juifs ou titulaires d'une fonction sacerdotale. (5)

L'effroyable cowain

Lorsque le général romain Julius Agricola tenta d'annexer la Calédonie à la province impériale de Britannia en l'an 82, il fut accueilli dans le Dumbartonshire par des « barbares » (Attacoti) dont le territoire s'étendait de Lochfine, à l'Ouest, jusqu'à Loch Lomond, à l'Est (6). Ces guerriers celtes conduisaient des currum falcati (chars à faux) d'une effroyable efficacité grâce aux faux de bronze fixées au moyeu de chaque roue. Selon Tacitus et d'autres chroniqueurs latins de l'époque (7), les Celtes auraient appelé ce type de char cowain (aussi kowain), un mot d'origine purement celtique que les Romains ont traduit par covinus. Or, dans son magistral Britannia (éd. 1607), William Camden, qui maîtrisait le latin mais pas les idiomes celtiques, rappela que si le mot covinus était tombé dans la désuétude, la forme « primitive cowain demeurait toujours en usage chez les Britons, lesquels ont « donné à ce mot le sens de conduire (un char) ou transporter quelque chose ». (8)

L'emploi, chez les anciens Celtes, du mot cowain, devenu covinus en latin, fut confirmé par la suite dans plusieurs autres ouvrages de référence (9), incluant Ethnogénie Gauloise de Roget de Belloquet (1872) :

« Covinus, char armé de faux des Bretons (Méla III,6); des Belges (Lucain, I, 426); simple char armé de faux des Bretons (m, 6); — des Belges (Lucain, i, 126). — Kymrique koff, tronc creux ; kywain et kowain, charroyer, particulièrement les récoltes céréales, dit Gibson; Gwain [gallois], transport, voiture. — Ar. kôv, ce qui fait ventre [et breton kob, coupe, ou kov, ventre, édition de 1873]; et dans un autre ordre d'idées, Gwanus, ce qui affaiblit, qui afflige. — Irlandais kobhan (gén. kobhain); E. id. coffre, caisson. Notre vieux français avait coffin, un panier rond. L'irlandais nous donnerait encore kaomh, courant ensemble ; et Kobh, victoire. Nous avons dit que Mh et Bh se prononcent V. – Covinarius (Tacitus, Agricola 35), le conducteur de ces chars. »

Plusieurs de ces variantes rejoignent certaines significations attribuées aux mots cumhang et cobhan par les celtologues Alexander MacBain et Malcolm MacFarlane qui les traduisent par coffre, creux et panier, entre autres. MacBain précise que la notion de coffre ou panier (cobhan, en irlandais ancien) provient de la cabine du char, qui était fabriquée en paille. On doit aussi noter les variantes kov (ventre) et gwain (voiture, wagon). Mais comme le soulignait le linguiste Henri d'Arbois de Jubainville (10), les Anglais, à défaut de connaître les langues celtiques, ont tôt fait de donner au mot kowain le sens de cow (de co, vache, cowen au pluriel) + wain (chariot), c'est-à-dire une charrette à vaches. Cependant, le verbe anglo-saxon to cow signifiait effrayer, intimider (11), ce qui décrit bien le caractère effrayant des faux de bronze du cowain.

Nous savons que les termes latins covinus (char) et covinarius (conducteur) furent calqués sur le mot celtique cowain. Mais comment s'appelait le carpentarius (fabricant de chars) chez les anciens Celtes ? En gaélique, selon Charles Valency (12), il était un cul-mhair, ce qui est proche du gaélique écossais cumhan (étroit) et phonétiquement similaire à cowan puisque « mh » se prononçait [v]. En irlandais, nous dit Neil MacAlpine, il était un saor-cuidhlean ; mais en Écosse, selon James Grantp (13) et Alexander MacBain, il était simplement un saor, de saoi (sagesse, savoir), ce qui a donné saothair (« qui perce, pénètre ») (14) et sath-fer (« libre de toute peur »). En d'autres mots, le saor d'Écosse était un artisan libre de toute peur, bon et brave, qui savait percer et pénétrer toute chose, mais aussi un homme capable de faire des choses effrayantes, comme ces chars de guerre à faux de bronze. Nous pourrions donc penser que le terme cowan, par une analogie hasardée, fut éventuellement associé par les Anglo-saxons à une personne effrayante ou capable de fabriquer des choses effrayantes et inacceptables, c'est-à-dire des faussetés et des combines visant à tromper.

Qu'en est-il du mot kirwan ? En Écosse, ce terme qui désignait le maçon de la pierre sèche se prononçait cowan. Cependant, le lien n'est pas uniquement phonétique : kirwan et les variantes gaéliques kyrewain, kyrwan et kirvan sont très proches de kywain et kowain (charroyer, char), et toutes sont dérivées de ciar, ciarán signifiant noir, une couleur qui n'est pas sans importance car elle était jadis associée directement au goban, de gov diu et gobha du, signifiant « artificier [du métal] noir » (fer), c'est-à-dire le forgeron d'Irlande qui, selon les chroniques de Lecan et de Ballymote, était issu de « la formidable race noire ». Mais quel lien pourrait-il y avoir eu, si jamais, entre les mots cowan et goban ? Le premier aurait-il pu être une variante régionale du second ? Cela semble avoir été le cas.

Le nom de métier

En Écosse, un patronyme révèle souvent l'origine géographique ou l'appartenance du clan, ou encore le métier d'un ancêtre. Du XVe au XVIIe siècle, particulièrement après la Réforme (1560), un nom à forte consonance gaélique pouvait être perçu comme un signe de paysannerie, de résistance catholique, de conspiration ou de non-conformisme religieux. Dans certains cas, un nom évoquant un ancien métier était même associé à une pratique douteuse, incluant la nécromancie. Ainsi, par exemple, le 10 juillet 1612, plusieurs membres du clan MacGregor reçurent l'autorisation du Conseil privé d'Écosse de changer leur nom pour Sinclair (15). Ou encore, les familles MacNocaird, Caird et Ceard (du gaélique Mac na Cearda, « fils du bronzier, du forgeron») qui, eux aussi, devinrent des Sinclair car leur patronyme d'origine était souvent confondu avec tinker (aussi tinkler) ; ce terme, devenu péjoratif, désignait alors tous les vagabons, incluant les ferblantiers et chaudronniers itinérants, sans distinction d'origine, depuis l'arrivée des Roms vers 1500, ces nomades d'Europe de l'Est qui se disaient Égyptiens (d'où « Gypsies ») et qui, en Écosse, firent l'objet d'une série d'ordonnances jusqu'en 1603, année où ils furent forcés de quitter le pays sous menace d'être exécutés. Mais, comme le rapporte l'ethnologue David Macritchie (16), le nom de métier tinker est attesté en Écosse en 1252 ; il était la forme anglicisée de tin-ceard, « artisan du feu » (de teine, feu + ceard, artisan), c'est-à-dire forgeron ou métallurgiste. Descendants des anciens Gaëls d'Irlande, ces artisans itinérants seraient arrivés en Écosse avant le XIIe siècle. Les premiers tinkers apparaissent sous ce nom à Perth dès le XIIIe siècle, puis à Lochmaben, au Sud, durant le siècle suivant. Dans les Orcades, l'Argyll, les Lothians et surtout dans le Nord-Ouest des Highlands, ils portent encore le nom de ceardannan (« tinker noir »), mais on les surnomme aussi « Summer Walkers » (marcheurs de l'été). Ainsi, comme on peut le constater, ces métallurgistes des Highlands et des Orcades dont la langue maternelle était le gàidhlig (gaélique écossais) se sont anglicisés au fur et à mesure qu'ils se disséminaient jusqu'aux frontières anglaises.

Les « tinkers noirs » des Highlands et des Orcades parlaient aussi une ancienne langue secrète d'origine irlandaise, le shelta (de l'irlandais siúlta, « qui marche ») et pratiquaient l'art noir qu'ils appelaient métaphoriquement « l'art d'ouvrir une serrure », en référence aux secrets du métier et du shelta dont ils étaient les seuls à détenir la clé. On peut imaginer que la couleur noire faisait référence à leur nom de métier, mais il est tout aussi probable qu'elle était descriptive de leur apparence physique : d'après l'ethnologue David Macritchie, membre de la Society of Antiquaries of Scotland, leurs ancêtres irlandais étaient de race noire et Sir Walter Scott remarque que bien des Highlanders pouvaient facilement être confondus avec des Gypsies en raison de leur teint et leurs cheveux noirs (17). Mais dans les années 1590 (18), « l'art d'ouvrir une serrure » devint synonyme de technique de cambriolage et ce, avec la même naïveté populaire que le « Mason Word » (mot de maçon) fut associé, dès 1638, au « don de seconde vue », traibhse en gaélique - une faculté surnaturelle, nous dit David Stevenson, typique des Orcades et des Highlands (19), mais plus précisément le don naturel du « seer » (saer) - alors qu'il s'agissait en réalité de la « Parole » (de Dieu), c'est-à-dire la Bible, et de la faculté de se reconnaître par des signes discrets. (20)

À l'époque qui nous intéresse, soit entre 1598 et 1700, l'Écosse était divisée en deux territoires qui se distinguaient nettement non seulement par la langue, mais aussi la religion : les Lowlands du Sud où les Écossais, qui adhéraient au Protestantisme, parlaient surtout le scots, ou inglis (appelé doric à Edimbourg), une langue germanique de l'Ouest, formée à partir du vieux northumbrien anglais ; et les Highlands où les habitants qui ne parlaient que le gàidhlig tenaient à demeurer catholiques, refusant de se soumettre aux coutumes anglaises et au presbytérianisme officiel. Au XVIIe et XVIIIe siècle, le scots était la langue courante de la classe dirigeante protestante, particulièrement à Edimbourg, alors que le gàidhlig était considéré comme le dialecte des paysans réactionnaires et ignorants, c'est-à-dire catholiques. On peut donc comprendre que les protestants du Sud en soient venus à qualifier tout catholique de cumhang (prononcé cowan), terme en gaélique écossais signifiant « étroit », mais employé de façon péjorative pour désigner l' « insulaire illibéral » qui parlait encore ce que les Anglais appelaient l'erse (« irlandais »), c'est-à-dire le gàidhlig.

Le fait que le terme cowan, associé au métier de maçon, apparaît en 1598, dans les premiers Statuts de Schaw, suggère qu'il était, tout comme le terme tinker, bien connu et couramment employé dans cette graphie depuis un certain temps. Il est à peu certain qu'il est, lui aussi, la forme anglicisée (21), peut-être même abrégée, d'un ancien mot gaélique ou norrois, ayant pris un sens particulier en Écosse. Étant donné que le nom propre Cowan n'apparaît dans cette graphie que durant la première moitié du XVIIe siècle, il est probable qu'il partage la même origine que le nom commun. En fait, Cowan est l'une des nombreuses variantes anglicisées du nom gaélique Colquhoun (prononcé co-whoon), attesté dans cette graphie au XIIe siècle. Ce nom désignait à la fois une île du Loch (lac) Lomond, près de Glasgow, dans le Dumbartonshire, et les gens qui y vivaient, les premiers colquhoun, qui étaient originaires des Highlands. Aujourd'hui, leurs descendants sont établis principalement à Rossdhu et Luss, sur les rives du Loc Lomond. Alors, que signifiait colquhoun ?

John O'Hart (22) affirme que le patronyme Colquhoun est la forme anglicisée, comme Calahan et Calhoun, de l'irlandais Ceallachain (Ceallaghan) et aurait donné Cowan, Kowen, Coen et Cuan, entre autres. Il aurait été le prénom d'un ancien roi de Munster, Ocoll'olum ou son descendant O'Ceallachain, décédés respectivement en 150 et 952. Bien que crédible, cette théorie nous paraît insatisfaisante du seul fait que le gaélique écossais comporte un bon nombre de particularités lexicales et d'emprunts linguistiques, surtout norrois et anglais, ce qui lui valut, dès le XVe siècle, le statut de langue distincte à part entière, le gàidhlig (23). D'autre part, il faut tenir compte de l'influence du scots que parlaient les Écossais des Lowlands et de la région limitrophe de Northumbrie, en Angleterre, avant l'invasion normande de 1066. Comme l'explique le sociolinguiste Jacques Leclerc, le scots est un dialecte anglo-saxon qui fut, lui aussi, influencé par le vieux-norrois, apporté par les Danois au IXe siècle. (24)

D'après l'historien William Anderson (25), l'île de Colquhoun fut nommée ainsi par les Normands qui accompagnaient le futur roi David alors qu'il gouvernait la partie sud de l'Écosse, donc avant son couronnement en 1124. Ce mot, soutient Anderson, est, « dérivé du français col, signifiant colline, ou plutôt un col élevé entre deux montagnes, et du mot quhon, quoin ou quhoin, un coin angulaire, ce qui décrirait correctement la nature de la propriété, une terre élevée en forme de coin qui s'étend entre les deux montagnes, à l'angle où le Loch rencontre la rivière Clyde. »

L'interprétation d'Anderson n'est pas contraire à celle donnée par d'autres philologues et historiens, incluant Henry Harrison (26), qui croient à une adaptation locale du gaélique coill cumhan, « bois étroit, retiré », ou cuil cumhann, « coin étroit, retiré » (27). Il faut aussi préciser que caol et coill, en gaélique écossais, et cul en cornique, sont dérivés du même mot cóil en vieil irlandais, et avaient tous le sens de « étroit ». En outre, les anciens mots coin (joint de pierre), si proche de qhoin (coin angulaire) et cuir (bâtir, empiler), étaient utilisés par le « goban saor » (prononcé seer) d'Irlande en référence au travail de la pierre. (28) Cependant, s'il est vrai que colquhoun est d'origine normande, il est plus probable qu'il s'agisse d'un mot de vieux norrois, ou plutôt de vieux nordique de l'Est, langue parlée entre 800 et 1050 environ, en Suède, au Danemark, en Normandie, en Angleterre et dans certaines parties de l'Écosse. En tel cas, le préfixe col signifierait « noir », en référence à du bois noir ou noirci (charbon), ou une pierre noire, voire un minerai noir (fer), comme c'est le cas de plusieurs anciens toponymes en Normandie (par exemple Colletot, Colleville et Colbosc) dont la racine noroise coli signifie « celui qui est noir comme du charbon ». Cela expliquerait non seulement l'origine des mots scot-gaéliques colle, « noir-charbon », et col « bois brûlé » (tout comme collier, charbonnier, en scots et en anglais), mais aussi le sens variable donné à coill en Écosse, qui pouvait signifier autant « bois » et « coin » que « chien », en parlant d'une race noire, comme le collie écossais, un chien de berger à poils noirs. Il se peut aussi qu'on employait l'expression « chien noir » pour désigner des gens « noirs comme du charbon ».

Le gàidhlig et le scots ayant emprunté au norrois et à l'anglais, on peut comprendre certains glissements, comme còlan (« compagnon ») et céile, (« compagnon d'armes »), des mots qu'on employait souvent en Écosse dans un double sens métaphorique. La couleur noire, en particulier, revient sans cesse sous diverses formes à travers l'histoire, tels des marqueurs de mémoire - comme Rossdhu, « promontoire noir », Clachan Dubh, « pierre noire » (ancien nom de Luss) et, bien sûr, l'art noir des tinkers d'Écosse dont l'origine remonte peut-être à Kerry, ou Ciarraí, la « tribu noire » d'Irlande.

Que la racine de Colquhoun soit norroise (coill) ou irlandaise (cuil, cul), on constate que les deux partagent un sens commun : si coill renvoie à du bois noir ou du chabron, les racines cal, cul et ceil, en gaélique écossais, faisaient référence à une chose qui protège ou tourne mais aussi qui brûle (feu), comme dans cuil-hil, roue qui tourne et cul-mhaire, charron ; cuilteach, clocher ou maison du feu; ceill, tour ronde, tour de feu ; céile-de et culdee, gardien du feu ; cal, chaux (comme dans Calchou et Calchvynyd, anciens noms de Kelso) ; et calcam, brûler de la pierre pour faire de la chaux ; cil et kil (comme dans Kilwinning), « lieu de culte où brûle le feu sacré ». (29) On pourrait donc penser que Colquhoun désignait à l'origine un coin sacré et retiré, gardé par des « chiens noirs » métaphoriques, peut-être des charbonniers ou des prêtres-forgerons travaillant les métaux « noirs » ou pratiquant « l'art noir ».

Tout cela peut sembler aussi farfelu que la théorie de George Oliver qui associait le mot cowan à des « chiens métaphoriques » gardant le temple de Cercyon. Mais selon l'historien Patrick Tytler, Colquhoun ne serait que l'abréviation de Culquhanorum, « gardiens des chiens », supposément du gaélique gille (serviteur) + con (chien), ou cuilean (chiot). Tytler se base sur une ordonnance de juillet 1329, rédigée en latin, par laquelle le roi Robert de Bruce autorisa la construction d'une « certaine habitation à l'usage des Culquhanorum » de la région de Luss. (30) Quatorze ans plus tôt, le 18 mars 1315, le même roi avait conféré le privilège de gyrth (« ceinture ») à tout le territoire, dans un rayon de trois milles, entourant la chapelle de Luss derrière laquelle était inhumé le corps de Kessog, le « saint guerrier » du VIe siècle que Bruce tenait responsable de sa victoire à la bataille de Bannockburn (juin 1314) (31). Cette ceinture de protection faisait de Luss un sanctuaire pour des personnes pourchassées ou accusées de crimes divers. (32) Il serait donc possible que ces culquhanorum, les ancêtres des Cowan, étaient soit des réfugiés, soit des « gardiens de chiens », réels ou métaphoriques, ayant obtenu le privilège de s'établir dans le sanctuaire de Luss. Chose sûre, l'armorial de la famille Colquhoun de Luss comporte deux lévriers de type irlandais supportant un bouclier à croix engrêlée de sable en sautoir. Le lévrier était alors reconnu non seulement comme un excellent chasseur, mais aussi comme un gardien spirituel et un guerrier féroce, combattant aux côtés de son maître, à l'image du légendaire Cu Culain, le lévrier du héros forgeron du folklore irlandais et écossais.

En Irlande, les plus célèbres éleveurs et gardiens de léviers furent longtemps des tinkers. (33) Or, il semble que la même occupation était répandue chez leurs cousins d'Écosse : le 20 janvier 1450, le Parlement écossais passa un édit pour contrôler une bande d'itinérants que l'on qualifiait de « masterful beggars with horses, hounds or other goods » (maîtres mendiants avec des chevaux, lévriers ou autres marchandises). (34) Deux ans plus tard, Jacques II d'Écosse octroya la baronnie de Bombie, dans le Galloway, à William MacLellan qui avait réussi à tuer et décapiter le chef d'une « compagnie de Sarrasins ou de gipsies d'Irlande », un certain Blackimore, ou Black Morrow, décrit comme un bandit irlandais qui vivait dans la forêt voisine. (35) Les Roms n'étant arrivés en Écosse que vers 1500, il ne pouvait s'agir que de « black tinkers » des Highlands. Les premiers cowans, ces « gardiens de chiens » qui bâtirent une maison dans le sanctuaire de Luss, auraient-ils été de la même tradition ?

Hugh Lorimer (36), membre de la Society of Antiquaries of Scotland, rapporte que le roi Robert de Bruce avait une « compagnie de McCowans », issue du clan Colquhoun, qui était basée dans la vallée de la rivière Nith (Ayshire). Cependant, George Black (37) précise que le nom d'origine n'était pas McCowan mais bien M'Gowan, de Mac Ghobhainn, « fils du forgeron », ce qu'il appuie en rappelant le lien historique entre les Colquhoun de Luss, d'où vient le nom Cowan, et un important site de métallurgie découvert dans la même région. Ce que confirme le celtologue Alexander MacBain (38) qui a pu retracer l'origine du nom au XIVe siècle, à Inverness, dans les Highlands : « Cowan est en fait M'Gowan, fils du forgeron, même si dans les Lowlands il ne fait aucun doute que ce nom provenait du métier de cowan, le constructeur de murs. » C'est aussi l'opinion de Henry Harrison qui explique, dans son ouvrage Surnames of the United Kingdom, l'origine et le sens du patronyme Cowan :

« Cowan (celtique) : 1. Personne habitant dans une cave. (gaélique cobhan ou cabhan). 2. Abbréviation de MacOwan or MacOwen, q.v.. 3. Forme non dite [implicite] de Gowan, q.v. » (39)

En gaélique irlandais, les consonnes c, k et g se prononçaient et la consonne w, [v]. Ainsi, les mots cowan, kowan, covan, gowan et govan étaient phonétiquement identiques, sauf que gowan et govan sont des variantes régionales de gobbán et cobban, les deux signifiant forgeron. Ainsi, celui qui « habitait dans une cave » était un « gowan », forme anglicisée du gaélique gobha et de l'irlandais goba (forgeron).

« Le mot goba [gow] désigne un artisan du fer [métal noir], un forgeron : cerd ou cerdd [caird] [cèard], celui qui travaille le cuivre, l'or ou l'argent [métaux blancs], un fondeur ou un orfèvre [tinker, tinceard]; saer, un charpentier, un constructeur ou un maçon, un artisan du bois ou de la pierre. Ce sont là les emplois usuels, mais comme il arrivait que les arts et les métiers se recoupaient, les mots étaient souvent employés de façon beaucoup plus large. » (40)

Ainsi donc, le cowan des Lowlands était à l'origine un goban des Highlands, un saor polyvalent qui se fit connaître en tant que ceardannan, le « black tinker » itinérant de l'ancienne tradition bardique, reconnu pour son langage secret, sa pratique de « l'art noir » et son refus obstiné d'adopter la religion et les coutumes de l'ennemi anglais. Il était probablement aussi le « seer » des Highlands, qui avait le don de seconde vue.

# Posté le dimanche 11 mai 2008 10:31
Modifié le mardi 03 juin 2008 03:23