Tome VII Octobre 1976. p 290
A travers cette légende, notre auteur souhaite faire la démonstration du déséquilibre lié à une descente ou, encore à la séparation d'un lieu, donnant naissance en regard de celle-ci à la possibilité de quelque chose de nouveau afin de permettre un changement d'état, nous amenant à pouvoir être réhabilité dans une harmonie universelle.
Par ailleurs, dans de nombreuses croyances le royaume de Dieu est un monde enchevêtré composé d'une hiérarchie d'anges, d'esprits, de démons et d'hommes. D'autre part, la manifestation Divine et les degrés de l'existence s'affichent sous la forme d'un système hiérarchique compliqué.
Pour Denys L'Aéropagyte, le monde angélique est une organisation complexe. Celle ci se constitue en fonction des attributs divins et du pouvoir qui a été accordé, de telle sorte que le témoignage qui en découle va s'établir sur des plans différents.
En conséquence, il nous faut alors considérer l'ange comme un être et non comme quelque chose d'existant s'inscrivant dans un système de hiérarchisation des degrés de l'existence. De cette manière, l'ange s'intègre dans une chaine universelle d'où sont issus et émanés tous les hommes.
C'est pourquoi, il devient le médiateur du lien invisible entre Dieu et les hommes. De plus, à travers cette démonstration, il est intéressant de voir une analogie avec la Franc-maçonnerie, et notamment par le symbolisme de l'équerre et du compas, le maître se situant alors, entre ces 2 outils lui permettant d'être également un médiateur.
A partir de ces deux symboles se dégage la notion de verticalité accompagnée de toute une hiérarchie infinie des différentes formes de l'être. De plus, il apparaît aussi le concept de l'horizontalité qui permet à chaque degré d'exister et de se développer.
A travers, ces 2 principes se dégagent d'une force supérieure, toutes les manifestations visibles et invisibles.
La finalité de cet acte est d'être à l'image de celui qui nous a crée et dont nous sommes émanés, afin de permettre au moment voulu par lui notre réintégration à son royaume.
D'autre part, il est important de savoir que les anges sont présents dans de nombreuses civilisations. En revanche, il n'est pas nécessaire d'entretenir les débats sur ce que cela peut impliquer.
De cette façon, il est plus judicieux de se concentrer sur le sens de la manifestation et de permettre à chaque catégorie d'êtres, de trouver le chemin de l'union les reliant au créateur. Ainsi, chacune de ces créations seront à même de retrouver leur état originel permettant cette réhabilitation.
Qui plus est, dans la hiérarchie des degrés de l'existence, l'ange demeure éternel et il est l'intelligence pure. Toutefois, c'est au cours d'une mission que cette entité va passer d'un état immatériel à une forme faite de matière. C'est pourquoi, dans la Bible l'ange représente le messager de l'esprit Divin. Il devient lui aussi, le fil conducteur permettant la communication entre les hommes et le créateur. En revanche, la chute de l'ange Lucifer, dénommé aussi ange de la lumière est décrite de façon succincte et peu claire. Et c'est d'ailleurs dans d'autres textes sacrés Judéo-chrétien, ou dans le Coran que l'on peut trouver les raisons et l'explication de cette descente.
Ainsi, Lucifer est donc l'ange de la lumière. C'est un pur esprit qui se situe au pôle de la première place dans la cour divine.
Par orgueil, il tient à garder ce privilège et va s'opposer à l'idée de la manifestation du monde terrestre et au principe de création. De ce fait, il va se confronter à l'Eternel en aspirant à un véritable pouvoir indépendant, par ce positionnement il va entrainer sa prévarication et perdre sa place au royaume de Dieu.
Paradoxalement, cet achèvement lui permet de devenir une toute puissance en devenant le prince de ce monde. Ce statut va lui permettre d'être le principal vecteur de la chute d'Adam car il va lui enseigner la connaissance du bien et du mal, et à travers cet apprentissage lui donner accès à l'orgueil. Toutefois, Lucifer n'est pas totalement mauvais et il reste en lui une partielle de lumière car il transmet à son élève le seul principe dont découle les autres êtres.
Ainsi, à travers cette descente, on ressent que cette prévarication est orchestrée sur un même plan au niveau le plus haut par une force supérieure et non par une banale dualité.
C'est nécessairement le message de la volonté de pensée et, de manière plus précise l'unique volonté de la manifestation de la pensée du créateur. Et ainsi, on peut supposer que sans cette orchestration rien ne serait être et rien n'existerait. D'autant plus qu'il s'agit là du principe de la manifestation dont témoignent les Saintes Ecritures.
Enfin, René Guenon, à partir de la Kabbale juive apporte un éclaircissement intéressant sur l'existence d'un double symbolisme et du sens contraire qu'il peut revêtir, entrainant une confusion entre le bien et le mal pouvant expliquer le satanisme. D'ailleurs, en prenant comme exemple le nombre 666, il nous rappelle que ce chiffre est celui de la bête mais, aussi celui de la lumière. D'autre part, en analysant la peinture Romane et celle du VIIIéme siècle, à travers de nombreuses œuvres, on retrouve l'amalgame entre l'esprit de lumière et l'esprit ténébreux.
Ainsi, la question du mal se pose. Ce qui amène à dire que certaines doctrines théorisent sur l'idée qu'au principe du bien correspond celui du mal. En revanche, l'ensemble des grandes traditions orthodoxes combattent le principe de cette dualité.
En effet, Dieu ne peut pas créer quelque chose de mauvais car il conçoit pour témoigner de son amour.
De plus, si il y a faute, celle ci est née de la propre pensée de toutes conceptions et de leurs propres volontés entrainant leurs prévarications de la sagesse céleste. Ceci signifie en quelque sorte le mauvais usage qu'ils ont fait de leur liberté en refusant de reconnaître le principe de la création et en s'opposant en toute conscience au créateur afin de séparer de l'objet d'amour.
Ainsi, pour reprendre la chute de Lucifer, celui-ci s'oppose librement et en toute conscience à l'apparition de son semblable qu'il aurait dû aimer comme Dieu lui avait transmis. De ce fait, il tombe n'obtenant pas son indépendance et, restant soumis à la volonté de l'eternel lui demandant de dominer notre monde. Toutefois, il n'est pas la seule cause de toutes les forces du mal.
De ce fait, cette chute de l'ange, est la manifestation de l'homme qui prend forme et par conséquent la création d'Adam. A travers ce nouveau degré d'existence, celui-ci implique alors la possibilité de nouvelles chutes mais, aussi l'émergence de pouvoir regagner en élévation.
Pour Fabre d'Olivet et Stanislas de Guaïta, si il n'existait pas ce principe d'émanation, tout le cosmos et/ou l'univers serait fixé et immuable ne permettant pas à ce cycle d'avoir lieu, induisant la non possibilité de pouvoir être réhabilité et de pouvoir fonctionner.
Fabre d'Olivet précise dans son ouvrage « La langue Hébraïque reconstituée » que ce principe permet aux créations et, notamment à Adam d'être distinct de Dieu, une entité bien dissociée de son créateur. Ainsi, cet état l'autorise à être un homme libre et indépendant et par conséquent d'avoir un libre arbitre mais, aussi de connaître les frontières de son pouvoir afin de ne pas aliéner sa liberté.
Cette capacité créatrice est appelée Aisha, c'est elle qui concède à Adam d'avoir ce pouvoir de penser, cette volonté d'action.
Néanmoins, c'est ce savoir intellectuel qui va le pousser à la faute par orgueil afin de s'efforcer de s'emparer du principe de son existence pour être l'égal de Dieu. Tout comme Lucifer, il a échoué et chute, il devient alors une forme matérielle dans un monde temporel, Aïcha étant en vérité Eve la mère de tous les vivants, qui tout comme chacun sait réussi à pousser Adam au pêché originel.
D'autre part, Stanislas de Guaïta amène une analyse sur «La cosmologie de Moïse » de Fabre d'Olivet, pour notre critique à chaque changement d'un état de la manifestation. C'est un esprit qui chute car il a commis le péché originel.
Toutefois, il est important de différencier la faute morale du péché originel. Pour ce dernier, c'est le passage d'un état à un autre qui éloigne du principe et de ce fait de passer d'un esprit atemporel et infini à une forme matérielle et temporelle. Ainsi, la conséquence de cette chute permet de comprendre le lien direct qui existe entre l'homme et Dieu.
A travers, cet exposé, il est aisé de comprendre que les degrés de l'existence sont infinis
Toutefois, ce mouvement se fait sous la forme d'une spirale dont le symbole est souvent représenté par un serpent levé la tête haute autours de l'arbre de vie.
Chaque spirale est chaque manifestation sont les degrés d'existence d'un être, mais aussi le témoignage de l'être suprême puisque chacune de ces existences émanent de lui. Ainsi, Chacune d'entre elles gravitent autours d'un axe qui émane de l'être suprême dont la base centrale est représentée par le rayon céleste d'un arbre rappelant que même dans l'obscurité il reste une étincelle de lumière.
Le cheminement du déroulement d'une vie n'est pas vertical, mais cyclique comme l'explique l'ensemble des traditions s'opposant de cette manière aux hypothèses d'une éventuelle évolution linéaire. On peut y voir ici une analogie Maçonnique dont le cheminement l'est lui même.
Toutefois, la chute n'est pas indéfinie sauf pour celui qui a vendu délibérément son âme aux forces des ténèbres. Si cela était le cas, cela signifie que celle-ci restera jusqu'à la fin des temps à tout jamais dans l'obscurité et retournera à la poussière.
Ainsi, comme l'écrit Origène « A partir d'un unique commencement, il y a de multiples possibilités d'existence qui à nouveau par l'amour de Dieu sont ramenées à une fin unique qui est toujours semblable au commencement »
Dés lors, chaque existence possède à l'origine un point d'équilibre qui permet de pouvoir s'élever spirituellement, ou de descendre dans le domaine matériel. Ces mouvements sont de même nature mais progressent en sens inverse. Pour l'homme ce point de départ est son aspect physique, sa forme matérielle.




