Stanislas de Guïata et ses amis (de Françoise Ligneris) résumé par Maria Isabel L.

Stanislas de Guïata et ses amis (de Françoise Ligneris) résumé par Maria Isabel L.
Renaissance Traditionnelle N°15 Tome IV juillet 1973 p 195

Dans le numéro précédent, nous avons annoncé les différents courants qui ont influencé Stanislas de Guaïta et la naissance des mouvements ésotériques dont sont issus ses amis.

Faisons connaissance tout d'abord de l'abbé Roca dont les idées originales sur le christianisme avaient séduit Guaïta devenant son ami comme celui de Papus.

Pour ce prêtre, l'humanité avait atteint un niveau de maturité suffisant pour pouvoir s'émanciper par la science. Les idées qu'il véhiculait sur le catholicisme s'écartaient des principes édictés par le clergé et il désirait donner une autre dimension à l'enseignement du catholicisme. L'abbé Roca avait une vision du christianisme qui le conduisait à dépasser la recherche spirituelle individuelle pour privilégier le collectif. Le Christ "tout en les pénétrant, planait au-dessus des individualités humaines qu'il devait rassembler ». Les finalités sociales du christianisme, selon lui, n'étaient pas encore comprises par la société. Le christianisme devait s'adapter aux besoins des hommes enfin matures. C'est dans cet état d'esprit qu'il s'est rapproché de la Maçonnerie dont les idées lui paraissaient proches des paroles évangéliques afin de rapprocher les maçons et les catholiques.

Le clergé catholique devait également s'adapter. L'abbé Roca dans son ouvrage « la fin de l'ancien monde » soulignait la nécessité de recourir à la science au lieu d'en avoir peur et de rechercher le mystère social de la Rédemption afin que la justice soit sur terre et non dans les cieux.

Guaïta appréciait l'abbé Roca pour son génie et son grand c½ur. Dans une lettre à Péladan, un de ses chers amis, il lui confiait avoir été le témoin du refus catégorique de l'abbé Roca, de prendre la direction d'un Evéché afin de pouvoir s'exprimer selon sa conscience de saint et de savant.
Guaïta adhérait aux idées de l'abbé Roca d'autant plus qu'il n'appréciait guère le clergé catholique. Il le qualifiait de ignare, lâche, impuissant et imbécile mais restait néanmoins respectueux envers le Pape Léon XIII qui était doté d'une grande intelligence. Il reprochait surtout à l'église d'enseigner l'exotérisme agnostique.

Les idées sociales de l'abbé Roca ne pouvaient être acceptées par l'Eglise de l'époque encore imperméable à de telles idées. En 1889, elle pointait du doigt ses écrits qui ne pouvaient que troubler les croyants. Ainsi, l'évêque de Perpignan, le suspendit après que l'abbé Roca ait refusé de se rétracter.

L'abbé Roca mourut en 1893 presque aveugle. Ce personnage trop en avance sur son temps annonce en bien des points deux prêtres modernes : le Père Teilhard de Chardin (1881-1955) qui prônait un rapprochement entre l'Eglise et la science et proposait une interprétation de la bible à la lumière de la science; Et le père Riquet (1898-1993) qui dédia sa vie à rassembler les hommes et qui afficha des positions controversées comme la réconciliation entre chrétiens, juifs et musulmans et le rapprochement entre catholiques et francs-maçons.

L'abbé Roca connaissait Wirth (1860-1943), un jeune magnétiseur inscrit à la Société Magnétique de France où il avait rencontré Jules Denis alias baron du Potet (1796-1881). C'est par l'intermédiaire de l'abbé Roca que Wirth rencontra Guaïta en 1887 dont il venait de lire « Au seuil du Mystère » (1886). Il devint son secrétaire et son ami.

Wirth était maçon depuis le 26 janvier 1884. Il étudiait le tarot et Guaïta le guida dans son oeuvre . Il publia en 1890, le « Tarot kabbalistique » et le « Tarot des Imagiers du Moyen-âge » qui ne paraîtra qu'en 1927. Il écrira « (...) l'entrée en relation avec Stanislas de Guaita devint pour moi un événement capital. Il fit de moi son ami, son secrétaire, et son collaborateur. Sa bibliothèque fut à ma disposition, et, bénéficiant de sa conversation, j'eus en lui un professeur de Kabbale, de haute métaphysique, autant que de langue française. Guaita prit la peine de me former le style, de me dégrossir littérairement (...) je lui dois d'écrire lisiblement ». (Dédicace au Tarot des imagiers du moyen âge). La documentation qu'il rassembla durant des années fut malheureusement détruite par les allemands durant l'occupation.

Oswald Wirth nous laisse une biographie de Guaïta très riche et dans laquelle on découvre que Wirth est un homme de bonne foi et d'une probité intellectuelle certaine.

Il joua un rôle dans l'affaire du Carmel de Vintras. Wirth rencontra en 1885, par l'entremise d'une amie, un prêtre aux m½urs douteux qui évoluait dans les milieux théosophiques, spirites et signait ses lettres du pseudonyme Elis ou Jean-Baptiste. Alerté par les propos de son amie dévouée à l'abbé Boullan et de ceux de Boullan dans les quelques lettres qu'ils s'échangèrent, Wirth, décida d'une part, de ramener à la raison son amie et d'autre part, d'amener ce prêtre à se trahir en se faisant passer pour un futur adepte. C'est au bout de quinze mois d'échanges de lettres et de rencontres, que Wirth eut la preuve des agissements peu recommandables de cet abbé. Il informa alors Stanislas de Guaïta des pratiques du Carmel.

Ce prêtre prétendait rénover la religion en s'appuyant sur l'½uvre du Carmel de Vintras fondé par Michel Strathanaël alias Eugène Vintras. Ce dernier, ouvrier cantonnier de Tilly-sur-Seules était visité par la grâce et faisait d'étonnantes prédictions semant le trouble et l'émotion dans les paroisses.

Stanislas de Guaïta rapporte qu'il possédait un pouvoir hallucinatoire
incontestable. Autour de lui, il y avait comme « un véritable tourbillon de folie entraînant tout : hommes, bêtes, jusqu'aux choses inanimées ; déracinant les convictions les plus affermies, affolant les plus belles intelligences, faisant dévier de la foi catholique les docteurs les plus austères et les plus éprouvés ! ». Tourbillon qui entraîna également l'abbé Roca, sensible à la puissance et la profondeur d'intuition de ce prêtre tout en rejetant les dogmes véhiculés. Il en était si convaincu qu'il demanda à Guaïta de lui confirmer si Eliphas Levi maintenait son jugement critique vis-à-vis de ce mage. La doctrine véhiculée par Vintras était la régénération spirituelle par la liberté sexuelle. Ainsi, la rédemption, individuelle et collective, consistait en des actes d'amour accomplis religieusement. Ce fondateur de l'½uvre de la Miséricorde fut condamné pour escroquerie à cinq ans de prison le 20 août 1842 et son ½uvre fut dénoncée par Pie IX en 1851 comme étant une secte.

Guaïta reçut donc l'abbé Boullan sur la demande de Wirth. « Filandreux et vague, parabolique et dévot, souvent énigmatique et toujours diffus » tels étaient les propos de Guaïta pour décrire ce personnage qu'il avait admiré quelques temps auparavant. Afin d'avoir une idée plus précise des activités de cet abbé qui se présentait comme un kabbaliste, il demanda à Wirth d'étudier la doctrine et les agissements de cet abbé. Guaïta retranscrira ses agissements sous le pseudonyme du Docteur Baptiste, dans le « Serpent de la Genèse » au chapitre « Modernes avatars du sorcier » dans lequel il dénonce les charlatans et les sorciers de son temps.

L'abbé Boullan (1824-1893) ordonné prêtre en 1848 fréquente assidûment les milieux esotériques et mystiques. Il rencontre Adèle Chevalier, religieuse converse belge du couvent Saint-Thomas-de-Villeneuve à Soissons. Elle était connue dans les milieux ecclésiastiques pour avoir recouvré la vue miraculeusement et ses prédictions attiraient de nombreux fidèles. Huyssmans (1848-1907) un jeune écrivain passionné d'occultisme et de satanisme, ami de l'abbé Boullan, rapporte que ce dernier convaincu du miracle alla à Rome pour présenter ce miracle tout comme celui concernant Marie Roche. Celle-ci lui avait été confiée par l'Evêque de Rodez et prétendait aussi recevoir des messages divins qui intéressaient l'Europe. La plupart de ses messages s'adressaient au pape, à l'empereur des français et elle prédisait des décès violents si on ne tenait pas compte de ses prophéties. Elle fut admise auprès du pape.

A son retour de Rome, l'abbé Boullan devient le directeur de conscience de la s½ur Adèle Chevalier, et c'est ensemble qu'ils décident de consacrer leur vie à l'action réparatrice. Le prêtre créa l'Ordre « L'½uvre de la réparation des âmes » en 1859 sous la direction d'Adèle Chevalier qui disait en avoir reçu l'ordre de la Vierge Marie. Mais le couple fait rapidement scandale. L'abbé officiait tandis que Adèle nue s'offrait sur l'autel et des pratiques de satanisme étaient dénoncées. Ils furent condamnés en 1861 par un tribunal civil à trois années d'emprisonnement pour escroquerie.

Après avoir obtenu l'absolution par Rome qui ne voulait pas de remous au sein de l'Eglise, l'abbé Boullan crée en 1869, l'Oeuvre de Marie, destinée à combattre la décadence de la Foi et la propagation de la magie noire. Il fréquente alors des mages noirs au sein des sociétés secrètes, des médiums et des voyants. Mais un décret de Rome est publié qui le chasse définitivement de l'Eglise. C'est à cette époque qu'il rencontre Vintras. Huyssmans relatera que « Vintras a laissé une réputation discutée et troublante; mais ceux qui l'ont connu peuvent témoigner de la sainteté de sa vie ». C'est après le décès de Vintras que l'abbé Boullan se proclame fils spirituel de Vintras.

La doctrine que l'abbé Boullan diffuse est l'ascension rédemptrice des Etres. Guaïta raconte que "le Docteur Baptiste et ses fidèles s'unissent d'amour sur tous les plans et avec les êtres de toute hiérarchie : 1° avec les esprits supérieurs et les élus de la terre pour « se célestifier », acquérir soi-même des vertus et ascensionner individuellement; 2° avec les profanes et les esprits inférieurs, élémentaires et animaux, à cette fin de "célestifier" ces pauvres natures déchues, de les faire participantes des vertus acquises, enfin de leur faire gravir, degré par degré, l'échelle ascendante de la vie". Hors des unions point de salut La doctrine propose donc deux voies, l'union de sagesse avec les esprits supérieurs et l'union de charité pour les Etres de nature inférieure. Dès lors, le droit de procréation devient l'axe central. Cette doctrine religieuse et sexuelle provoqua la colère de Stanislas de Guaïta qui écrira dans le Serpent de la Genèse « Voilà donc la base dogmatique de cette religion, dont le temple apparaît un lupanar sacré, et dont la croix rédemptrice s'érige en lingam de chair ».

C'est à la suite de ces pratiques que Stanislas de Guaïta réunit un tribunal d'honneur pour condamner ce soi-disant mage. Il fonde ainsi en 1887 l'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix avec pour mission de combattre les pratiques obscures et les faux mages en les dénonçant publiquement. Il devient le président du conseil des Douze parmi lesquels on retrouve Péladan, Papus, Sédir, Wirth, Barlet et Michelet. Guaïta adressera une lettre à l'abbé Boullan dont les termes sont sans équivoque : "Les initiés véritables ne sauraient souffrir plus longtemps que vous profaniez la Kabbale en vous disant Kabbaliste et en mêlant les ordures de votre imagination dévergondée aux hautes doctrines des maîtres de la Sagesse". Cette lettre avait pour but de faire cesser ses agissements faute de quoi, ils feraient l'objet d'une publication.
Désormais, une lutte occulte s'engage et on assiste à un véritable duel de mages durant quelques années. Boullan accuse l'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix de vouloir l'empoisonner par des philtres que lui adressaient Guaïta et ses amis. Mais Guaïta n'utilisa jamais de tels procédés qui étaient contraires à son éthique. » . Ce n'est qu'en 1891, que l'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix exécute la condamnation après quatre ans d'enquête, lors de la parution du "Serpent de la Genèse" dans lequel il dévoile la doctrine du Carmel de Vintras, documents à l'appui.
Huyssmans, alors sous-chef de bureau à la Sureté Générale, cherche à connaître l'identité du Docteur Baptiste auprès de Oswald Wirth afin de compléter sa documentation. Il rencontre l'abbé Boullan ravi d'avoir un auditeur de marque et auteur de "A rebours" et à qui il explique en détail sa doctrine et les persécutions dont il fait l'objet. Huyssmans publie en 1891 "La-bas" dans lequel il présente le Docteur Johannès, pseudonyme de l'abbé Boullan, sous des traits extrêmement flatteurs et menacé par des occultistes de la Rose-Croix qui pratiquent la magie noire. Nul doute que Huyssmans était sous l'influence de l'abbé Boullan. Celui-ci en le documentant avait renversé les rôles et mis sur le compte des occultistes ses propres pratiques démoniaques. Huysmans prend le parti de son ami Boullan et à son tour, accuse Guaïta d'envouter à distance l'abbé et pour accréditer ses dires, il raconte avoir été en danger de mort sans l'intervention de son ami Boullan lors de la parution de son ouvrage « Là-bas ». Il sentait de curieux fluides sur son crâne.
Boullan meurt subitement le 4 janvier 1893 et Huysmans s'interroge sur la culpabilité de Guaïta. Quant à Jules Bois, un journaliste parisien féru de satanisme, rédige des articles diffamants à l'encontre de Guaïta et Papus dans le Figaro et Gil Blas. La rumeur circule sur le Grand Maître des Rose-Croix qui empoisonne à distance un vieux prêtre. La domestique de Guaïta est interrogée et révèle l'existence d'un placard toujours fermé à clé et qui lui était interdit d'ouvrir. En fait, des produits destinés à des expériences chimiques étaient rangés sous clé par sécurité. La rumeur s'amplifia et colporta que Guaïta cachait un homoncule chargé de procéder à des pratiques occultes. Excédés, Guaïta et Papus provoquent alors Jules Bois en duel. Guaïta et Bois s'affrontent au pistolet. Aucun des deux n'est blessé. Puis Papus et Bois se mesurent à l'épée. Ce dernier s'en tire avec une légère blessure au bras.

Papus, de son vrai nom Gérard d'Encausse était l'un des meilleurs amis de Guaïta.........Mais ceci est une autre histoire...à suivre.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le samedi 02 décembre 2006 11:35
Modifié le samedi 06 octobre 2007 08:15

« Liberté, Égalité, Fraternité » II. La Devise républicaine et la Franc-Maçonnerie (de Robert Amadou) résumé par Alain G.

« Liberté, Égalité, Fraternité » II. La Devise républicaine et la Franc-Maçonnerie (de Robert Amadou) résumé par Alain G.
Renaissance Traditionnelle N°19/20- Juillet/Octobre 1974. p 119 – Tome V

Avant 1849, la franc-maçonnerie n'a pas eu pour devise « Liberté, Egalité, Fraternité » ;
Jusqu'en 1848, elle n'a pas prétendue le contraire. La franc-maçonnerie n'a donc pas donné cette devise toute faite à la révolution.

Dès sa première proclamation, lancée le 24 février 1848, le Gouvernement provisoire invoque notre trilogie. Le lendemain, la république est instaurée et, deux jours plus tard, les trois mots en deviennent la devise. Il en ira toujours ainsi désormais sous la IIe, la IIIe, la IVe, et la Ve république.

Peu après, entre la franc-maçonnerie, le 6 mars 1848, en effet, une députation du Grand Orient se rend à l'Hôtel de Ville. Le Frère Bertrand la conduit, il y revendique à l'avantage de la maçonnerie, et avec effet rétroactif ! la nouvelle devise républicaine : « La francs maçonnerie ont porté de tout temps sur leur bannière ces mots : Liberté, Egalité, Fraternité.

Adolphe Crémieux, franc-maçon lui-même, répondit ainsi à ce passage : dans tous les temps, dans toutes les circonstances, sous l'oppression de la pensée comme dans la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : liberté, égalité, fraternité.

Un autre discours, en la même période, tend à situer dans la tradition maçonnique l'origine de la devise adoptée par le gouvernement provisoire. C'est Jules Barbier qui, menant à son tour à l'Hôtel de Ville une députation des loges de Paris, s'écrit : Nous saluons des acclamations les plus vives le gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celle de la maçonnerie : Liberté, Egalité, Fraternité.

Lamartine - Et pourtant : "Je ne suis pas franc-maçon", dit-il d'abord –
Lamartine ne contrarie pas cette contre vérité littérale.

En 1848, déplorait Karl Marx, « la guerre sociale n'avait encore qu'une réalité nébuleuse, la valeur d'une phrase, d'un mot ».

Or, explique Maxime Leroy qui cite ce texte, « le mot auquel pense Karl Marx, c'est le mot fraternité » mainte secte s'était organisée, de la société des droits de l'homme à celle des familles, de groupes socialistes phalanstères, des chapelles aux sociétés secrètes. A partir de 1848, "ces sociétés discutaient et faisaient discuter librement leurs dogmes". Or souligne Lamartine "ces dogmes dont le principe était une fraternité chimérique réalisée sur la terre, tendaient tous à la suppression de la propriété individuelle".

George Sand disait "communisme". D'autres disaient, sans aller plus qu'elle au fond des choses, philanthropie (Saint Simon), humanitarisme (P. Leroux), fraternité (Cadet), égalité
(les successeurs de Buonarroti).

Les sources immédiates

Louis Blanc écrit en effet dés 1847, dans son Histoire de la Révolution française, cette phrase, où le sujet est Louis-Claude de Saint-Martin :"Et le mot de la grande énigme, qu'il posait devant la nation française, c'était : Liberté, Egalité, Fraternité !formule que, dans son style symbolique il appelait le ternaire sacré et dont il parlait d'un ton solennel".

Le texte de Louis Blanc, n'aurait – il pas constitué le plus prochain stimulus des membres du Gouvernement provisoire ? Ne les aurait-il pas guidés dans leur choix d'une devise pour la IIe république ? Ce même texte, de Louis Blanc n'aurait-il pas aussi persuadé, ou fini de persuader, les fancs-maçons de 1848 que la devise relevait de leur patrimoine ; n'aurait-il pas actionné la revendication qu'ils soutiendraient désormais sans relâche ?

Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, soit source immédiate de l'inspiration des quarante-huitards qui placèrent officiellement la France sous la devise "Liberté, Egalité, Fraternité". Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, ait expressément – et rétroactivement – maçonnisé cette devise.

Mais voici notre second auteur : Pierre Leroux autre source sûrement.
Pierre Leroux élabore sa doctrine, grosso modo entre 1830 et 1848. Or, dès 1833, il affirme :
"Nos pères avaient mis sur leur drapeau, liberté, égalité, fraternité. Que leur devise soit encore la nôtre". Il y a de la métaphore dans ces deux phrases. Les grands ancêtres n'ont jamais brodé au fil sur le tissu de leurs étendards la devise qui sera celle de 1848.

Pourquoi ces trois mots ? pourquoi pas un seul ou deux pourquoi pas quatre ou davantage ? il y a de cela une raison profonde. En effet, l'homme étant, comme nous l'avons démontré ailleurs, triple et un dans tous les actes de sa vie, c'est-à-dire simultanément sensation – sentiment – connaissance, il faut en politique un terme qui réponde à chacun de ces trois aspects de notre nature.
Au terme sensation de la formule métaphysique répond le terme liberté de la formule politique ; au terme sentiment répond le mot fraternité ; au terme connaissance répond l'égalité.

Qui l'a trouvée cette formule sublime ? On l'ignore ; personne ne l'a faite, et c'est tout le monde pour ainsi dire qui l'a faite.

Je récapitule avec Leroux : "La formule est donc complète. Le citoyen a donc un dogme, c'est l'Egalité ; un motif de se manifester et d'agir, c'est la Liberté ; une règle morale pour bien agir, c'est la Fraternité humaine".

La Révolution française a justement résumé la politique dans ces trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité.

Or, avant février, la franc-maçonnerie ne se soucie, en aucune façon, de la devise qu'elle adoptera en 1849.

Mais, peut-être, Bésuchet, en cautionnant la devise républicaine, a-t-il excité ses frères maçons à l'adopter eux-mêmes. Car un an après la chute de Louis-Philippe, la devise va être maçonnique.

(à suivre)

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le samedi 02 décembre 2006 12:45

Masonry Dissected... au fil de Renaissance Traditionnelle par Dominique S.

Masonry Dissected... au fil de Renaissance Traditionnelle par Dominique S.
Après avoir traité, comme vous le savez : "Le Manuscrit des Archives d'Edimbourg", toujours dans le cadre de l'étude des sources du Rite Français Traditionnel, mais également dans le cadre de l'étude historique de la franc-maçonnerie, il nous est apparu utile de travailler sur l'une des références majeures des divulgations du XVIIIème siècle, un texte en droite filiation du groupe Haughfoot (1) , je veux parler de : "Masonry dissected" ("La Maçonnerie disséquée") signée en 1730 par un certain Samuel Prichard.


I. Présentation de Masonry Dissected

Alors, que savons-nous de la première publication et de son auteur? Tout d'abord, la première publication a lieu le 20 octobre 1730, c'est un tel succès, qu'à nouveau il faut le republier le 23 Octobre, puis le 31 (!) et plusieurs dizaines suivront tout au long du XVIIIème siècle. Il existe une copie de cette troisième édition qui est au British Museum de Londres. C'est d'ailleurs de cet exemplaire que semblent tirées la plupart des études et notamment celle des "Early Masonic Catechisms"(2) . Et que nous dit l'introduction de cette divulgation: "La Maçonnerie Disséquée, description sincère et universelle de toutes les branches de la maçonnerie, depuis ses origines jusqu'au temps présent. Telle qu'elle est enseignée dans les Loges régulièrement formées tant à la ville qu'à la campagne, selon les divers grades". Et l'introduction de rajouter ce titre que l'on pourrait qualifier de racoleur et digne de la presse people du XXIème siècle : "l'auteur décrit fidèlement la manière d'initier les nouveaux membres, aux trois grades de la maçonnerie qui sont :



- Apprenti entré
- Compagnon du métier
- Maître.

A cela s'ajoutera justification par l'auteur.

Troisième édition (je vous rappelle au passage que les précédentes ont respectivement 8 et 11 jours...)

Par Samuel Prichard, ancien membre d'une loge constituée.
Londres : imprimé pour J. Wilford, aux trois Fleurs de Lys, derrière la maison du Chapitre, près de St Paul's.1730.

Prix : six pences


A l'inverse de la majorité des divulgations, en tout cas des précédentes, celle-ci est signée. Alors, qui est donc ce Samuel Prichard, lui qui est certainement le plus célèbre des auteurs de divulgations? Il semble que ce soit un maçon, ou tout au moins un ancien maçon, on le trouve en tant que visiteur de la Loge « Le cygne et la coupe » et membre de la Loge « La tête d'Henry VIII ». Visiblement de maçon, il est devenu ancien-maçon puis anti-maçon... En effet cette divulgation a pour but de dénoncer la Franc-Maçonnerie, en tant qu'escroquerie, et il pense ainsi la démystifier , comme d'ailleurs la plupart des divulgations qui seront faites. On peut voir aisément à la lecture du texte, que les détails ne peuvent émaner que de quelqu'un connaissant très bien la Maçonnerie de l'époque. Cette publication, en trois temps, va avoir en fait l'effet inverse, et bien au-delà de démystifier la Maçonnerie, va comme on dirait aujourd'hui, en faire la publicité. Le succès est fulgurant, au point que la Grande Loge dut prendre une décision, qui perdure encore aujourd'hui, de ne réserver désormais l'accès qu'à des Frères dont l'un des membres de la Loge pourrait se porter garant. Ce qui est sur, c'est que masonry dissected, permet de bien cerner le rituel de tel qu'il fut appliqué dès 1717 et donc de facto en France et à Paris vers 1730.

Il est intéressant de noter, comme le fait remarquer Roger Dachez(4) qu'alors qu'en Angleterre cette divulgation sera la dernière avant longtemps, à l'inverse en France elle en induira de nombreuses et non des moindres comme : "La réception mystérieuse" en 1738 et le non moins célèbre "Sceau rompu" de 1745. Il faudra toutefois attendre 1743 pour qu'une traduction Française de Masonry dissected soit à son tour publiée, sous le titre de "L'origine et la déclaration mistérieuse des Francs-Maçons"(5) .
Cette traduction française est incomplète elle est de plus erronée, alors en dehors de l'intérêt que l'historien voudra bien lui trouver, il nous faut nous tourner vers d'autres traductions (6) ...

Masonry dissected se compose de 6 parties :

- La première partie fait référence à l'Historique du métier, avec des références aux arts libéraux, à la géométrie, mais aussi à Babel, à l'Egypte ou encore au Temple de Salomon.

- La seconde pour sa part a trait au grade d'apprenti, avec, l'étude des signes, attouchements, points parfaits de l'entrée, notions de secret et les deux mots de guets, c'est-à-dire le nom des deux colonnes.

- La troisième partie elle concerne le grade de compagnon, avec les nouveaux signes, mots et attouchements du grade, l'apparition de la lettre G et les deux colonnes.

- Dans la quatrième on évoque la communication de cette lettre G au centre du temple de Jérusalem, les quatre lettres du nom de la colonne B et à nouveau on revient sur la géométrie.

- La cinquième partie est dédiée au mot du grade de maître en M.B. et fait état de la parole perdue.

- Enfin la sixième et dernière constitue la justification de l'auteur suivie de la divulgation de la liste des Loges régulières.


II. Masonry Dissected au fil de Renaissance Traditionnelle

Si l'on essaie de retrouver Masonry Dissected tout au long des 145 numéros parus à ce jour, de la revue chère à nôtre c½ur de maçon : Renaissance Traditionnelle, on voit bien, au nombre répété de ses apparitions, que cette divulgation excite depuis longtemps l'intérêt des historiens de la maçonnerie. Eh bien, amusons nous donc à retrouver la trace de l'½uvre essentielle de Prichard depuis le numéro 1 de Renaissance Traditionnelle, du mois de janvier 1970. Et précisément, c'est dès le numéro 1, que l'inventaire commence...

R.T. n°1. janvier 1970. "Notes sur le Serment maçonnique du premier grade". René Desaguliers.

« C'est à partir de 1726 que le caractère opératif des textes que nous possédons s'atténue très sensiblement et les formules du serment que contiennent le "Manuscrit Wilkinson" (1727), "le Mystère de la Franc-Maçonnerie" (1730) (7) et la "Maçonnerie disséquée" de Samuel Prichard (1730) qui sont assez proches les unes des autres, tout en gardant l'essentiel de la tradition antérieure, représentant le premier état du serment de la maçonnerie spéculative. En particulier il n'y est plus question du mot du Maçon mais "des secrets" et il ne s'y trouve plus aucune clause de caractère opératif ou rappelant les Anciens devoirs ».


R.T. n°2. Avril 1970. "Notes sur le Serment maçonnique du deuxième et du troisième grade". René Desaguliers.

«Le premier point qui apparaît avec netteté lorsque l'on étudie leur histoire, c'est que primitivement les Obligations du deuxième et du troisième grade n'existaient pas et que la Maçonnerie d'avant 1730 ne connaissait qu'une seule forme du secret que l'on faisait répéter chaque fois que cela était nécessaire. [...] Cette situation se constate toujours dans la "Maçonnerie disséquée" de Samuel Prichard (1730). En effet si l'on trouve au premier grade le serment que nous avons déjà cité (8) , on n'en lit aucune autre formule au deuxième et au troisième grades. Si l'on considère le caractère complet de cette divulgation, on peut estimer que c'est là une confirmation satisfaisante de l'inexistence de ces serments ».

Dans ce même article René Desaguliers nous précise un peu plus la façon de prêter serment telle que Masonry dissected la décrit, et ce en droite ligne des obligations des Old Charges : « [...] Alors qu'un des plus Anciens tienne le Livre afin qu'ils ou qu'il posent ou pose la main au-dessus du Livre ; alors on doit lire les Règles(9) ".

R.T. n°4. Octobre 1970. "Notes sur le Serment maçonnique : Conclusion II". René Desaguliers.

En ce qui concerne le sens du mot donné à la prestation de serment, on note qu' "[...] en Angleterre le mot obligation (10) a eu tendance à se substituer à celui de oath (11) , terme beaucoup plus fort. Mais ce n'est pas une clause de style, car le contenu du serment n'en change pas pour autant. Ainsi le "Manuscrit Wilkinson" (vers 1727) où apparaissent pour la première fois beaucoup de traits propres à la Maçonnerie spéculative dit : "The solemn obligation of a Mason". Prichard dans sa "maçonnerie disséquée" (1730) reprend le terme en l'explicitant : there I took the obligation (or oath) of a mason. [...] ce qui montre que les deux mots sont très proches. Le terme oath a continué d'être employé en Angleterre au XVIIIe siècle, simultanément avec celui d'obligation. Mais dans les rituels Emulation, par exemple, le mot oath a disparu.»

R.T. n°75-76. Juillet-octobre 1988. "1730 ou1739 ? Un "Détail" de l'histoire Maçonnique". Guy Verval.

En 1987, parut le livre de Guy Verval sur le Rite Ecossais Rectifié (12) . Roger Dachez, dans une sublime note de lecture au sujet de l'ouvrage (13) , que je vous invite à parcourir, devait relever une divergence quant à la présumée date de l'inversion des mots de reconnaissance, à savoir 1730 ou 1739. Ceci devait donner lieu à une passe d'armes d'historiens, dans le numéro suivant et au travers de deux articles, qui eu égard à la date historique, ne pouvaient occulter l'influence de Masonry dissected sur la théorie de l'inversion... Alors qu'en fut-il de cette "Affaire du détail"? Guy Verval tout d'abord nous dit que : « [...] L'année 1730 fut particulièrement fertile en événements spectaculaires, qui vit la publication de deux divulgations des secrets des Maçons ! Le 15 août 1730 parut dans le "Daily Journal" le Mystère de la franc-maçonnerie qui révélait les mots Boaz et Jachin. [...] Mais le pire devait suivre. Le 20 octobre 1730, le même "Daily Journal" publiait le pamphlet de Samuel Prichard, Masonry dissected, qui contenait la première relation de la légende d'Hiram. Et le 15 décembre de la même année, le député Grand Maître Blackerby signala un pamphlet publié par un certain Pritchard qui prétend avoir été régulièrement initié...pour empêcher les loges d'être trompées par de faux frères, ou des imposteurs, il propose... qu'aucune personne, quelle qu'elle soit, ne puisse être admise dans les loges à moins qu'un membre présent de la loge ne se porte garant de la qualité maçonnique du Frère visiteur (Gould II, p386.)»

R.T. n°75-76. Juillet-octobre 1988. "1730 ou 1739 : Une fausse énigme ?" Roger Dachez.

De cette joute émane des éléments forts instructifs pour nous : « [...] en effet, le 15 décembre 1730, le Député Grand Maître évoque nommément la divulgation récente de Prichard, beaucoup plus précise et "dangereuse" que le document précédent (NDLR : The Mystery of Free-Masonry). Il affirme notamment que le livre est "une chose dépourvue de sens, et indigne d'être prise en considération". Cependant, "afin de garantir les Loges contre tout abus par de faux frères ou par des Imposteurs : il a été proposé que jusqu'à nouvel ordre de la Grande Loge, nul ne pourra être admis dans aucune loge sans qu'un Membre de la Loge, présent à cet instant, ne se porte garant que les Frères Visiteurs sont maçons réguliers, et que le nom de ce membre soit porté en face de celui de Visiteur sur le livre de la Loge, laquelle proposition a été adoptée à l'unanimité." Voilà effectivement de sages mesures [...] (et) propres, apparemment, à assurer la sécurité des loges ! »

En ce qui concerne « [...] la distribution différente des mots des deux premiers grades [...] reprenons les points essentiels. Masonry Dissected de Prichard, publié à la fin de 1730, nous présente la première divulgation complète et détaillée d'un système à trois grades achevé. Or, si l'on examine attentivement les deux premiers grades de ce texte, on peut observer, fait ordinairement méconnu, que les deux mots J. et B. sont donnés ensemble à chacun des deux grades, quoique dans un ordre inverse. Il est clair que dans le système décrit par Prichard, il n'y a pas deux mots séparés, l'un étant attribué au premier grade, l'autre au second. On remarquera que si "le mot est Jachin" pour le Compagnon, ce mot a déjà été donné dès le premier grade. Il n'y a donc pas, ici de secret propre au Compagnon.

Un point important est dès lors d'apprécier le degré de crédibilité de la divulgation de Prichard quant aux usages de la Première Grande Loge, vers 1730. Ce problème est d'ailleurs très général, et concerne toutes les divulgations. On peut ici faire remarquer que fut publié au début de 1731 un pamphlet intitulé "A Defence of Masonry"», en réponse au texte de Prichard. Ce deuxième texte, qui s'efforce avant tout de justifier la Maçonnerie très durement attaquée par Prichard, ne conteste à aucun moment la véracité de la divulgation. Ce texte fut en outre repris dans l'édition de 1738 du "Livre des Constitutions", ce qui semble lui donner une sorte d'approbation officielle. Du reste, le procès-verbal de l'Assemblée trimestrielle de décembre 1730, tout en affirmant que le livre de Prichard est "une chose dépourvue de sens", semble prendre très au sérieux, on l'a vu, les risques qu'il fait courir aux loges. On peut donc légitimement se demander si, peu avant 1730, La Première Grande Loge attribuait bien un mot spécifique à chacun des deux premiers grades.


Un autre phénomène important est la diffusion du grade de Maître, sous l'égide de la Grande Loge, au début des années 1730. [...] (et) même si les deux premiers furent encore, pendant longtemps conférés en une seule soirée, [...] on pourrait alors supposer que le système présenté par Prichard était une sorte de transition, témoignant peut-être d'un partage en cours, encore inachevé, entre les deux premiers grades. La redondance de Jachin pu, dès lors, rapidement apparaître peu satisfaisante. L'étape suivante aurait ainsi conduit au système actuel. Cette mutation, quelles qu'en aient été les modalités réelles, se serait produite nécessairement au début ou vers le milieu de la décennie 1730. »

R.T. n°78. Avril 1989. "Mahhabone, Mac-Benach". Roy A. Wells. Traduit par René Desaguliers

Dans le cadre de l'étude du mot de Maître, bien évidemment Masonry Dissected trouve sa place, mais il ne nous semble pas hélas indiqué d'en faire trop état ici...

R.T. n°99. Juillet 1994. "Essai sur les origines du Grade de maître". Roger Dachez

« L'importance de la divulgation de Prichard n'est pas seulement de révéler pour la première fois, nous l'avons vu, un système en trois grades culminant avec le grade de Maître- The Master's part. Son originalité profonde est de proposer la première version connue et cohérente de la légende qui devait désormais constituer le c½ur de ce grade : le légende d'Hiram. » En effet on retrouve à la fin du Manuscrit Graham (1726), trois légendes, celle des fils de Noé, celle de Betsaléel et de la construction du Temple de Salomon par l'architecte Hiram. « [...] La simple lecture de ces trois récits impose une constatation immédiate : leur superposition nous donne presque intégralement, en substance, la légende d'Hiram telle que la rapporte pour la première fois Prichard en 1730. [...] il faut ajouter qu'en dehors de la question du troisième grade et de celle de la légende, une autre vient se poser à nous celle du mot en M. [...] Il reste que le premier texte à nous proposer un mot possédant un sens clairement indiqué est celui de Prichard (qui nous dit) [...] The Builder is smitten. »
R.T. n°110-111. Avril-Juillet 1997. "Naissance des hauts-grades : le grade de Maître et « les autres grades »". Roger Dachez

En guise de conclusion et de récapitulatif de ce maigre travail personnel mais qui symbolise bien le gigantesque travail fait par les auteurs de la revue, écoutons encore Roger Dachez :

« Masonry dissected,[...] occupe dans l'histoire des divulgations une place ambiguë. On lui a prêté des significations souvent contradictoires, et le rôle qu'il a joué dans l'évolution du premier système maçonnique anglais n'est toujours pas dénué de toute obscurité.
Avec Masonry dissected, on passe de divulgations presque confidentielles, intéressantes pour l'historien, mais dont nul ne peut affirmer qu'elles eurent un réel impact sur le public, à une publication qui va rencontrer une fortune sans précédent, avec au moins une trentaine d'éditions anglaises jusqu'à la fin du XVIIIè siècle, et huit autres en Ecosse. Le texte eut aussi un destin continental. Dès lors, il convient de rechercher en quoi Masonry Dissected diffère notablement de toutes les divulgations, manuscrites ou imprimées qui l'ont précédée.
En premier lieu, c'est le premier texte qui distingue clairement trois grades « séparés et distincts », comme on aura désormais coutume de le dire en Angleterre. C'est même, plus encore, le premier texte qui emploie le mot degree (grade), pour désigner ces trois étapes du Métier. Dans aucun texte antérieur une telle terminologie n'avait été employée.
S'agissant des origines du grade de Maître, l'analyse des trois catéchismes d'Apprenti-Entré, de Compagnon du Métier et de Maître, montre une sorte de redistribution d'un matériel déjà connu, avec l'adjonction d'un thème nouveau.
On peut prendre comme indice de ce procédé, la question des mots des deux premiers grades. On sait en effet qu'ils ne furent pas toujours séparés, et qu'à diverses époques de l'histoire du Métier, en Ecosse notamment, l'Apprenti-Entré recevait simultanément ces deux mots, dont l'ensemble indissociable constituait le Mot du Maçon.
Or Prichard dans son catéchisme d'Apprenti-Entré, révèle d'emblée les deux mots, selon un ancien usage. [...]
On note dès lors avec curiosité que dans le catéchisme de Compagnon du Métier- cette fois le Fellowcraft est bien nommé-, on nous apprend que pour ce grade « le mot est Jachin », ce qui, assurément, ne devait pas être une grande révélation pour le nouveau-reçu à ce deuxième grade...
Il est surtout important de noter que les C... P... du C..., attestés dès 1696 dans les textes écossais pour la réception de Compagnon du Métier, sont ici attribués au maître.
Il apparaît donc d'une part, un élément essentiel de la cérémonie écossaise du deuxième grade d'un système en deux grades (les C... P... du C...) a été transféré dans le troisième grade d'un nouveau système en trois grades, mais que le deuxième grade de ce nouveau système toujours dénommé Compagnon du Métier (Fellowcraft), se trouve ainsi essentiellement vidé de sa substance traditionnelle. Il est curieux d'observer qu'on tente de le remplir avec deux lettres J. pour le mot Jachin, lequel ne s'est cependant complètement détaché du grade d'apprenti-Entré, et G. dont on trouve ici le premier commentaire maçonnique.
Toutes ces remarques suggèrent fortement un caractère en gestation, non encore parvenu à son état de stabilité définitive, peut-être encore ouvert à diverses options. L'extraordinaire popularité de la divulgation de Prichard contribuera précisément à fixer cet état. Sans cette divulgation, imposée par les circonstances, le destin de la Maçonnerie symbolique eut peut-être été différent.
Prichard a donc réalisé une sorte de première synthèse, en fixant un système en trois grades, dont un début de pratique semble documenté à partir de 1725 environ, et en opérant pour ce faire une redistribution d'un contenu traditionnel déjà connu, mais jusque là réparti en deux grades. Cependant, l'apport essentiel de Prichard est, bien sûr, le premier exposé connu de la Légende d'Hiram qui devient alors le centre du troisième grade.
Or cette dernière innovation est absolument majeure, car c'est avec elle que prends corps le premier de tous les grades maçonniques identifiables, à être fondé sur une « légende » qui lui donne tout son sens et commande même son exécution rituelle. Les deux grades précédents –ou le grade original dédoublé- ne représentent rien de tel. En instituant autour d'une légende un grade supplémentaire, le système de Prichard décrit introduit donc bien –ou consacre-, sur le plan phénoménologique, un grade d'une nature nouvelle, quelqu'en soit le contenu. Comme tous ceux qui lui feront suite, ce grade s'éloigne de la simplicité des grades du métier, auquel il n'appartient plus, et fait d'une légende le fondement de l'enseignement maçonnique ;
Tous les grades qui le suivront, en effet, adopteront cette règle et cette structure. On peut ainsi affirmer que l'histoire des origines du grade de Maître se situe dans l'histoire des hauts-grades, et que ce grade de maître est ainsi à n'en pas douter, le premier d'entre eux.


(1): Le Manuscrit des Archives d'Edimbourg, Le Manuscrit Chetwode Crawley et le Manuscrit Kevan (1696-1714)

(2): Douglas Knoop, G. P. Jones, and Douglas Hamer, (Manchester: University of Manchester Press, 1963)

(3): « ... j'espère que cette divulgation donnera entière satisfaction et aura l'effet voulu en empêchant tant de gens crédules d'être attirés dans une société aussi pernicieuse ».

(4): « Le mystère des "Trois coups distincts" : les inconnues d'une divulgation anglaise ». Loge d'étude William Preston (LNF). 1997

(5): Texte intégral dans l'article suivant.

(6): Recherches en cours

(7): The Mystery of Free Masonry

(8): Cf. Renaissance Traditionnelle n°1 p. 10

(9): Tunc unus ex senioribus teneat Librum ; tunc Praecepta debeant legi

(10): Obligation, devoir, engagement.

(11): Serment

(12): "La spécificité du Rite Ecossais rectifié". Thuilier diffusion. Bruxelles.

(13): Notes de Lecture. Renaissance Traditionnelle n°70. Avril 1987 p156
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 07 décembre 2006 00:28
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:34

Pritchard's Masonry Dissected -1730. Présenté par Dominique S.

Pritchard's Masonry Dissected -1730. Présenté par Dominique S.
Being A Universal and Genuine Description

Of all its Branches from the Original to this Present Time.

As it is deliver'd in the Constituted Regular Lodges Both in City and Country, According to

the Several degrees of Admission.

Giving an Impartial Account of their Regular Proceeding

in Initiating their New Members in the whole

Three Degrees of Masonry. viz.

I. Enter'd 'Prentice,

II. FellowCraft,

III. Master.

To which is added, the Author's Vindication of himself.

The Third Edition. By Samuel Prichard, late Member of a Constituted Lodge.

London: Printed for J. Wilford, at the Three Flower-de-Luces

behind the Chapter-house near St. Paul's. 1730

Price 6d.



Samuel Prichard maketh Oath, That the Copy hereunto annexed is a True and Genuine Copy in every Particular.
Jur' 13. Die Oct. 1730.
Coram me, R. Hopkins.
Sam. Prichard.

To the Rt. Worshipful and Honourable Fraternity of Free and Accepted Masons.
Brethren and Fellows,
If the following Sheets, done without Partiality, gains the universal Applause of so worthy a Society, I doubt not but its general Character will be diffused and esteemed among the remaining Polite Part of Mankind: Which, I hope, will give intire Satisfaction to all Lovers of Truth, and I shall remain, with all humble Submission, the Fraternity's
Most Obedient Humble Servant,
Sam. Prichard.



Masonry Dissected

The original Institution of Masonry consisteth on the Foundation of the Liberal Arts and Sciences; but more especially on the Fifth, viz, Geometry. For at the Building of the
Tower of Babel, the Art and Mystery of Masonry was first introduc'd, and from thence handed down by Euclid, a worthy and excellent Mathematician of the Egyptians, and he communicated it to Hiram, the Master-Mason concern'd in the Building of Solomon's Temple in Jerusalem, where was an excellent and curious Mason thet was the chief under their Grand-Master Hiram, whose Name was Mannon Grecus, who taught the Art of Masonry to one Carlos Marcil in France, and from thence was brought into England in the Time of King Athelstone, who order'd an Assembly to be held once every Year at York, which was the first Introduction of it into England, and Masons were made in the Manner following.
Tunc unus ex Senioribus teneat Librum, ut illi vel ille ponant vel ponat Manus supra Librum; tum Praecepta debeant legi. i.e. Whilst one of the Seniors holdeth the Book, that he or they put their Hands upon the Book, whilst the Master ought to read the
Laws or Charges.
Which Charges were, That they should be true to one another without Exception, and should be obliged to relieve their Brothers and Fellows Necessities, or put them to labour and reward them accordingly. But in these latter Days Masonry is not composed of Artificers, as it was in its primaeval State, when some few Catechetical Questions were necessary to declare a Man sufficiently qualified for an Operative Mason.
The Terms of Free and Accepted Masonry (as it now is) has not been heard of till within these few Years; no Constitued Lodges or Quarterly Communications were heard of till 1691, when Lords and Dukes, Lawyers and Shopkeepers, and the other inferior Tradesmen, Porters not excepted, were admitted into this Mystery or no Mystery; the first sort being introduc'd at very great Expence, the second sort at a moderate Rate, and the latter for the Expence of six or seven Shillings, for which they receive that Badge of Honour, which (as they term it) is more ancient and more honourable than is the Star and Garter, which Antiquity is accounted, according to the Rules of Masonry, as delivered by their Tradition, ever since Adam, which I shall leave the candid Reader to determine.
From the Accepted Masons sprang the Real Masons, from both sprang the Gormogons, whose Grand-Master the Volgi deduces his Original from the Chinese, whose Writings, if to be credited, maintains the Hypotheses of the Pre-Adamites, and consequently must be more antique than Masonry.
The most free and open society is that of the Grand Kaihebar, which consist of a select Company of Responsible People, whose chief Discourse is concerning Trade and Business, and promoting mutual Friendship without Compulsion or Restriction.
But if after the Admission into the Secrets of Masonry, any new Brother should dislike their Proceedings, and reflect upon himself for being so easily cajoled out of his Money, declines the Fraternity or secludes himself upon the Account of the Quarterly Expences of the Lodge and Quarterly communications, notwithstanding ha has been legally admitted
into a Constituted and Regular Lodge, shall be denied the Privilege (as a Visiting Brother) of Knowing the Mystery for which he has already paid, which is a manifest Contradiction according to the Institution of Masonry itself, as will evidently appear by the following Treatise.

ENTER'D 'PRENTICE'S DEGREE.

Q. FROM whence came you? A. From the Holy Lodge of St. John's.
Q. What Recommendations brought you from thence?
A. The Recommendations which I brought from the Right Worshipful Brothers and Fellows of the Right Worshipful and Holy Lodge of St. John's, from whence I came, and Greet you thrice heartily well.
Q. What do you come here to do?
A. Not to do my own proper Will, But to subdue my Passion still; The Rules of Masonry in hand to take, And daily Progress therein make.
Q. Are you a Mason?
A. I am so taken and Accepted to be amongst Brothers and Fellows.
Q. How shall I know that you are a Mason?
A. By Signs and Tokens and perfect Points of my Entrance.
Q. What are Signs?
A. All Squares, Angles and Perpendiculars.
Q. What are Tokens?
A. Certain Regular and Brotherly Gripes.
Exam.Give me the Points of your Entrance. Resp. Give me the first, and I'll give you the second.
Exam. I Hail it. Resp. I Conceal it.
Exam. What do you Conceal? Resp. All Secrets and Secresy of Masons and Masonry, unless to a True and Lawful Brother after due Examination, or in a just and worshipful Lodge of Brothers and Fellows well met.
Q. Where was you made a Mason?
A. In a Just and Perfect Lodge.
Q. What makes a Just and Perfect Lodge?
A. Seven or more.
Q. What do they consist of?
A. One Master, two Wardens, two Fellow-Crafts and two Enter'd 'Prentices.
Q. What makes a Lodge?
A. Five.
Q. What do they consist of?
A. One Master. Two Wardens, one Fellow-Craft, one Enter'd 'Prentice.
Q. Who brought you to the Lodge?
A. An Enter'd 'Prentice.
Q. How did he bring you?
A. Neither naked nor cloathed, barefoot nor shod, deprived of all Metal and in a right moving Posture.
Q. How got you Admittance?
A. By three great Knocks.
Q. Who receiv'd you?
A. A Junior Warden.
Q. How did he dispose of you?
A. He carried me up to the North-East Part of the Lodge, and brought me back again to the West and deliver'd me to the Senior Warden.
Q. What did the Senior Warden do with you?
A. He presented me, and shew'd me how to walk up (by three Steps) to the Master.
Q. What did the Master do with you?
A. He made me a Mason.
Q. How did he make you a Mason?
A. With my bare-bended Knee and Body within the Square, the Compass extended to my naked Left Breast, my naked Right Hand on the Holy Bible; there I took the Obligation (or Oath)of a Mason.
Q. Can you repeat that Obligation.
A. I'll do my Endeavour.
(Which is as follows.)
I Hereby solemnly Vow and Swear in the Presence of Almighty God and this Right Worshipful Assembly, that I will Hail and Conceal, and never Reveal the Secrets or Secresy of Masons or Masonry, that shall be Revealed unto me; unless to a True and Lawful Brother, after due Examination, or in a Just and Worshipful Lodge of Brothers and Fellows well met. I furthermore Promise and Vow, that I will not Write them, Print them, Mark them, Carve them or Engrave them, or cause them to be Written, Printed, Marked, Carved or Engraved on Wood or Stone, so as the Visible Character or Impression of a Letter may appear, whereby it may be unlawfully obtain'd. All this under no less Penalty than to have my Throat cut, my Tongue taken from the Roof of my Mouth, my Heart pluck'd from under my Left Breast, them to be buried in the Sands of the Sea, the Length of a Cable-rope from Shore, where the Tide ebbs and flows twice in 24 Hours, my Body to be burnt to Ashes, my Ashes to be be scatter'd upon the Face of the Earth, so that there shall be no more Remembrance of me among Masons. So help me God.
Q. What Form is the Lodge?
A. A long Square.
Q. How long?
A. From East to West.
Q. How broad?
A. From North to South.
Q. How high?
A. Inches, Feet, and Yards innumerable, as high as the Heavens.
Q. How deep?
A. To the Centre of the Earth.
Q. Where does the Lodge stand?
A. Upon Holy Ground, or the highest Hill or lowest Vale, or in the Vale of Jehosaphat, or any other secret Place.
Q. How is it situated?
A. Due East and West.
Q. Why so?
A. Because all Churches and Chappels are or ought to be so.
Q. What supports a Lodge?
A. Three great Pillars.
Q. What are they called?
A. Wisdom, Strength to support, and Beauty.
Q. Why so?
A. Wisdom to contrive, Strength to support, and Beauty to adorn.
Q. What Covering have you to the Lodge?
A. A clouded Canopy of divers Colours (or the Clouds.)
Q. Have you any Furniture in your Lodge?
A. Yes.
Q. What is this?
A. Mosaick Pavement, Blazing Star and Indented Tarsel.
Q. What are they?
A. Mosaick Pavement, the Ground Floor of the Lodge, Blazing Star the Centre, and Indented Tarsel the Border round about it.
Q. What is the other Furniture of a Lodge?
A. Bible to God, Compass to the Master, and Square to the Fellow-Craft.
Q. Have you any Jewels in the Lodge?
A. Yes.
Q. How many?
A. Six. Three Moveable, and three Immoveable.
Q. What are the Moveable Jewels?
A. Square, Level and Plumb-Rule.
Q. What are their Uses.
A. Square to lay down True and Right Lines, Level to try all Horizontals, and the Plumb-Rule to try all Uprights.
Q. What are the Immoveable Jewels?
A. Trasel Board, Rough Ashler, and Broach'd Thurnel.
Q. What are their Uses?
A. Trasel Board for the aster to draw his Designs upon, Rough Ashler for the Fellow- Craft to try their Jewels upon, and the Broach'd Thurnel for the Enter'd 'Prentice to learn to work upon.
Q. Have you any Lights in your Lodge?
A. Yes, Three.
Q. What do they represent?
A. Sun, Moon and Master-Mason.
N.B. These Lights are three large Candles placed on high Candlesticks.
Q. Why so?
A. Sun to rule the Day, Moon to the Night, and Master-Mason his Lodge.
Q. Have you any fix'd Lights in tour Lodge?
A. Yes.
Q. How many?
A. Three.
N.B. These fix'd Lights are Three Windows, suppos'd (tho' vainly) to be in every Room where a Lodge is held, but more properly the four Cardinal Points according to the antique Rules of Masonry.
Q. How are they situated?
A. East, South and West.
Q. What are their Uses?
A. To light the Men to, at and from their Works.
Q. Why are there non Lights in the North? A. Because the Sun darts no Rays from thence.
Q. Where stands your Master?
A. In the East.
Q. Why so?
A. As the Sun rises in the East and opens the Day, so the Master stands in the East [with his Right Hand upon his Left Breast being a Sign, and the Square about his Neck] to open the Lodge and to set his Men at Work.
Q. Where stands your Wardens?
A. In the West.
Q. What's their Business?
A. As the Sun sets in the West to close the Day, so the Wardens stand in the West. [with their Right Hands upon their Laft Breasts being a Sign, and the Level and Plumb-Rule about their Necks] to close the Lodge and dismiss the Men from Labour, paying their Wages.
Q. Where stands the Senior Enter'd 'Prentice?
A. In the south.
Q. What is his Business?
A. to hear and receive Instructions and welcome strange Brothers.
Q. Where stands the Junior Enter'd 'Prentice?
A. In the North.
Q. What is his Business?
A. To keep off all Cowans and Evesdroppers.
Q. If a Cowan (or Listner) is catch'd, how is he to be punished?
A. To be plac'd under the Eves of the Houses (in rainy Weather) till the Water runs in at his Shoulders and out at his Shoos.
Q. What are the Secrets of a Mason?
A. Signs, Tokens and many Words.
Q. Where do you keep those Secrets?
A. Under my Left Breast.
Q. Have you any Key to those Secrets?
A. Yes.
Q. Where do you keep it?
A. In a Bone Bone Box that neither opens nor shuts but with Ivory Keys.
Q. Does it hang or does it lie?
A. It hangs.
Q. What does it hang by?
A. A Tow-Line 9 Inches or a Span.
Q. What Metal is ir of?
A. No manner of Metal at all; but a Tongue of good Report is as good behind a Brother's Back as before his Face.
N.B. The Key is the Tongue, the Bone Bone Box is the Teeth, the Tow-Line the Roof of the Mouth.
Q. How many Principles are there in Masonry?
A. Four.
Q. What are they?
A. Point, Line, Superficies and Solid.
Q. Explain them.
A. Point the Centre (round which the Master cannot err) Line Length without Breadth, Superficies Length and Breadth, Solid comprehends the whole.
Q. How many Principle-Signs?
A. Four.
Q. What are they?
A. Guttural, Pectoral, Manual and Pedestal.
Q. Explain Them.
A. Guttural the Throat, Pectoral the Breast, Manual the Hand, Pedestal the Feet.
Q. What do you learn by being a Gentleman-Mason.
A. Secresy, Morality and Goodfellowship.
Q. What do you learn by being an Operative Mason?
A. Hue, Square, Mould-stone, lay a Level and raise a Perpendicular.
Q. Have you seen your Master to-day?
A. Yes.
Q. How was he Cloathed?
A. In a Yellow Jacket and Blue Pair of Breeches.
N.B. The Yellow Jacket is the Compasses, and the Blue Breeches the Steel Points.
Q. How long do you serve your Master?
A. From Monday Morning to Saturday Night.
Q. How do you serve him?
A. With Chalk, Charcoal and Earthen Pan.
Q. What do they denote?
A. Freedom, Fervency and Zeal.
Ex. Give me the Enter'd 'Prentice's Sign.
Resp. Extending the Four Fingers of the Right Hand and drawing of them cross his Throat, is the Sign, and demands a Token.
N.B. A Token is by joining the Ball of the Thumb of the Right Hand upon the first
Knuckle of the Fore-finger of the Brother's Right Hand that demands a Word.
Q. Give me the Word.
A. I'll letter it with You.Exam.BOAZ. [N.B. The Exam. Says B, Resp. O, Exam. A, Resp. Z, i.e. Boaz.] Give me another.
Resp. JACHIN. [N.B. Boaz and Jachin were two Pillars in Solomon's Porch. I Kings, chap. VII. Ver. 21.]
Q. How old are you?
A. Under Seven. [Denoting he has not pass'd Master.]
Q. What's the Day for?
A. To See in.
Q. What's the Night for?
A. To Hear.
Q. How blows the Wind?
A. Due East and West.
Q. What's a Clock?
A. High Twelve.
The End of the Enter'd 'Prentice's Part.

FELLOW-CRAFT'S DEGREE.

Q. Are you a Fellow-Craft?
A. I am.
Q. Why was you made a Fellow-Craft?
A. For the sake of the Letter G.
Q. What does the G denote?
A. Geometry, or the fifth Science.
Q. Did you ever travel?
A. Yes. East and West.
Q. Did you ever work?
A. Yes, in the Building of the Temple.
Q. Where did you receive your Wages?
A. In the middle Chamber.
Q. How came you to the middle Chamber?
A. Through the Porch.
Q. When you came through the Porch, what did you see?
A. Two great Pillars.
Q. What are they called?
A. J. B. Jachim and Boaz.
Q. How high are they?
A. Eighteen Cubits.
Q. How much in Circumference?
A. Twelve Cubits.
Q. What were they adorn'd with?
A. Two Chapiters.
Q. How high were the Chapiters?
A. Five Cubits.
Q. What were they adorn'd with?
A. Net-Work and Pomegranates.
Q. How came you to the middle Chamber?
A. By a winding Pair of Stairs.
Q. How many?
A. Seven or more.
Q. Why Seven or more?
A. Because Seven or more makes a Just and Perfect Lodge.
Q. When you came to the door of the middle Chamber, who did you see?
A. A Warden.
Q. What did he demand of you?
A. Three Things.
Q. What were they?
A. Sign, Token and a Word.
N.B. The Sign is placing the Right Hand on the Left Breast, the Token is by joining you Right Hand to the Person that demands it, and squeezing him with the Ball of your Thumb on the first Knuckle of the middle Finger, and the Word is Jachin.
Q. How high was the Door of the middle Chamber?
A. So high that a Cowan could not reach to stick a Pin in.
Q. When you came into the middle, what did you see?
A. The Resemblance of the Letter G.
Q. Who doth that G denote?
Vide I Kings, Chap. 7.
One that's greater than you.
Q. Who's greater than I, That am a Free and Accepted Mason, the Master of a Lodge.
A. The Grand Architect and Contriver of the Universe, or He that was taken up to the top of the Pinnacle of the Holy Temple.
Q. Can you repeat the Letter G?
A. I'll do my Endeavour.
THE REPEATING OF THE LETTER G.
Resp. In the midst of Solomon's Temple there stands a G, A Letter fair for all to read and see, But few there be that understands What means that Letter G.
Ex. My Fiend, if you pretend to be Of this Fraternity, You can forthwith and rightly tell What means that Letter G.
Resp. By Sciences are brought to Light Bodies of various Kinds, Which do appear to perfect Sight; But none but Males shall know my Mind.
Ex. The Right shall. Resp. If Worshipful.
Ex. Both Right and Worshipful I am, To Hail you I have Command, That you do forthwith let me know, As I you may understand.
Resp. By Letters Four and Science Five This G aright doth stand, In a due Art and Proportion, You have your Answer, Friend.
N.B. Four Letters are Boaz. Fifth Science Geometry.
Ex. My Friend, you answer well, If Right and Free Principles you discover, I'll change your Name from Friend, And henceforth call you Brother.
Resp. The Sciences are well compos'd Of noble Structure's Verse, A Point, a Line, and an Outside; But a Solid is the last.
Ex. God's good Greeting be to this our happy Meeting.
Resp. And all the Right Worshipful Brothers and Fellows.
Ex. Of the Right Worshipful and Holy Lodge of St. John's.
Resp. From whence I came.
Ex. Greet you, greet you, greet you thrice, heartily well, craving your Name.
Resp. Timothy Ridicule.
Exam. Welcome, Brother, by the Grace of God.
N.B. The Reason why they Denominate Themselves of the Holy Lodge of St.
John's, is, Because he was the Fore-runner of our Saviour, and laid the first Parallel Line to the Gospel (others do assert, that our Saviour himself was accepted a Free-Mason whilst he was in the Flesh) but how ridiculous and prophane it seems, I leave to judicious Readers to consider.
The End of the Fellow-Craft Part.

THE MASTER'S DEGREE.

Q. Are you a Master-Mason?
A. I am; try me, prove me, disprove me if you can.
Q. Where was you pass'd Master?
A. In a Perfect Lodge of Masters.
Q. What makes a Perfect Lodge of Masters?
A. Three.
Q. How came you to be pass'd Master?
A. By the Help of God, the Square and my own Industry.
Q. How was you pass'd Master?
A. From the Square to the Compass.
Ex. An Enter'd 'Prentice I presume you have been.
R. Jachin and Boaz I have seen; A Master Mason I was made most rare, With Diamond, Ashler and the Square.
Ex. If a Master Mason you would be, You must rightly understand the Rule of Three. And *M.B. shall make you free: *Machbenah And what you want in Masonry, Shall in this Lodge be shewn to thee.
R. Good Masonry I understand; The Keys of all Lodges are all at my Command.
Ex. You're an heroick Fellow; from whence came you?
R. From the East.
Ex. Where are you going?
R. To the West.
Ex. What are you a going to do there?
R. To seek for that which was lost and is now found.
Ex. What was that which was lost and is now found?
R. The Master-Mason' Word.
Ex. How was it lost?
R. By Three Great Knocks, or the Death of our Master Hiram.
Ex. How came he by his Death?
R. In the Building of Solomon's Temple he was Master-Mason, and at high 12 at Noon, when the Men was gone to refresh themselves, as was his usual Custom, he came to survey the Works, and when he was enter'd into the Temple, there were Three Ruffians, suppos'd to be Three Fellow-Crafts, planted themselves at the Three Entrances of the Temple, and when he came out, one demanded the Master's Word of him, and he reply'd he did not receive it in such a manner, but Time and a little Patience would bring him to it: He, not satisfied with that Answer, gave him a Blow, which made him reel; he went to the other Gate, where being accosted in the same manner and making the same Reply, he received a greater Blow, and at the third his Quietus.
Ex. What did the Ruffians kill him with?
R. A Setting Maul, Setting Tool and Setting Beadle.
Ex. How did they dispose of him?
R. Carried him out at the West Door of the Temple, and hid him under some Rubbish till High 12 again.
Ex. What time was that?
R. High 12 at Night, whilst the Men were at Rest.
Ex. How did they dispose of him afterwards? R. They carried him up to the Brow of the Hill, where they made a decent Grave and Buried him.
Ex. When was he miss'd?
R. The same Day.
Ex. When was he found?
R. Fifteen Days afterwards.
Ex. Who found him? R. Fifteen Loving Brothers, by Order of King Solomon, went out of the West Door of the Temple, and divided themselves from Right to Left within Call of each other; and they agreed that if they did not find the Word in him or about him, the first Word should be the Master's Word; one of the Brothers being more weary than the rest, sat down to rest himself, and taking hold of a Shrub, which came easily up, and perceiving the Ground to have been broken, he Hail'd his Brethren, and pursuing their Search found him decently buried in a handsome Grave 6 Foot East, 6 West, and 6 Foot perpendicular, and his Covering was green Moss and Turf, which surprised them; whereupon they replied, Muscus Domus Dei Gratia, which, according to Masonry, is, Thanks be to God, our Master has got a Mossy House: So they cover'd him closely, and as farther Ornament placed a Sprig of Cassia at the Head of his Grave, and went and acquainted King Solomon.
Ex. What did King Solomon say to all this?
R. He order'd him to be taken up and decently buried, and that 15 Fellow-Crafts with white Gloves and Aprons should attend his Funeral [which ought amongst Masons to be perform'd to this Day.]
Ex. How was Hiram rais'd?
R. As all other Masons are, when they receive the Master's Word.
Ex. How is that?
R. By the Five Points of Fellowship.
Ex. What are they?
R. Hand to Hand, Foot to Foot, Cheek to Cheek, Knee to Knee, and Hand in Back.
N.B. When Hiram was taken up, they took him by the Fore-fingers, and her Skin came off, which is called the Slip; the spreading the Right Hand and placing the middle Finger to the Wrist, clasping the Fore-finger and the Fourth to the Sides of the Wrist; is called the Gripe, and the Sign is placing the Thumb of the Right Hand to the Left Breast, extending the Fingers.
Ex. What's a Master-Mason nam'd.
R. Cassia is my Name, and from a Just and Perfect Lodge I came.
Ex. Where was Hiram inter'd?
R. In the Sanctum Sanctorum.
Ex. How was he brought in?
R. At the West-Door of the Temple.
Q. What are the Master-Jewels?
A. The Porch, Dormer, and Square Pavement.
Q. Explain them.
A. The Porch the Entring into the Sanctum Sanctorum, the Dormer the Windows of Lights within, the Square Pavement the Ground Flooring.
Ex. Give me the Master's Word.
R. Whisper him in the Ear, and supported by the Five Points of Fellowship beforementioned, says Machbenah, which signifies The Builder is smitten.
N.B. If any Working Masons are at Work, and you have a desire to distinguish Accepted Masons from the rest, take a Piece of Stone, and ask him what it smells of, he immediately replies, neither Brass, Iron, nor Steel, but of a Mason; then by asking him, how old he is, he replies above Seven, which denotes he has pass'd Master.
The End of the Master's Part.

THE AUTHOR'S VINDICATION OF HIMSELF FROM THE PREJUDICED PART OF MANKIND.

Of all the Imposition that have appear'd amongst Mankind, none are so ridiculous as the Mystery of Masonry, which has amus'd the World, and caused various Constructions and these Pretences of Secrecy, invalid, has (tho' not perfectly) been revealed, and the grand Article, viz. the Obligation, has several Times been printed in the publick Papers, but is entirely genuine in the Daily Journal of Saturday, Aug. 22. 1730. which agrees in its Veracity with that deliver'd in this Pamphlet; and consequently when the Obligation of Secrecy is abrogated, the aforesaid Secret becomes of no Effect, and must be quite extinct; for some Operative Masons (but according to the polite Way of Expression, Accepted Masons) made a Visitation from the first and oldest constituted Lodge (according to the Lodge Book in London) to a noted Lodge in this City, and was denied Admittance, because their old Lodge was removed to another House, which, tho' contradictory to this great Mystery, requires another Constitution, at no less Expence than two Guineas with an elegant Entertainment, under the Denomination of being put to charitable Uses, which is justly applied, will give great Enconiums to so worthy an Undertaking, but it is very much doubted, and most reasonable to think it will be expended towards the forming another System of Masonry, the old Farbick being so ruinous, that, unless repair'd by some occult Mystery, will soon be annihilated.I was induced to publish this mighty Secret for the publick Good, at the Request of several Masons, and it will, I hope, give entire Satisfaction, and have its desired Effect in preventing so many credulous Persons being drawn into so pernicious a Society.
FINIS.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 07 décembre 2006 00:41
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:33

L'origine et la déclaration mistérieuse (Traduction fraçaise de Masonry Dissected) -1743. Présenté par Dominique S.

L'origine et la déclaration mistérieuse (Traduction fraçaise de Masonry Dissected) -1743. Présenté par Dominique S.
L'Origine des Francs-Maçons

L'institution originelle de la société des Francs-Maçons, est fondée sur les Arts & les Sciences principalement sur la Géométrie.
Il est constant que l'art d'Architecture & la belle science d'édifier, a pris son commencement en l'élévation de cet étonnant & monstrueux batiment de la Tour de Babilone. C'est d'où le celebre mathématicien Euclide a tiré ses leçons, lesquelles se sont communiquées à Hiram chef des ouvriers employés à la construction du temple de Salomon.
Mannon grec de nation, a puisé dans cette source & après s'être rendu celebre en sa profession, s'étant perfectionné dans les Mathématiques, il a enseigné l'architecture à Charle Martel qui fut ensuite Roi de France. C'est le Roi d'Angleterre Ethelstone qui fut le premier en ce Royaume instruit de l'Architecture & qui fit tant de cas de Mathématiques, qu'il ordona une assemblée annuelle à Yorck pour y recevoir les nouveaux Maçons avec beaucoup de ceremonies, ce qui se pratiqua de la maniere suivante.
Un des anciens tenant le livre, sur lequel les nouveaux Maçons mettoient la main pendant que le maitre faisoit la lecture des statuts, en conformité desquels ils s'obligoient d'être fideles à leurs Confreres sans exception, & secourables dans les occurrences selon l'exigence des cas : d'ailleurs, cet engagement les soûmettoit de procurer de l'ouvrage aux ouvriers & de les recompenser.
Dans cet siécles reculez, la société des Maçons ne consistoit qu'en Architectes & Mathématiciens, & leur reception effective exigoit un examen circonspect. Cette exactitude par rapport aux Sciences est changée de nos jours en ignorance ; en récompense les noms de Franc-Maçon & de Maçon accepté, n'ont été connus que depuis peu de tems.
Avant l'établissement des Chambres des Sociétés réglées il n'y avoit pas des rapport ordonnés, à faire, comme il se pratique à l'heure qu'il est, de trois en trois mois, cette coûtume ayant été introduite depuis l'an 1691.
C'est en cette année 1691. que la Société s'est formée de toutes les especes de conditions, la Noblesse & les gens de Qualité, les Ducs & les Comtes, n'ont pas dedaigné de s'associer, des Jurisconsultes, des Marchands, des Boutiquiers, faisant entrer dans cet Ordre jusqu'au peuple, des Artisans, même des Chartiers, admettant tous à ce mystere sans exclusion de personne, en les distingant en trois classes, on n'oublioit d'y reçevoir des Medecins pour avoir soin de la santé des Freres.
L'Incorporation de la première Classe se fait à grand frais, la dépense de la seconde Classe n'est pas fort importante, & une Couronne suffit pour la troisiéme Classe. Dans chaque Classe on distribuë la marque d'honneur d'Adam, ainsi qualifié afin de s'arroger un tître plus ancien que ceux des Ordres de Chevalerie de l'Etoile & de la Jaretiére.
Les Maçons effectifs, ont êté formés du nombre des Maçons acceptés : de ceux deux especes sont sortis les Gormogons dont Volgi êtoit Grand-Maitre, qui a conté son origine des Chinois, les écrits de cet ancien Volgi, authorisent l'opinion des Préadamites qui font entendre ceux, qui ont prècedés les autres ; savoir la famille de Stuarts & des Jacobites, & les Adamites font sous entendre les personnes du gouvernement depuis la révolution de l'an 1688. & sont là en estime chez la plupart des Confrères.
La société la plus publique & la plus frequentée, est celle du grand Scalheber c'est une compagnie choisie de personnes qui aiment la conversation, leur entretien roule sur le commerce & sur d'autres matieres interessantes, sans se contraindre : leur but êtant d'étendre leur amitié jusqu'à un point sans bornes. Le cas arrivant, qu'un nouveau Frere après sa Reception & connaissance des mysteress de la société, s'en dégoute, soit à cause des frais qu'on renouvelle de trois en trois mois, soit pour les raports reglés & à faire dans un terme pareil, ou d'autre mal-satisfaction, & qu'il vient de s'en détacher ; en ce rencontre l'on ne doit jamais avoüer, qu'il ait eu connoissance des mysteres comme Frere incrusté, quoiqu'il ait été legitiment incorporé dans une Chambre érigée de la société.

Detail de ce qui s'exige pour la Reception
d'un Aprentif parmi les Francs-Maçons,
par Demandes & Reponses


-D'où venez Vous ?
Du College ou Société de saint Jean.
-Qu'est-ce que l'on Vous a commandé ?
Les bien-Nobles Confreres & Co-Membres du College de saint Jean m'ont ordonné de vous saluer cordialement trois fois.
-Que voulez vous faire ici ?
Je ne pretend pas suivre ma propre volonté, mais plutôt contraindre mes desirs, en observant les Préceptes des Maçons & de faire journellement des progrès en cette profession.
-Etes Vous Maçons ?
L'on me tient pour tel, êtant reçû par les Freres & Membres.
-Comment peut-on être assuré que vous êtes Maçon ?
Par des signes & par des preuves complettes touchant les observations principales de mon entrée.
-Qu'est ce que c'est des signes ?
Tous les angles quarrez & recti-angles.
-Quelles sont les preuves ?
Des certains jeux de mains fraternels ordonnés.
-Eclaircissez moi les points principaux de vôtre entrée ?
En me donnant de la lumiere touchant le premier chef, je vous éclairerai concernant le second.
-Ne les publierai Vous point ?
Je les cacherai toûjours.
-Qu'est-ce que vous cacherez ?
Toutes les choses secretes & mysterieuses des Maçons, si ce n'est envers un bon & legitime Frere, après avoir duëment interogé, & accepté dans un bien-noble College reglé par les Freres & Membres.
-Où est-ce qu'on vous a fait Maçon ?
Dans un College complet & reglé .
-en quoi consiste un College complet & reglé ?
Il faut sept personnes ou davantage.
-Quelles sont telles ?
Un Maître, deux Inspecteurs, deux Ouvriers, & deux Aprentifs acceptez.
-Combien faut-il pour un petit College ?
Cinq Personnes.
Quels sont ces cinq ?
Ce sont un Maitre, deux Inspecteurs, un Ouvrier, & un Aprentif accepté.
-Qui est-ce, qui vous introduit dans ce College ?
Un Aprentif accepté.
-De quelles circonstances vôtre introduction fut-elle accompagnée ?
Cette entrée se fit ni nud, ni habillé, ni chauffé, ni nud pied, sans aucun métal, dans une figure ambulante & non surnaturelle.
-De quelle maniere avez vous eu accés ?
En frappant fortement trois fois.
-Qui est-ce qui vous a reçu ?
Un jeune Inspecteur.
Comment vous a t'il placé ?
Il me conduisit du côté du Nord-Est du College, & de là en retournant vers le côté Oüest ; enfin, il me presenta à l'ancien Inspecteur.
-Que fit l'ancien Inspecteur à vôtre égard ?
Il me proposa & m'enseigna, qu'en avançant trois pas, je m'approcherois du Maître du College.
-Que fit le Maître du College à vôtre sujet ?
Il me fit Maçon.
-Avec quelles ceremonies cela se faisoit-il ?
J'entrai en Office en faisant le serment de Maçon. Voicy le posture, où je me tenois, couché sur les genoux, le corps dans un quarré touchant par la circonference la poitrine gauche nuë, & mettant la main nuë sur la Bible.
-Avez vous retenu l'engagement de votre profession ?
Je ferai de mon mieux, pour en expliquer le contenu.
Je proteste & jure en preference du tout-puissant DIEU, devant cette bien-noble Assemblée, que je tairai & cacherai iles Secrets mysterieux des Maçons, ou de la Societé des Maçons, dont on voudra me faire la communication; jamais je ne les découvrirai, si ce n'est à quelque veritable & legitime Frere & Membre : De plus, je promets & assure que je ne les publirai point d'une façon non permise, ni par la voye de l'écriture, ni par celle de l'Impression, ni par le dessin, ni par sculpture, tant en bois qu'en pierre, en imitant quelque caractere intelligible ou alphabet reconnoissable. Le tout sous le chatiment restrictoire, Que la Langue me soit tirée de la bouche, & le C½ur de la poitrine gauche que la Tête me soit coupée & toutes ces piéces jettées dans la mer, où pendant les vingt quatre heures il y a deux fois flux & reflux, un peu éloigné du Rivage pour y être enterrées & enfoncées sous le sable de la mer, à la façon des mariniers, le Corps reduit en cendres, qui seront jettées au vent afin de ne plus conserver aucun souvenir d'un traiter de Maçon.
-De quelle forme est la Chambre du College ?
C'est un quarré long.
-De quelle longueur est elle ?
D'est en Oüest
-De quelle largeur ?
Du Nord au sud.
-De quelle hauteur ?
Des pouces, des pieds, des coudées innombrables, aussi haut que le ciel. (chaque coudée, fait deux pied de Paris)
-De quelle profondeur ?
Jusques au centre de la terre.
-En quel endroit est placée cette chambre ?
Sur un fond sacré, soit sur la montagne la plus haute, ou dans un valon le plus profond ou dans quelque autre lieu caché.
-Quelle est sa situation ?
Tout en Est & Oüest.
-Pourquoi cette assiétte ?
Pour imiter les Eglises & les Chapelles.
-Quels sont les fondements de cette Chambre ?
Trois grands Piliers.
-Quels Piliers donc ?
Ces trois colomnes ou Piliers sont la Sagesse, le Force, & la Beauté.
-Quelle est la raison ?
La Sagesse pour l'ordonnance, la Force pour soûtenir, & la Beauté pour l'ornement.
-Quel en est le plat-fond ?
C'est un Ciel de Nuées embelies de toute sorte Couleurs.
-Y a-t'il des meubles ?
Vraiment.
-Quels sont ces ajustements ?
Des ouvrages à la mosaïque, une Cométe & une piéce garnie d'or.
-A quel usage sont employés ces effets ?
Le pavé de la Chambre est orné d'ouvrages à la Mosaïque, la Comète se trouve au centre, & tout le tour de la Chambre est tapissé d'un brocard d'or.
-Y a t'il d'autres Ornements ?
La Bible, un Compas, & un Quarré.
-Qui est le Proprietaire de ces piéces ?
La Bible appartient à DIEU, le Compas au Maître, & le Quarré est destiné pour l'Ouvrier.
-Y a-t'il encore d'autres choses précieuses ?
Oui, il y a encore autre chose.
-Qu'est-ce qu'il y a donc ?
Il y a encore six Pièces, trois à toucher & trois non à toucher.
-Quelles sont les Pièces à toucher ?
Une Regle pour tirer des lignes parfaites & droites, le plomb pour examiner la droiture des murailles horisontalement & le cordon pour mesurer le fond perpendiculairement.
-Quelles sont les trois autres ?
Une planche, une pierre-brute, & un marteau pointu.
-A quel usage sont destinez ces materiaux ?
La planche sert au Maître pour dessiner des plans, la pierre vient à propos à l'ouvrier pour aiguiser ses Instruments, le Marteau pointu est utile à un Aprentif accepté.
-Cette Chambre ne manque-t'elle pas de luimere y fait-t'il clair ?
Il y a trois clartés.
-Quels sont ces trois clartés ?
Le Solei, la Lune & le Maitre Maçon du College.
-Il faut expliquer cela davantage.
Le soleil le jour, la Lune la nuit, & le Maître pour gouverner son College.
-Se trouve-t'il des clartés immobiles dans cette chambre du College ? Oüi
-Combien en y a t'il ?
l'On y voit trois.
-Comment sont elles rangées ?
En Est, en Sud & en Oüest.
-De quelle utilité sont elles ?
Pour éclairer les Ouvriers tant durant le travail que pendant leur répos.
-Pour quelle raison n'en a t'il pas au Nord ?
Parce qu'il n'y a pas de rayons du Soleil de ce côté-là.
-Quelle place occupe vôtre Maître au College ?
Il se tient en Est.
-Pour quelle raison ?
Comme le Soleil se leve en Est précedé par l'Aurore, ainsi se place le Maître en Est, applicant sa main droite sur la poitrine gauche, ayant un Angle rentrant au cou, ce qui a sa signification, c'est pour ouvrir le College & distribuer la man½uvre aux Ouvriers.
-Où sont placés vos Inspecteurs ?
Ils sont debouts en Oüest.
-Quelle est leur occupation ?
Comme le soleil se couche en Oüest pour finir le Jour, ainsi les Inspecteurs ce rangent de ce côté-là attachant leurs Mains droites sur leurs Poitrines gauches, ayant au cou le Plomb d'Espagne & la ficelle pour mesurer ce qui a sa signification, afin de fermer le College après avoir dechargé & payé tous les Travailleurs,
-Où est que se tient l'Aprentif reçu ?
Au sud.
-Que fait-il ?
Il fait attention à tout, dont on veut l'instruire, il fait aussi les honneurs de la Salle, en reçevant & complimentant les nouveaux Freres.
-Où est posté l'Aprentif accepté le plus recemment ?
L'on lui a assigné le Nord.
-De quoy prend il soin ?
Il veille à écarter les étrangers & les curieux.
-Quel est la punition d'un étranger q'uon attrape ?
On le place sous une goutiere durant une forte pluye afin que les eaux le penetrent depuis la tête jusques aux pieds & que ses souliers en soyent remplis.
-Quels sont les Mysteres des Maçons ?
Des signes, des Preuves & beaucoup de Verbiages.
-Où gardez-vous ces Mysteress ?
Dans ma Poitrine gauche.
-Avez-vous la Clef (laquelle est la Langue) de ces mysteres ? Sans doute.
-En quel lieu est elle mise en garde ?
Dans une boëtte d'os (qui sont les dents) laquelle ne s'ouvre & ne se ferme qu'avec une clef d'yvoire.
-Est elle penduë ou couchée ?
Elle est penduë.
-A quoy est elle attachée ?
A une courroye de six pouces (courroye est l'attache de la Langue) ou à une bouclé, laquelle est la Gorge ou les Levres.
-De quel metal ou mineral est-elle ?
Ni de l'un, ni de l'autre, c'est une Langue apologetique laquelle parle mieux à la loüage d'un Frere absent qu'en sa presence.
-Combien y a-t'il d'Elements fondamenteaux pour les Maçons ?
Il y en a quatre.
-Comment les nomme t'on ?
Le Point, la Ligne, la surface, & un Corps-Compact.
-Expliquez cela ?
Le Point ou le Point central empêche toute erreur du Maître ne faisant la circonférence, la Ligne est une Longueur sans largeur, la Surface est une Longueur avec une largeur, un Corps-Compact entoure le tout.
-Combien y a-t'il de signes capitaux ?
J'en connoiss quatre. Quels sont il ? Ceux qui concernent la gorge, la Poitrine les mains, & les pieds. Cela demande quelque explication. Le Gosier puisqu'il aide à la prononciation, la Poitrine regarde l'interieur, la Main sert à toucher les mains & autres choses, le Pied par raport au marcher.
-Que vous faut-il aprendre pour devenir Celebre Maître Maçon ?
Le silence, la modestie & un bon entretien.
-Qu'aprenez vous pour devenir un Maçon Ouvrier ?
J'aprens à colorer, à faire un quarré, à polir des pierres inégales, à égaliser la surface, & à tirer une muraille en droiture.
-Avez vous veu aujourd'hui le maître de vôtre College ,
Je l'ai veu.
-Quel habillement porte t'il ?
Un habit jaune (qui signifie le Compas de cuivre) & des bas Bleus (qui sont les pointes d'acier du Compas.
-Combien avez vous servi auprès du maître du College ?
Depuis le matin du Lundi, jusques au soir du samedi.
-Comment avez vous servi ?
Avec de la chaux, des charbons de bois, & une pelle de terre.
-Quelle signification a cela ?
La Liberté, le serieux, & le Zele.
-Dites-moi le signe d'un Aprentif accepté.
Le signe & la preuve, en est, d'étendre les quatres doigts de la main droite en frottant doucement la Gorge. Autre preuve, le gros du pouce droit, s'applique sur le premier membre du premier doigt du Frere, qui exige le mot de guet.
-Donnez-moy le mot de guet ?
BOAZ, ou le mot de BOAIEs.
-Donnez-moy encore un autre mot.
JOACHIM, ou le mot JAKHIN.
-Quel âge avez vous ?
Moins de sept ans.
-Pourquoi fait-il jour ?
Afin que l'on puisse voir.
Pourquoy fait-il unit ?
C'est pour entendre pendant son silence.
-Quel vent fait-il ?
Tout Est & Oüest.
-Quel heure est-il ?
Il est midi ou minuit.


Reception & qualités necessaires d'un Frere
Ouvrier, Sujet à l'Examen.


-Etes vous Frere-Ouvrier ?
C'est ce que je suis.
-Pourquoi vous a-t'on fait Frere-Ouvrier ?
A cause de la lettre G.
-Que signifie ce G ?
C'est la Geometrie ou la cinquiéme science.
-Avez-vous voyagé ?
J'ai fait voyage en Orient & en Occident.
N'avez-vous jamais maçonné ?
J'ai maçonné à l'édification du Temple.
-Où est-ce qu'on vous a payé ?
Dans la Chambre interieure.
-Comment avez-vous eu entrée dans la Chambre ?
En passant au travers d'une anti-Chambre.
-Au passage de l'Anti-Chambre qu'y avez-vous remarqué ?
J'y ai veu deux grandes Colomnes.
-Comment les appele t'on ?
J. & B. qui signifie JOACHIM, & BOAZ.
-De quelles hauteur sont elles ?
De dix-huit coudées.
-De combien est leur circonference ?
De douze coudées.
-Quels ornements y a-t'il ?
Il y a deux Chapitaux.
-De quoy sont ils composes ?
Ils sont composés de rets & de pomes de Grenade.
-Par quel chemin avez-vous penetré jusqu'à la Chambre interieur ?
J'y ai monté par un escalier derobé fait en escargot.
-Combien de dégrez a cet escalier ?
Il y a sept ou davantage.
-Pourquoy le nombre sept ou davantage ?
Puisque sept ou plus, compose un College complet.
-En entrant par la porte de la Chambre interieure qu'y avez-vous remarqué ?
D'abord un Inspecteur se presenta à ma vuë.
-Vous a-t-il questioné ?
Il me fit trois demandes.
-Quelles étoient ces demandes ?
Il me demanda un signe, une preuve, & le mot de guet.
-De quelle hauteur est la porte de la Chambre interieure ?
Elle est aussi haute qu'aucun étranger ne sauroit y arriver avec la main pour y ficher un éclat de bois.
-Etant entré dans la chambre, qu'est-ce qui a frappé le plus vôtre vûë ?
J'y vis quelque chose ressemblant à un D....
-Que signifie ce D...?
Il represente une chose plus grande que vous.
-Qui est donc plus grand que moi ? qui suis Franc-Maçon accepté & Maître de la société.
Le grand prudent Architecte du rond du monde ou celui qui fut mené sur le haut du Temple.
-sauriez vous repeter la leçon de la lettre D...
Je tacherai de reussir : au mileu du Temple de salomon un D... cette lettre se voit & se reconnoit parfaitement, cependant la signification n'en est connuë que de peu de monde.
-Mon Ami parce que vous prétendez apartenir à cette société, rien ne doit vous empecher de m'expliquer la signification de ce D...
C'est par les sciences que plusieurs especes de corps ont reçu des lumieres, dont nous avons l'inspection. Je ne decouvrirai toutefois mes pensées, qu'aux hommes.
-Vous en ferez donc part à des hommes sinceres ?
-s'ils meritent cette avantage.
-Je suis sinceres, aussi bien que digne de l'honneur de vous rendre respectable, & je vous ordonne de me faire entendre à l'instant par des paroles & par des signes, si vous me comprenez tant que je vous comprens ?
Ce D... renferme mysterieusement le mot de Guet & la cinquiéme science, ou Geometrie avec un art convenable & une prononciation non affectée.
-Mon ami vôtre reponse est juste & je changerai le mot d'ami en celui de Frere, si vous me découvrez les francs fondements comme il faut.
Les sciences sont mysterieusement composées par un Architecture admirable ressemblant à un anagramme ; un point, une ligne & un coin externe : cependant un corps compact fait la derniere.
-Je me felicite de l'heureuse rencontre en Vous salüant amicalement. Et tous les Bien-Nobles Freres & Co-Membres d'où je suis venu.
Ils vous salüent, salüent salüent triplement de c½ur, en vous priant de m'aprendre vôtre Nom.
Je suis un tel... Soyez le bien venu Frere par la Grace de...


Reception & Qualités Requises
d'un Maître par l'examen.


-Etes-vous un Maître Maçon ?
Je le suis, éprouvez-moi, interrogez-moi, & si vous le trouvez bon, rejettez-moi.
-Où étoit vôtre Maître precedent ?
Dans une société de Maître complette.
-Combien faut-il pour une societé de maître complette ?
Elle est composée de trois Maîtres.
-Par quel moyen êtes vous parvenu à la Maîtrise ?
Par le secours de DIEU, par le quarré & par ma diligence.
-De quelle façon vous a-t'on déclaré Maître ?
A l'aide du Quarré & du Compas.
-Je pense que vous avez été auparavant Aprentif reçu.
J'ai vu Joachim & Boaz, j'ai été fait Maître avec un Diamant, une pierre inégale & un Quarré, ce qui ne se pratique pas souvent.
-En vrai Maître Maçon vous savez donc parfaitement la regle de trois, & M. B. ? c'est Mach-Benah qui vous rendra franc, & s'il vous manque quelque chose en l'art de Maçonnerie, on vous l'apprendra dans ce College ou Societé.
J'entens ce métier sans exception, je connois les clefs de tous les Colleges.
-Vous êtes un Garçon heroïque, d'où venez-vous ?
Je viens d'Orient.
-Ou allez-vous ?
Je vais en Occident.
-Qu'allez-vous faire là ?
J'y chercherai ce qui a été perdu & enfin retrouvé.
-Qu'est donc cette chose perduë & retrouvée ?
Le mot de Maître Maçon.
-Par quelle occasion a-t'il été perdu ?
Par trois coups furieux ou par la mort de nôtre grand Maître Hiram.
-Comment est-il peri ?
Chargé de l'érection du Temple de salomon en qualité de Maître Maçon, en faisant selon sa coûtu la visite des ouvrages à midi, les travailleurs s'étant absentés pour dîner, entré, au Temple trois scelerats qu'on suppose des Freres Ouvriers, se posterent aux trois portes du Temple, en voulant sortir, il fut arrêté & on lui demanda le Mot d'un Maître, s'excusant qu'il ne l'avoit pas reçu d'une pareille façon, recommandant la patience & que dans peu cela se trouveroit : sa reponse ne satisfaisant point l'Interrogateur, il lui donna un grand coup, dont il chancela. Il croyoit de passer par la seconde porte, mais il y fut regalé de même d'un coup effroyable, après avoir fait une semblable replique, enfin à la troisiéme porte, où il se presenta, il fut frappé si durement qu'il mourut.
-Qu'emploioïent ces assassins pour le tuër ?
Des coups meurtriers, des instruments durs ; & des santinelles puissantes.
-Comment en userent-ils ensuite ?
Ils sortirent le corps mort du Temple par la porte d'Occident & le cacherent sous un monceau de pierre jusqu'a minuit.
-En quel tems ce Crime se fit-il ?
De nuit pendant que tous le monde reposoit.
-Que firent-ils encore ?
Ils le porterent sur une haute montagne & lui donnerent une sepulture commune.
-Quand est-ce que l'on s'apperçu de son absence ?
L'on ne s'en apperçut que le septiéme jour.
-Quand est-ce qu'il fut retrouvé ?
Ce fut quinze jours après.
-Qui est-ce qui l'a trouvé ?
Par order du Roi salomon quinze aimables Freres sortirent par la porte Occidentale du Temple & se rangerent à droite & à gauche en séloignant l'un de l'autre, à une distance convenable qu'ils pouvoient s'entendre. De plus ils étoient convenus qu'en cas le mot de Maître ne se trouva point auprès du corps, le hazard leur en fourniroit un autre. Un de ces Freres fatigué en montant la montagne s'assit, & tira avec facilité de la terre quelques branches & s'appercevant que le font y avoit été remué fraichement, il appella les autres Freres, en examinant, ils reconnurent que ce corps y avoit été enterré dans un fosse commune, six piéds vers l'Orient, six piéds vers l'Occident & autant en profondeur ; cette sepulture êtoit couverte de quelque terre legere & un peu de verdure. surpris d'étonnement ils s'éclaterent en criant grace à DIEU, nôtre Maître a eu une belle maison, ils refermerent la fosse en y attachant pour tout ornement une branche de Cassia ; puis ils en firent raport au Roi salomon.
-Que commanda ce Roi savant ?
Il ordonna de le déterrer & de faire son enterrement avec ceremonie, le corps étant accompagné par quinze Freres Ouvriers avec des gands blancs & de tabliers : ce qui devoit encore se pratiquer aujourd'hui parmi les Maçons.
-De quelle maniere Hiram fut-il élevé ?
De même que les autres Maçons quand ils l'obtienent.
-Comment cela se fait-il ?
Par les cinq points de la Confrairie.
-Quels sont ces points ?
1. Main contre main, 2. pied contre pied, 3 jouë contre jouë, 4. genou contre genou, 5. & puis la main au dos. A l'élévation de Hiram on le prit à l'extremité des doits, dont la peau se quitta, ce que l'on nomma le vernis, on apelle poigner le mouvement de la main droite, ou par son extention en pliant le doigt du milieu, & en étendant le premier doigt & le quatriéme, en le penchant vers les côtez du pli. Le signe c'est d'appliquer sur la poirine gauche le pouce droit, en étendant les autres doigts.
-Comment apelle-t-on un Maître Maçon ?
Je m'apelle Cassia & je sort d'un College reglé & complet.
-Où est-ce que l'on a enterré Hiram ?
Dans l'intérieur du Temple.
-Par quelle porte y a-t-il été porté ?
Par la porte du Couchant.
-Quels sont les bijoux d'un Maître !
Les Vestibule, les Fenêtres du toit & la planche quarrée.
-Expliqué moi cela?
-Le Vestibule signifie le Garçon dant l'interieur, les Fenêtres du toit denotent les ouvertures ou clartés interieures, la Planche quarrée designe le fond d'une planche. Rendez-moi la parole des Maîtres ?
-Il lui parla à l'oreille & disoit avec l'assistance de cinq de la Confrairie MachBenah c'est à dire un Maître Ovrier. Quand vous voyez des Maçons-Ouvriers à l'ouvrage & que vous souhaitez de distinguer un Maçon reçu des autres, prenez une piéce de brique & demandez leur quelle odeur si trouve, un Maçon reçu vous repondra sur le champs, qu'elle ne sent ni le cuivre, ni le fer, ni l'acier, mais qu'il porte uniquement l'odeur d'un Maçon. En l'interrogeant sur son âge, il repliquera j'ai passé les sept ans, ce qui est la marque d'un Maître.

Voila tous les Interogats, les Declarations & toutes les distinctions d'un Maître & ses Aprentifs.
Cette fameuse Confrairie possede quatre-vingt & onze Colleges, distribuées en differens endroits de la Grande Bretagne, où ils tiennent leurs Assemblées en des tems reglés. On vient de faire partir pour l'Amerique des Maîtres, afin de dresser quelques Colleges dans les Colonies Angloises. Depuis peu cet Order s'est étendu en France, Allemagne & en Italie, tout aussitôt que la Cour en a été instruite, on a pris des mesures pour en empêcher les progrès en défendant les Asemblées à Paris & ailleurs, quoiqu'il y avoit des grands Seigneurs incorporés en cette Société.
L'inquisition s'en est mêlée à Rome & à Florence, où l'on espere pourtant que cette nouveauté sera tollérée, parce que le Souverain dans son voyage en Angleterre, il n'y a pas long-tems, a bien voulu s'y faire inscrire.
Plusieurs Princes, Ducs, Marquis, Comtes, même des Souverains, ont bien voulu entrer en cet Ordre, l'on ne doit pas supposer, qu'ils ont été obligés à se soûmettre à toutes ces postures genantes, à tous ces Interrogats & explications ; vrai semblablement la Confrairie les a dispensé de toutes ces extravagances : il est probable, qu'on leur a caché, sinon en tout, du moins une partie de ces ceremonies, tant du serment que des autres Statuts & Coûtumes, étant de l'intérêt de la Compagnie, que non seulement le veritable but de l'intention demeure ignoré, mais aussi que des Personnes distinguées d'autres Pays que l hazard y fait entrer, ne s'apperçoivent pas du menu ; on a soin plûtot de les divertir de toute Reflexion en les régalant magnifiquement.
A considerer superficiellement & à l'exterieur apparant, le détail des questions & réponses d'un établissement, dont le bruit a rempli tout le monde, l'on peut juger sans temerité, qu'il y a la dessous caché quelque mistere impenetrable au plus grand nombre de Membres.
Ce qui regard le nom de Franc-Maçon, a une double signification, & est composé de deux mots. Par le mot Franc, l'on prétend denoter que la societé se pique d'une grande Liberté, d'une franchise en leurs manieres, d'une constance & fermeté inébranlable dans leurs desseins, prenant pour modele une muraille forte cimentée par la main d'une habile Maçon, pour qu'elle n'a rien à craindre de la violence du Vent.
Et le mot de Maçon, ne désigne autre chose, qu'un Ouvrier qui travaille avec ses instruments pour la construction d'une muraille de pierres ou de briques, employant un alliage de chaux & de pierres démelés avec de l'eau, pour lier ces pierres ou ces briques pour l'érection d'un Edifice, où il plusieurs Ouvriers, lesquels sont subordonnés à des Maîtres qui dependent d'un Architecte qui en a la direction : en peut de mots, un Franc-Maçon signifie un libre Ouvrier.
Voila donc la méthode étudiée pour leur façon d'agir, comme aussi les Interrogats & les Reparties, le Ceremoniel & les Explications, les Gestes des mains & les autres Actions semblant assez conformes à cette description ; nonobstant on assure qu'il n'y a rien contre le Roi, la Religion ni contre la Loi, cependant plusieurs circonstances de ce Mystere ne laissent pas d'être contredites, ce qui n'empêchera nullement d'y ajouter foi, étant certifiées par des personnes dignes de toute créance, comme aussi par samuel Pritchard déclaré juridiquement par serment le 13. d'Octobre 1730. devant moy
R. HOPKINS.



LA JUSTIFICATION DE L'AUTEUR
PAR LUI-MÊME VIS-A-VIS
DE LA PARTIE LÉSÉE DE L'HUMANITÉ


Traduction réalisée en 1930 par l'¼uvre de Editions Maçonniques
de la Loge
la Parfaite intelligence et l'Etoile Réunies (Orient de Liège).

De toutes les impostures que l'humanité a vues naître, aucune n'est aussi ridicule que le Mystère de la Maçonnerie, qui a amusé le monde et suscité des hypothèses variées. Ce prétendu mystère infirmé a été publié bien qu'imparfaitement et l'article essentiel, c'est-à-dire le serment a été plusieurs fois imprimé dans les journaux, mais il est entièrement authentique dans le Daily Journal du samedi 22 Aout 1730 et il concorde en véridicité avec celui qui est donné dans la présente brochure ; quand l'obligation au secret est abolie, le susdit secret devient inefficace et par conséquent il doit être complètement supprimé. C'est ainsi que quelques Maçons opératifs (Maçons acceptés, d'après l'expression de bon ton) venant de la première et de la plus ancienne Loge constituée (selon le Livre de la Loge à Londres) firent une visite à une Loge importante de cette ville. L'entrée leur fut refusée, parce que leur ancienne Loge avait été transférée dans un autre immeuble ; ce qui bien qu'en opposition avec ce grand mystère nécessite une autre constitution au prix d'au moins deux guinées, avec une réception élégante, prétendûment imputée à des buts charitables, ce qui, si c'était justement appliqué mériterait de grands éloges à une entreprise aussi digne. Mais on peut en douter. Et il est plus raisonnable de penser que cet argent est employé à constituer un autre système de Maçonnerie, le vieux bâtiment étant tellement en ruines, que à moins qu'il ne soit réparé par quelque mystère occulte il ne tardera pas à être réduit à néant.
J'ai été amené à publier ce grand secret pour le bien public, à la requête de divers Maçons et j'espère qu'il donnera entière satisfaction et qu'il aura l'effet désiré en empêchant tant de personnes crédules d'être attirées dans une société si pernicieuse.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]