Métaphysique et Ontologie du Pater (de Jean Duprat) résumé par Dominique S.

Métaphysique et Ontologie du Pater (de Jean Duprat) résumé par Dominique S.
Renaissance Traditionnelle N°16 - Octobre 1973. p 238–Tome IV

Pater hêmôn ho en toîs ouranoîs
hagisthêtô to onoma sou,
elthatô hê basileia sou,
genêthêtô to thelêma sou
hôs en ouranô kai epi gês.
To arton hêmôn ton epiosuion dos hêmîn sêmeron,
kai aphes hêmin ta opheilêmata hêmôn
hôs kai hêmeîs aphêkamen toîs opheiletais hêmôn
kai mê eisenenkês hêmâs eis peirasmon,
alla rhûsai hémâs apo toû ponêrou.

Pater noster, qui es in caelis,
sanctificetur nomen tuum,
adveniat regnum tuum,
fiat voluntas tua
sicut in caelo et in terra.
Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie,
et dimitte nobis debita nostrum
sicut et nos dimittimus debitoribus nostris,
et ne nos inducas in tetationem,
sed libera nos a malo.

Notre Père, qui es aux cieux,
Que soit sanctifié ton Nom,
que vienne ton Royaume,
que se produise ta Volonté
dans le ciel comme sur terre.
Donne-nous aujourd'hui nôtre pain suressentiel,
et décharge nous de nos dettes
comme nous aussi donnons décharge à nos débiteurs,
ne nous induis pas dans l'épreuve,
mais délivre-nous du mal.



Dans cet article, l'auteur Jean Duprat s'intéresse à un des passages les plus importants du Nouveau Testament : Le Pater, prière du Christ aux apôtres, qui permet aux chrétiens de différentes confessions de prier ensemble. La démonstration veut montrer que cette prière définit successivement une théogonie et une Cosmogonie . Il veut aussi montrer, qu'encore aujourd'hui, le Pater peut produire une action sur l'âme humaine pour la conduire à son Archétype.

LES SEPT DEMANDES DU PATER


On dénombre sept demandes dans le Pater, elle sont à l'impératif, ce qui enlève toute notion de temps présent, passé ou futur, et rajoute à l'intemporalité de cette prière.

Français / Latin / Grec

Sanctifier / sanctificetur / hagiasthêtô
Venir / adveniat / elthatô
Produire, faire / fiat / genêthêto
Donner / da / dos
Décharger / dimitte / aphes
Ne pas induire / ne...inducas / mê eisenenkês
Délivrer / libera / rhûsai

LES DEUX NIVEAUX DE SYMBOLIQUE DU SEPTENAIRE


Il faut donc s'interroger sur cette notion de septénaire et là on peut décrire deux niveaux du symbolisme du septénaire :

6 + 1

C'est l'intégration du sénaire dans l'unité, ici le 6 correspond par exemple aux 6 directions de l'espace, opposées 2 à 2 dans les 3 dimensions. On peut aussi comparer ce 6+1, au déroulement temporel hebdomadaire, avec 6 jours ordinaires et le sabbat, jour de nature différente, qui intègre les 6 premiers jours. On peut dire alors que" le centre intègre l'espace".

4+3

C'est le deuxième niveau de symbolisme du septénaire, on y retrouve les 7 demandes du pater que nous avons vu avec d'un côté 3 v½ux, concernant Dieu, ils sont à la deuxième personne du singulier (NDLR : en français moderne : ton nom, ton règne, ta volonté), et de l'autre côté 4 demandes concernant l'homme (NDLR : toujours en français moderne : notre pain quotidien, nos offenses, ne nous soumets pas, délivre nous).
Le 3+4 est ici en parfait accord avec la signification des nombres 3 et 4. 3 se rapporte moralement au ciel et 4 à la terre.

LE NOMBRE 3

Est lié au cercle, l'auteur rappelle que la division du cercle par 6 et donc par 3, est la plus aisée, et qu'elle est réalisable avec le seul compas. Le 3 est le premier nombre impair apparaissant dans l'unité, dans la succession des nombres.

LE NOMBRE 4

Lui, est interprété comme un carré, donc par modélisation spatiale, par un cube, dont la stabilité suggère la terre. Une autre expression de ce 4 est la croix, dont une variante est la croix de Saint André. Une croix "traditionnelle" présente une direction verticale privilégiée par rapport à l'horizontale. La croix de saint André elle, exclut qu'un aspect soit supérieur à l'autre. Ses 2 (ou 4 éléments) sont complémentaires et non additifs, symbolisant un plan déterminé d'existence. Si on situe cette dernière croix au niveau de la branche horizontale de la croix dressée, on obtient un volume, symbolisant la totalité du cosmos manifesté dans les 3 dimensions et les 6 directions vues précédemment.

On peut dire enfin que le Pater s'image donc aussi, dans le soufre alchimique et son symbole la croix surmontée d'un triangle, comme dans le schéma du Temple, le carré surmonté de la coupole.

Jean Duprat en profite pour un aparté dans laquelle il défini deux niveaux d'études du symbole terrestre et céleste. Et pour appuyer sa définition il va s'appuyer sur la Kabbale qui bien que très postérieure au Pater n'en est pas moins d'inspiration abrahamique et va définir :

LES QUATRE MONDES

- monde de l'émanation, état principiel de non manifestation
- monde de la création, celui de la manifestation informelle, celui des anges
- monde de la formation, des manifestations subtiles, du psychisme qui s'étend au-delà du psychisme humain
- monde de la fabrication, de l'action, de la manifestation grossière

NIVEAU D'APPLICATION DES TROIS PREMIERES DEMANDES DU PATER

Revenons donc aux niveaux d'applications dans le pater.


On note la double présence du ciel, une fois au pluriel (qui es aux cieux) : les cieux, séjour Divin et angélique, du Logos, de l'Absolu et de l'Essence et une fois au singulier (dans le ciel comme sur terre)

RESONNANCES DU MOT "PATER"

Le mot Pater est formé de la racine PA et du suffixe TR. On dit de la racine qu'elle évoque l'idée de manger, nourrir, de père nourricier (par opposition à un père géniteur). Il existe des notions latine de papare : manger en latin enfantin, ou pa-scere paître, mais aussi de parere : enfanter. L'auteur rapproche également le PA du PO de potês : maître de maison et possum : pouvoir. Et de conforter sa position en disant que celui qui a le pouvoir, peut engendrer, créer, et soutient l'être ainsi créé en le nourrissant.
Le Père est le Tout-puissant, le Sur-être.

(à suivre...)
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# Posté le dimanche 20 août 2006 07:14
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:35

LA METAMORPHOSE DES AIGLES - Reflet des conflits franco-allemand (1ère partie) par Joël J.

LA METAMORPHOSE DES AIGLES - Reflet des conflits franco-allemand (1ère partie) par Joël J.
Dans le numéro 13 de janvier 1973, de la revue Renaissance Traditionnelle, Pierre Chevalier rapporte, sous le titre « La maçonnerie française et la maçonnerie allemande en 1870-1871 », la demande de jugement maçonnique à l'encontre de Guillaume premier, Roi de Prusse, pour les exactions commises à l'encontre de la France. Cette action, portée par la Respectable Loge « Henry IV » du Grand Orient de France, à laquelle on devait déjà l'initiation « par procuration », en 1861, du Cheikh Abd El Kader, interpelle.

Les frasques rocambolesques des Frères de cette Loge ne semblent pas relever d'un mouvement isolé mais être plutôt le reflet d'une mutation importante de la franc-maçonnerie continentale au cours du XIXème siècle. Instauration de nouveaux rites, tels les rites égyptiens de Memphis et de Misraïm, mais aussi structuration importante du Rite Ecossais Ancien et Accepté importé des « Amériques », mais aussi de nouvelles structures et le souci de plus en plus affirmé des Gouvernants de contrôler l'Ordre. Cependant, on sait l'importance des choix sociologiques dans le recrutement des Loges et son influence sur l'évolution de la Franc-maçonnerie, reste à se demander comment certains choix sont accomplis.

Pour la France, cette transformation, opérée depuis le premier empire, culmina dans le contexte particulier de la chute de Napoléon III et la création d'une IIIème République, dont, pour citer Paul Naudon: « le libéralisme anticlérical se reflète de plus en plus dans l'évolution des loges, alors que l'Eglise au contraire se montre ouvertement conservatrice et monarchique. La confusion des valeurs est alors extrême. »

Ainsi, plus que de faire le résumé de l'article, il paraît important de donner ici un point de vue complémentaire sur les évolutions de la franc-maçonnerie continentale au c½ur du XIXème siècle.


I. L'Aigle des Montague dans l'ombre des Hanovre

« Pour une plus ample provision de la succession de la couronne dans la ligne protestante, Nous, les très obéissants et très fidèles sujets de Votre Majesté, les Lords spirituels et temporels et les Communes assemblés en ce présent Parlement, supplions V. M. qu'il soit établi et déclaré par S.M. le roi que la très excellente princesse Sophie, électrice et duchesse douairière de Hanovre, petite-fille de feu notre souverain seigneur le roi Jacques Ier, soit et est par celles-ci, déclarée être la plus prochaine à la succession dans la ligne protestante à la couronne d'Angleterre, après S.M. et la princesse Anne de Danemark, et à défaut respectivement de lignée de ladite princesse Anne et de S.M. [...]
Que toutes et chacune personne et personnes qui hériteront ou pourront héritier ladite couronne [...], qui auront communion avec le siège ou l'Eglise de Rome ou qui se marieront à des papistes, seront sujets aux incapacités déclarées par ledit Acte [...] Que quiconque viendra ci-après à la possession de cette couronne se conformera à la communion de l'Eglise anglicane, ainsi qu'elle est établie par les lois [...]
Que nulle personne qui a un office ou charge de profit sous le roi ou qui reçoit une pension de la couronne, ne sera capable de servir comme membre de la Chambre des communes [...]
Que les lois d'Angleterre sont les droits naturels du peuple d'icelle et que tous les rois et reines qui monteront sur le trône de ce royaume, doivent le gouverner conformément auxdites lois [...] »
Acte d'établissement (10 février 1701) règle la succession au trône d'Angleterre
Bill of Rights ( Pétition des Droits ) – Angleterre



La franc-maçonnerie européenne du XIXème siècle est l'héritière directe des conflits qui ont secoués l'Angleterre et l'Ecosse. Conflits portant sur les droits de succession tout autant que sur la tolérance aux pratiques religieuses, le soucis d'apaisement politique qui se traduit en 1723 par la formule « regrouper ce qui est épars » n'était, en fait, qu'une façade organisée par des pasteurs hanovriens favorables au pouvoir. En l'occurrence, il s'agissait de trouver le terme juste permettant de réconcilier les différentes formes de chrétienté tout en implantant un protestantisme véritable dans un pays rendu exsangue par les guerres civiles et qui, à la fin de la grande rébellion des puritains de 1716 devait retrouver une certaine forme d'unité nationale.

L'Angleterre, ou plutôt le Royaume Uni de 1723, est un pays gouverné par Georges Premier, né Ludwig Georg Zähringen de Hanovre, margrave de Baden-Baden, protestant et dont la descendance occupe encore le trône de nos jours. Il fut installé au pouvoir à la mort de la Reine Anne par le Parlement anglais contre l'avis du Parlement écossais. Par cette accession au trône, la famille de Hanovre, Capitale de Basse Saxe, affermissait le lien entre l'Angleterre et l'est Rhénan déjà établi un siècle plus tôt par le mariage d'Elisabeth, fille de Jacques Ier, avec l'électeur Palatin.

La Franc-maçonnerie de la Grande Loge de Londres de 1717, dirigée par John, Duc de Montagu et premier noble d'une longue liste de protecteurs de l'Ordre, présentait déjà une grande imprégnation de l'influence rosicrucienne rhénane. Dans l'ombre des Lions de Hanovre arrivés au pouvoir, elle est le refuge « sous protection » des scientifiques et philosophes de l'époque, à la fois discrète et très courue.

Le premier Aigle de l'Histoire qui nous occupe se met en place.

Cette maçonnerie libérale et protestante en vint progressivement à évoluer au fil du temps et des m½urs, mais aussi, sous les assaut du puritanisme des « ancients ».

Le club bien pensant, fréquenté activement par la nouvelle bourgeoisie et la noblesse de cour, variété nouvelle des « salons » du XVIIème siècle qui ouvrait volontiers ses colonnes à un recrutement « réformiste » se transforma progressivement en une structure impliquée dans son siècle et de plus en plus porteuse d'idées sociales et associatives.

La franc-maçonnerie française de la fin du XVIIIème siècle se présente néanmoins et sous bien des aspects, comme un reflet continental du conflit d'intérêt et de sauvegarde nobiliaire qui sévissait chez nos voisins britanniques. La maçonnerie du contient, encore « dépendante » de l'Angleterre, offre une image voilée de la lutte d'influence que se livraient les « ancients » et les « moderns ».

Toutefois, la maçonnerie continentale su mettre à profit son évolution sociologique, reflet en mouvement d'une société déchirée par son ouverture au monde et ses révolutions industrielles porteuses de chocs culturels importants. Cela ne représentait d'ailleurs pas une réelle nouveauté de ce côté-ci du « chanel »(1) dans la mesure où la franc-maçonnerie continentale s'est souvent montrée plus philosophique, devrais-je dire politique, que scientifique.


II. Un Ordre qui échappe à ses fondateurs... Les Aigles se déchirent.

Alors que le XVIIIème siècle, dont on peut sceller la fin des influences aux déchirements sans fin des royautés européennes avait porté le libéralisme économique, la tolérance religieuse, le concept d'Etat-nation et le parlementarisme comme modèles d'évolutions sociales. La seconde moitié du XIXème siècle est, pour l'Europe, une période de troubles, de révolutions et de crispations conservatrices. Tout cela dans un climat d'industrialisation forcenée qui règle définitivement l'effondrement des utopies progressistes avant d'en préparer la renaissance sous des formes plus « populaires » voire, « populistes ».

Aux sursauts autoritaires d'une Angleterre devenue Victorienne et pudibonde depuis 1840 répond la mollesses du Second Empire français et la montée irrévocable du pouvoir Prussien sur une Allemagne qui a découvert, avec l'invasion française du début du siècle, les vertus du nationalisme. Ainsi, la franc-maçonnerie, tant française que Prussienne, se présente de plus en plus comme le refuge d'une revendication d'indépendance face à un pouvoir régnant au main d'une seule famille ou de ses satellites. Victoria, la « Grand Mère de l'Europe », Reine d'Angleterre et impératrice des Indes est née en 1819 du prince Edward Auguste, duc de Kent et de Strathearn(2) et de Viktoria de Saxe-Cobourg-Saalfeld. Elle donna, en vingt et un ans de mariage, à son époux et cousin Albert de Saxe-Coburg-Gotha, pas moins de neufs enfants dont la descendance, héritière des trône d'Europe par les Hanovre, s'est alliée avec toutes les grandes maisons royales, exception faite toutefois de la France et de l'Autriche. Ses petits-enfants peuvent prétendre à dix trônes européens. De même, c'est à son oncle, fils cadet du Roi George III, frère d'Edward-Augustus, que revient la première Grande Maîtrise de la toute nouvelle Grande Loge Unie d'Angleterre. Sa succession par le Prince de Galles, Albert Edward, futur Roi Edward VII, ne laisse pas à penser qu'une séparation de l'Ordre d'avec le pouvoir royal soit au goût du jour. En fait, comme c'est le cas pour la Prusse, la Franc Maçonnerie britannique est entièrement sous protection royale.

Sur le plan économique, le XIXème siècle verra un important coup d'arrêt à l'expansion du libéralisme de la révolution industrielle. L'utopie « rousseauiste » cède devant le retour aux thèse de Thomas Hobbes pour qui « l'homme loup, pour l'homme » répond à sa nature par une restriction de sa liberté afin d'accéder à sa survie. La réflexion politique sur la nature de humaine et ses devoirs envers la société s'arrête aux murs de la monarchie, des empires coloniaux et surtout de la religion. On note le retour à un protectionnisme important arc-bouté sur les privilèges d'argent, accompagné de nationalisme et, bien sûr, d'ultramontanisme(3) .

Les monopoles et les cartels se multiplient en même temps que se développe un sous-prolétariat de masse dont le destin est écrasé par les rigueurs d'une morale extrémiste(4).

Les Grandes Familles insistent de plus en plus pour que les gouvernements conservateurs qu'elles soutiennent les protègent d'une trop forte concurrence étrangère par des lois avantageuses, des subventions et l'acquisition de nouveaux territoires. Largement cautionné par des théories pseudo scientifiques justifiant les « devoirs de la civilisation(5) » ou les nécessités de domination nées naturellement de l'évolution des espèces(6) , le colonialisme construit ses empires commerciaux sur la bonne conscience née des illusions caritatives envers les « sauvages ». La Franc-maçonnerie, restée très conformiste et porteuses des idées de la droite au pouvoir tant dans les provinces de France, qu'en Angleterre et en Prusse, offre, elle aussi, l'image d'un conservatisme « droitier » et religieux qui s'accorde mal avec la rupture, déjà ancienne, d'avec Rome. Cependant, les Loges, encore sous contrôle obédientiel du Pouvoir, porteront en elles quelques éléments de la révolution intellectuelle du temps. Ce monde tend sans doute vers de grandes mutations; mais il est aussi traversé de tensions et de contradictions politiques, morales ou spirituelles qui limitent l'influence maçonnique et n'assure pas, non plus, l'hégémonie des élites républicaines. En effet, autoritarisme des Grand-maîtres et de plusieurs Vénérables, tropisme locaux, luttes d'influence entre clans, contrôle des autorités politiques et administratives, méfiance extrême du clergé catholique, concourent à restreindre des initiatives qui voudraient secouer les vieux cadres. Des Victor Schoelcher, des Karl Marx ou des Proudhon sauront être les tenants de concepts selon lesquels la construction du Temple va de paire avec celle de ses parvis... Ils seront aussi les rhéteurs d'une évolution politique qui donnera naissance à la IIIème République, aux démocraties européennes et à la liberté de la presse.
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# Posté le vendredi 01 septembre 2006 12:02
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:35

LA METAMORPHOSE DES AIGLES - Reflet des conflits franco-allemand (2ème partie) par Joël J.

LA METAMORPHOSE DES AIGLES - Reflet des conflits franco-allemand (2ème partie) par Joël J.
III. La griffe de l'Aigle Habsbourg

C'est après la guerre franco-allemande de 1870 que le processus qui conduira inexorablement à la seconde guerre mondiale(7) se met définitivement en place au travers de toutes ces « crispations » idéologiques.

A partir de la seconde moitié du siècle, la Maçonnerie française va profondément modifier son recrutement. La structure légitimiste dont les membres appartenaient à la noblesse ou à la haute bourgeoisie du « siècle des Lumières » et qui accueillait parfois en son sein quelques intellectuels de petite noblesse ou de basse extraction va devenir le refuge d'une nouvelle classe. Une petite bourgeoisie, encore très proche des ouvriers et des paysans, composée essentiellement de petits patrons, de commerçants, de petits fonctionnaires, d'employés, de vignerons, d'instituteurs, de médecins de campagne, d'aubergistes va peu à peu y devenir majoritaire.

A une ou deux générations près, ces nouveau maçons que l'ancienne maçonnerie n'aurait jamais initié, ont encore leurs racines sociales dans les classes laborieuses. Ils ne sont pas acceptés par la haute bourgeoisie et ils en ont conscience à chaque instant de leur existence. Ainsi, loin des mythes, la maçonnerie continentale se révèle très complexe. Ni association harmonieuse, ni structure de conspiration permanente, ni même antichambre de la République, elle apparaît comme une institution en perpétuel mouvement. Cette franc-maçonnerie nouvelle heurte la conscience d'une fraternité issue de l'ancien régime dont les membres oublient souvent la « spéculation » au profit de la dévotion et restent volontiers sur une image de la Fraternité qui serait le complément naturel de l'Eglise. Cette ancienne maçonnerie, traînera, jusqu'au début du XIXème siècle, dans l'Europe entière une fraternité conditionnée par ses sélectivités linguistiques, politiques, religieuses, culturelles, sociales, voire ethniques. La « Maçonnerie de société » du XVIIIème siècle, avec ses loges de cour ( Hoflogen ) ou de châteaux ( Schloßlogen ), ses théâtres de société, ses bals, ses concerts amateurs, aimerait continuer à donner le ton au sein d'un « royaume européen des m½urs » où elle contribuerait à donner à la nouvelle « noblesse d'argent » les clefs d'un voile séparant espace domestique et espace public. Ce sont, en fait, les nouveaux maçons qui reformeront la fraternité dans le sens d'une plus grande ouverture, d'une plus grande diversité et d'une plus grande indépendance face au Pouvoir.

C'est dans ce contexte d'une mutation profonde de la franc-maçonnerie « continentale » que les liens entre le Grand Orient de France et la toute jeune Grande Loge Unie d'Angleterre, née de la « victoire » des « ancients » sur les « moderns », gardienne des traditions puritaines et orgueilleuses de l'ancien régime, image de l'empire britannique et de sa prédominance, y compris sur la « Maçonnerie Universelle », vont progressivement s'amenuiser pour enfin se rompre.


IV. Les francs-maçons de la IIIème République

Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1870, les Parisiens apprennent que Napoléon III a été fait prisonnier par les Prussiens à Sedan.

Dès l'annonce de la défaite, les députés renoncent à confier la régence à l'impératrice Eugénie, confinée au palais des Tuileries, et commencent à préparer la déchéance de Napoléon. Cette France qui le plébiscita sous la seconde République construisit sa succession dans la IIIème République...

Le corps législatif se réunit à 1 h du matin. La foule, qui a manifesté toute la nuit, envahit le Palais Bourbon. Il est 14h30 lorsque Gambetta et Jules Favre parviennent à entraîner les manifestants à l'Hôtel de Ville où siègent déjà les révolutionnaires, bien décidés à former un gouvernement. Mais la tentative est déjouée, Favre et Gambetta, font plébisciter la nomination du Général Trochu comme gouverneur de Paris et forment un gouvernement modéré de défense nationale.

Les ministres sont immédiatement nommés : Gambetta ( Intérieur ), Favre ( Affaires étrangères )... Etienne Arago est nommé maire de Paris, chargé de désigner les maires des arrondissements : Carnot dans le 8ème, Clemenceau dans le 18ème. La République est proclamée aux Tuileries.

A ce moment les Francs-maçons sont au pouvoir et la maçonnerie Française peut, en tout état de cause répondre à la maçonnerie Prussienne sinon par la noblesse affichée de ses membres, du moins par l'existence d'une « fraternité » commune puisque reconnue. Sur onze membres du gouvernement de défense nationale figurent neuf Maçons ou futurs Maçons : Gambetta, Adolphe Crémieux, Jules Ferry, Emmanuel Arago, Ernest Picard, Jules Favre, .Jules Simon, Garnier-Pagès et Eugène Pelletan.

Dès lors, même si la Révolution du 4 septembre 1870 reste un mouvement populaire spontané, la présence de ces hommes au sein du gouvernement va obliger le Grand Orient de France à franchir le pas qui sépare l'influence directe de la protection par le pouvoir en place. Cette petite bourgeoisie de plus en plus majoritaire au sein des Loges, avec tous ses défauts et grâce à ses qualités, a construit la France de la IIIème République. Elle devra aussi se positionner sur les orientations de l'unité nationale.

Les représentants des classes moyennes et des cadres cultivés dans la Franc-maçonnerie lui donneront précisément cet aspect voltairien qui sera accentué par les agressions du cléricalisme et de la droite politique, qui trouve alors au sein d'une Église qui a excommunié les francs-maçons depuis longtemps, un farouche défenseur des privilèges.

Mais, à la suite de la défaite de Sedan, l'armée prussienne s'enfonce de plus en plus sur le territoire. Certains maçons du Grand Orient ne purent pardonner les exactions faites par les troupes prussiennes alors même qu'elles étaient dirigées par les membres des plus hautes instances de la franc-maçonnerie de Berlin. Ils n'hésitèrent pas à lancer une « mise en accusation de Guillaume de Prusse ».

Pierre Chevalier nous rappelle, dans son article, les références de ce dossier au le fonds maçonnique des Archives Nationales. La mise en accusation est présentée ainsi : « Dès le 7 septembre 1870, la loge « Les Trinosophes de Bercy » fait une proposition en faveur de l'envoi d'une députation de tous les vénérables de Paris auprès du frère Guillaume pour faire appel à ses sentiments maçonniques en faveur des femmes, des vieillards, des enfants et des propriétés. » Le 10 septembre, une note confirme la précédente et précise que les troupes de Guillaume ont partout oublié les premières notions de l'humanité, principalement à Strasbourg et demande qu'elles soient respectées par l'armée prussienne.

On notera ici que ce sont exactement les mêmes reproches qui furent faits aux armées de Napoléon Premier par la Maçonnerie Prussienne, donc, par les parents des maçons incriminés, 60 années plus tôt.

Le 30 novembre, trois mois après Sedan, une circulaire émanant de la loge « Henri IV » ( du G.O.D.F ) demande la création d'un jury maçonnique pour mettre en accusation les frères Guillaume et Frédéric de Hohenzollern. Ils sont cités à comparaître sous l'accusation de parjure et de forfaiture. Ce que les Frères du G.O. présentent comme « La Franc-maçonnerie universelle » les cite à la barre du tribunal dans un délai de trois mois à partir de ce jour.

Cependant, s'en prendre au protecteur de la Franc-maçonnerie prussienne équivaut à se présenter en garant de l'Ordre maçonnique. La motion insiste : faute de se rendre à cette citation, Guillaume de Hohenzollern et son fils seront déclarés traîtres à leur serment, félons et hors la loi maçonnique. Ils seront condamnés aux peines prévues par la loi, ils seront maudis à tout jamais et leur mémoire sera livrée à l'exécration de la postérité.

Le 29 octobre, 15 000 à 20 000 maçons se pressaient dans l'enceinte de la rue de Grenelle et acceptèrent de procéder au jugement : 90 loges de Paris se firent inscrire avec enthousiasme. Le 1er novembre, suit un manifeste des loges contre le roi Guillaume et son fils sur l'initiative de la loge « Les Trinosophes de Bercy » (10 loges adhérentes) : « Le Prince Royal, Grand Maître de la Franc-maçonnerie prussienne, s'est intitulé Grand Protecteur de la Franc-maçonnerie universelle... Ce sont eux (avec son fils) qui ont fait bombarder et brûler Strasbourg, qui ont fait commettre les atrocités de Bazeilles et ont fait fusiller la population de ce village... Ces ambitieux ont trahi leurs serments, ils sont indignes et parjures : ils ont forfait à l'honneur. Nous les excluons à tout jamais et répudions toute solidarité avec ces monstres à figure d'homme qui ont trompé jusqu'à nos frères d'Allemagne ».

« Henry IV » revendique le droit des juges sur la maçonnerie européenne. Comme on peut l'imaginer, cette initiative quelque peu insensée de maçons du Grand Orient de France, n'engageait pas l'Obédience elle-même. Sans parler de réactions éventuelles des Frères du REAA, de la Grande Loge Nationale de France(8) créée depuis 1848. L'Aigle porteur de glaive vole au dessus de la mêlée...

Déroulement parfaitement logique dans la mesure où le Conseil de l'Ordre du GO avait cessé de se réunir depuis le mois d'Août. Tout cela eut néanmoins comme conséquence fâcheuse d'entraîner une rupture durable des relations entre les maçonnerie Prussienne et Française.
# Posté le samedi 02 septembre 2006 01:02
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:35

LA METAMORPHOSE DES AIGLES - Reflet des conflits franco-allemand (3ème partie) par Joël J.

LA METAMORPHOSE DES AIGLES - Reflet des conflits franco-allemand (3ème partie) par Joël J.
V. La sociabilité démocratique à l'épreuve du Nationalisme... vers l'unification allemande...

Il est intéressant de constater que, quelque 60 ans après la création de sociétés secrètes par les Loges militaires de Prusse afin de concentrer une revendication d'unification de l'Allemagne autour de la Prusse, les Loges du Grand Orient de France s'impliquent, elles aussi dans le combat nationaliste. Toutefois, contrairement à des groupes comme le « Tugenbund(9)» dont les membres avaient reçu des Grandes Loges Mères, l'autorisation de participer aux travaux de façon active et sans qu'il leur soit permis d'avouer une quelconque paternité directe, le Grand Orient de France ne va pas jusqu'à autoriser la création de telles sociétés secrètes et décline officiellement toute responsabilité dans l'action de ses Loges.

Reste a se demander si les mutations qui transformèrent le Grand Orient pouvaient trouver une place au c½ur d'une société germanique dotée de pouvoirs certes disparates mais néanmoins très absolus et rétrogrades, bref, dans un pays ou toute évolution semblait interdite ?

Un peu plus de deux siècles séparent les 350 états du Traité de Westphalie de 1648 et l'Allemagne unifiée par Bismarck en 1871 et, jusqu'au début du XIXème siècle, seule la Prusse pouvait espérer jouer un rôle fédérateur. Mais, sept années d'occupation française, entre 1806 et 1813 devaient révéler la sclérose, voire l'état de décomposition du pays dirigé par Frédéric-Guillaume III, monarque conservateur et indécis. Que s'était-il passé durant ce temps ? Simplement l'éveil d'une nation galvanisée par sa religion luthérienne, facteur de cohésion, par une langue qualifiée d'essence divine, facteur d'unité et, ironie, par les idées de la Révolution française.

En six années, des sociétés secrètes nées, pour la plupart, de la Franc-maçonnerie, appuyées par les loges militaires allaient transformer le pays.

Lorsqu'elles sentirent que la Prusse à nouveau frémissante et exaltée était prête, ces sociétés devaient la précipiter dans la guerre, contre la volonté du roi, au moyen d'une désertion spectaculaire de ses troupes qui lâchèrent au moment opportun les débris de la Grande Armée au retour de Russie. Le soulèvement de la Prusse devait alors embraser toute l'Allemagne, la soulever contre l'Ogre de Corse et hâter la fin de l'Empire napoléonien... une fin qui laissera sa trace sur plus d'un siècle... une fin qui portera en elle les causes et les motifs du couronnement impérial, à Versailles, de Guillaume Ier, Kaiser du Second Reich, comme une revanche de la Prusse occupée... une fin qui semait, sans aucun doute, la graine de plus grandes désespérances...


VI. La franc-maçonnerie prussienne... un Ordre Impérial protégé

Installée très tôt dans le royaume de Prusse, la Franc-maçonnerie devint vite une institution chez les Hohenzollern. Les trois plus anciennes obédiences allemandes que l'on désigne sous le terme générique de Grandes Loges de Vieille Prusse ( altpreussische Grosslogen ), furent fondées au cours du 18ème siècle. Leurs sièges se trouvaient à Berlin.

A l'époque du manifeste porté par la Loge « Henry IV », c'est à dire 1870, la maçonnerie Allemande offre son plus fort taux de recrutement comme le montre en exemple le tableau récapitulatif à l'Orient de Königsberg.

Ainsi, sans expliquer tout à fait les réticences du GODF à approuver la motion présentée par la Loge « Henry IV », on peut comprendre la prudence affichée à se montrer comme parangon de vertu maçonnique en s'investissant dans le conflit. Les réticences à s'engager face à un Ordre aussi puissant montrent aussi les limites de la fragile unité maçonnique de cette époque. Tous nés de la vieille Angleterre ne songeaient qu'à l'indépendance... En effet, bien qu'elles aient été nombreuses et importantes, les premières véritables Loges spéculatives furent, en Allemagne comme partout en Europe, d'origine britannique et non, comme on pourrait le croire, issues des Guildes.

Un an après la création de la première Loge parisienne, c'est probablement à Hambourg, en 1737, que fut fondée la première Loge spéculative allemande. Elle prit en 1741 le nom d' « Absalon ». C'est une délégation de cette Loge qui initia, le 14 Août 1738, à Brunswick, le futur roi de Prusse, Frédéric II, lequel initiera son frère Guillaume. Sous son règne, la Franc-maçonnerie connaîtra en Allemagne un succès considérable.
Les Loges se réuniront bientôt en plusieurs obédiences, principalement du fait du morcellement de l'Allemagne de l'époque, mais également à cause de questions de rites et de religions.

Citons ainsi les 3 Grandes Loges dites « de Vieille Prusse », qui n'initiaient que des chrétiens, bien qu'elles admettaient comme visiteurs des Francs-maçons d'autres confessions :
La Mère Loge Aux Trois Globes ( Grosse National-Mutterloge « zu den drei Weltkugel » ) descendait d'une loge créée avec l'assentiment de Frédéric II, le 20 juin 1740, qui se constitua en Grande Loge(10) le 24 juin 1744. « Frédéric le Grand », roi de 1740 à sa mort en 1786. avait été initié deux ans auparavant, dans la nuit du 14 au 15 août 1738 à Brunswick.

Par lettres patentes du 16 juillet 1774, il autorisait expressément l'Ordre en Prusse et s'en déclarait le « protecteur ».

La Grande Loge Nationale ( Grosse Landesloge ) fut constituée par un ancien membre de la Stricte Observance, Zinnendorf, qui après une tentative infructueuse d'entrer en contact avec la première Grande Loge d'Angleterre en 1763, se tourna vers la Suède et fonda une Grande Loge en 1770.

La Grande Loge Royal York de l'Amitié est issue de la loge Aux trois Colombes affiliée à la « Loge Aux Trois Globes ». Cette loge prit l'année suivante le nouveau nom de « L'Amitié aux trois Colombes », puis celui de « Royal York de l'Amitié » ( zur Freundschaft ) après qu'elle ait initié le prince Edouard Auguste, frère du roi d'Angleterre Georges III, le 27 juillet 1765. C'est à la suite d'une scission intervenue en son sein, en juin 1798, qu'elle devint la Grande Loge de Prusse, laquelle, en 1845, ajouta à son nom « Royal York de l'Amitié » ( Grosse Loge von Preussen, genannt Royal York zur Freundschaft ).

Henri et Ferdinand, les autres frères de Frédéric II furent également initiés, tout comme son neveu et héritier Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse de 1786 à 1797. Après lui, son fils Frédéric-Guillaume III qui accepta, dés le début de son règne, que son nom fut utilisé á titre de « protecteur » ou de « patron » de la franc-maçonnerie prussienne. Pour ce qui nous concerne ici, on notera simplement que son fils Frédéric-Guillaume IV (1795-1861) fut également initié et qu'il initia lui même son autre fils, Guillaume Ier, roi de Prusse de 1861 á 1888.

On aura noté les liens important qui unissaient la dynastie des Hohenzollern à la franc-maçonnerie, liens qui furent notamment confirmés le 20 octobre 1798 par un édit du roi Frédéric-Guillaume III qui, dans le prolongement de Frédéric le Grand, accordait une position privilégiée aux trois Grandes Loges de la Vieille Prusse.

Cette protection royale des loges maçonniques de Prusse constitue une première particularité de la maçonnerie allemande de cette époque d'où en découle une seconde : le pourcentage considérable de nobles qui les composaient dès l'origine et qui s'initièrent les uns et les autres, de père en fils, jusqu'à l'avènement du nazisme en 1933. On comprend bien, dès lors, la réaction face à ces « manants » de France qui se permettaient d'interpeller le Kaiser...

En 1806 nombre de Frères succèdent ainsi sur les colonnes à leurs pères et grands-pères. Cela donnait à la Franc-maçonnerie des racines profondes et traditionnellement conservatrices et liait de manière forte les familles régnantes à la vie quotidienne. De même, cela structurait l'appareil gouvernemental en confirmant son organisation hiérarchique. A partir de 1807, des Prussiens de la petite et de la grande bourgeoisie demandèrent de plus en plus leur admission dans les loges, cela accroissaient de ce fait par la diversité de leurs apports et la richesse des travaux effectués dans les ateliers. Tout aussi bien, cela permettait d'accéléraient l'évolution et d'ancrer les idées d'union nationale dans la société. Loin d'orienter celle-ci vers une remise en cause générale de l'ordre établi ou du pouvoir d'Etat, ce nouveau recrutement renforçait le sentiment patriotique fortement imprégné d'un esprit de revanche au souvenir de l'occupation française des années de la Grande Armée(11) . Ce souvenir qui restera présent de génération en génération jusqu'à la seconde guerre mondiale.


VII. La franc-maçonnerie continentale et l'entretien du conservatisme

Bien entendu, et pour les raisons indiquées dans l'article de Pierre Chevalier, la motion demandant le jugement de celui qui allait devenir le Kaiser Guillaume Premier ne sera pas suivie d'effet, sinon celui de fédérer la maçonnerie française sur un registre nouveau : celui de la politique. Néanmoins, sur le plan de la politique intérieure, la défaite française ouvre deux années de tergiversations durant lesquelles l'espoir d'une restauration, finalement déçu à cause du ralliement du Frère Adolphe Thiers à la République, agite les milieux conservateurs encore très puissants.
Le contentieux avec l'Allemagne à propos des territoires perdus de l'Alsace et de la Lorraine sera le ferment de la fièvre nationale. Illustrant son propos comme il l'aurait fait d'une question à l'étude des Loges, le Frère Léon Gambetta offrait sur ce point une approche modérée : « Pensez-y, n'en parlez pas ». Mais, selon le mot de Charles Maurras, « Revanche, reine de la France », il y a aussi un idéal belliqueux, vengeur qui, dès 1871-1872, stimule une droite nationaliste et xénophobe sans cesse renforcée jusqu'au début du XXe siècle.
Toutefois, la majorité des Français n'abonde pas dans ce sens, du moins jusqu'à l'évidence de la revanche à prendre, en 1914. Alors, la marque durable que la défaite de 1870-1871 a imprimée dans la mémoire d'au moins deux générations rejaillit au premier plan.

Notes et Références

(1). Cf. Ran Halevi in « Les Loges maçonniques dans la France d'ancien Régime. Aux origines de la sociabilité démocratique », ed. Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ( Editions de l'EHESS ) Paris - 12 avril 1995.

(2). Initié le 5 août 1789 dans la loge "Union des Coeurs" à Genève.

(3). Revendications politiques et théologiques tendant à accentuer les droits du Saint-Siège sur la société civile et les prérogatives papales dans l'église. Le vote de l'infaillibilité pontificale en matière de dogme au premier Concile du Vatican avec, notamment, en 1864, la publication de l'encyclique « Quanta cura » par le pape Pie IX, accompagnée d'un catalogue célèbre des erreurs modernes énumérées par le pape ; cela se présente sous la forme de propositions qui sont condamnées, dont la dernière résume toutes les autres, à savoir celle selon laquelle l'Eglise devrait se réconcilier avec le monde moderne : c'est la condamnation de tout ce qu'il y a de nouveau dans la pensée du XIXe siècle, issue de la Révolution française, mais aussi des Lumières. Il faut donc choisir entre le catholicisme et les idéaux de la société moderne.

(4). On se reportera avec intérêt aux romanciers de l'époque, Eugène Sue, Balzac, Zola, Hugo... le romantisme a fait place au réalisme...

(5). James J. Frazer nommait ce qu'il considérait comme une obligation civilisatoire « Les devoir de la société envers les sauvages ».

(6). La théorie appelée « Darwinisme Sociale » qui verra le jour à la fin du siècle, démontre la supériorité de l'Homme blanc en expliquant qu'il représente le maillon ultime de l'évolution humaine. Implicitement présente durant la construction des empires coloniaux et allant jusqu'au doute même que les seuls êtres véritablement humains sont les blancs, le « darwinisme social » s'est vu officiellement théorisé en France par la S½ur Clémence Royer. A amie intime de Maria Deraisme, éminente figure du féminisme et membre d'une Loge de la Fédération Internationale Mixte du Droit Humain sise dans le troisième arrondissement de Paris. Elle théorise la hiérarchie des races, la hiérarchie sociale particulièrement dans la « préface » de sa traduction de la « Théorie de l'évolution des espèces » de Darwin. On notera au passage que cette préface n'est plus, aujourd'hui éditée. En 1870, elle publie la généalogie des hommes et l'origine des hommes et des sociétés dans laquelle elle oppose "la révélation rationnelle résultant des progrès de la science" à la religion, "religion, voile obscur de tous les obscurantismes". , pour la première fois en 1865. Les thèses de Darwin, telles qu'elle les a interprétées, sont reprises dans origine de l'homme et des sociétés paru en 1870, et appliquées à la société représente un moment de la pensée anthropologique. Témoignage d'une anthropologue caricaturalement de son temps, il rappelle la nocivité intrinsèque du projet positiviste.

(7). L'Ultranationalisme revanchard des années 1920 et porté par l'argent des Grandes familles bourgeoises tout autant que par une élite intellectuelle de droite nationale ( Barrès, Léon Daudet ) conduira, malgré l'opposition des alliés de la France, à l'invasion de la Ruhr en 1920 et aux refus systématiques de permettre à la République de Weimar ( idéologiquement sociale démocrate à l'opposé des courants conservateurs ) d'offrir à l'Allemagne une alternative viable à l'Empire. Cela ouvrira les portes du pouvoir au National Socialisme en 1934 sur des bases populistes, faussement sociales mais dont les clameurs d'unité nationale trouvaient écho aussi bien dans la population que dans la franc-maçonnerie.

(8). Il s'agit, en fait, de l'Obédience qui donnera naissance à la Grande Loge de France, rien à voir avec l'actuelle GLNF qui s'est constituée en 1913 à partir de la loge « Le Centre des Amis » du Grand Orient de France grâce à l'appui du Grand Prieuré d'Helvétie.

(9). « Ligue de Vertu », société secrète créée en 1809 en vue de fomenter la résistance à l'envahisseur français et dont l'un des objectifs était la reconstruction d'une grande Allemagne.

(10). Les Loges Prussiennes sont souvent présentées comme Grandes Loges ou Loges Mères du fait que les unes donnèrent naissance aux autres en conservant leur nom. Cette appellation se trouve souvent remplacée par celle d'Obédience, chacune de ces trois Loges ayant donné naissance à de nombreuses ramifications. Ainsi, la Grande Loge Mère nationale « Aux trois globes », issue de la loge berlinoise portant elle-même le titre distinctif « Aux trois globes », fondée en 1740, comprenait 23 loges d'Orient, 95 loges écossaises, 184 loges johanniques, 61 cercles, rassemblant au total 20 000 membres ; la Grande Loge des francs-maçons d'Allemagne, née de la « Grosse Landesloge », ordre chrétien fondé á Berlin en-1770, comprenait quatre grandes loges provinciales, 19 chapelles, 50 loges de Saint André, 78 loges johanniques et 59 cercles rassemblant au total 22 000 membres ; La Grande Loge de Prusse dénommée « Grande Loge Royal York de l'Amitié », fondée á Berlin en 1798 comprenait une Grande Loge provinciale, 23 loges d'Orient, 110 loges johanniques, 17 cercles soit un rassemblement total de 12 000 membres. On notera aussi que ces trois Grandes Loges étaient toutes liées régulièrement à la maçonnerie européenne. De même, il est à souligner que la franc-maçonnerie, installée dans d'autres Etats de ce qui deviendra l'Allemagne n'avaient pas l'importance des Loges prussiennes bien établies et protégées par un pouvoir puissant dans un royaume bien structuré. En effet, à la fin du 18e siècle, ces trois Grandes Loges étaient loin de réunir la totalité de la Franc- Maçonnerie allemande. Celle-ci ne comptait pas seulement une demi douzaine de Grandes Loges Provinciales, fondées entre 1730 et 1767 sous l'égide de la première Grande Loge d'Angleterre. L'Allemagne comprenait aussi, et surtout l'Ordre de la Stricte Observance, conçu et organisé avec une grande discrétion à partir de 1751 par le baron von Hund. Sa croissance interrompue entre 1756-1763 prendra alors un essor extraordinaire. La Stricte Observance disparaîtra avec la mort de son fondateur en 1776 et les décisions adoptées au convent de Wilhelmsbad de 1782. A de rares exceptions près, tout ce que l'Allemagne aura compté de Maçons importants ou titrés au cours de la seconde moitié du 18 siècle aura été en contact, à un moment ou à un autre, avec cet Ordre, mais ceci est une autre histoire...

(11). Cf. sur ce point « Franc-maçonnerie et Sociétés Secrètes contre Napoléon » - Op. Cit.
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# Posté le samedi 02 septembre 2006 01:09
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:34

A propos de la maçonnerie de Prince Hall (de René Desaguliers) résumé par Jacques F.

A propos de la maçonnerie de Prince Hall (de René Desaguliers) résumé par Jacques F.
Renaissance Traditionnelle N°87/88 - Juillet-Octobre 1991. p 299–Tome XXII

Fidèle, à ses aspirations, Renaissance Traditionnelle nous propose un retour en arrière à la recherche de faits historiques permettant la compréhension de certaines situations présentes, souvent très répandues mais rarement identifiées dans leur origine. Aujourd'hui, au travers de l'étude de la maçonnerie noire et surtout de sa non reconnaissance, René Desaguliers nous permet d'explorer les raisons de la séparation de la Grande loge d'avec l'ensemble de la Maçonnerie existante.

Le point de départ s'appuie sur un texte des philalèthes qui met en avant l'ordre donné par la GLUA «à ses membres de ne pas se rendre en visiteurs dans les loges de juridictions américaines qui ont reconnu la maçonnerie de Prince Hall».
L'explication trop facile de la non reconnaissance par la thèse raciste est écartée car il faut garder à l'esprit que «Prince Hall reçut sa célèbre patente de la Grande Loge d'Angleterre des Modernes».

Ce qui est mis en avant, est le principe de « territorialité » appelée aussi juridiction territoriale exclusive qui dépasse l'opposition de la couleur des maçons.

Ce principe dit qu'«il ne peut exister qu'une obédience par Etat», «la première reconnue sur un territoire» et à laquelle seulement est accordé une reconnaissance exclusive à perpétuité.

Cette «doctrine» au départ purement américaine, est instaurée après l'indépendance par la Grande Loge de New York pour être reprise peu à peu par les différentes grandes loges de Etats-Unis

Ce n'est qu'à partir de 1813 que l'Angleterre s'y rallie progressivement, alors même qu'elle comptait deux loges sur son territoire au moment de la mise en place de cette juridiction au XVIII ème siècle aux Etats-Unis. Elle sanctionne les loges qui font défaut par une non reconnaissance et l'interdiction de visites.

Après 1877, il est encore possible en France de les visiter sous couvert de régularité, mais une application mécanique du principe l'interdit progressivement.

Ainsi, avec ce principe de territorialité, la régularité de pratique passe au second plan. Pourtant comme nous le dit René Desaguliers, « un seul critère nous parait digne d'être appliqué à la maçonnerie : celui de la tradition ...qu'il faut d'abord connaître et définir. C'est la que s'emploie, dit-il, Renaissance Traditionnelle....et dans son sillage les Amis Provençaux de Renaissance Traditionnelle.
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# Posté le dimanche 10 septembre 2006 12:01
Modifié le lundi 11 septembre 2006 01:24